Le blog d'une généalogiste

05 mai 2016

Le coffre de Louis Buscheron

Louis Buscheron est célibataire, domestique laboureur, âgé de trente-trois ans en 1793, domicilié à Nourray.

coffreXVIII

Le 23 août 1793, la convention décide de la levée en masse des hommes, célibataires ou veuf sans enfant, de dix-huit à quarante ans, par tirage au sort.

Pas de chance pour Louis, il est célibataire et dans la tranche d'âge.......... double pas de chance, le tirage au sort le désigne comme cavalier national.

Au moment de partir pour "voler à la défense de la patrie", il doit s'occuper de ses affaires (habits, outils et argent). Il passe donc devant le notaire pour régler le problème.

Il confie devant notaire, à son frère Jean, laboureur à Nourray, son coffre, contenant ses habits, vêtements et linges, son argent en assignat, jusqu'à son retour.

S'il décède, son frère devra procéder au partage de ses biens entre ses héritiers. Et pour qu'il n'y ait pas réclamation, il fait le détail du contenu de son coffre. Malheureusement, le notaire de Lancé n'était pas très doué en vocabulaire alors je vous laisse deviner les vrais mots

  1. Un coffre de bois de chêne fermant à clé contenant un habit de serge sur Etin bleu melle de couleur gorge de pigeon, la veste à plus près de même, une culotte pareille à la veste, un gilet de molleton, le tout presque neuf, un mouchoir de souest presque neuf couleur rouge, bleu et blanc, une paire de guerte de toil de jasont presque neuve, un habit de serge tremiere couleur bleu gris, une veste de serge sur etin couleur gorge de pigeon, ungilet de serge tremière blanche, aux deux tiers usé, une paire de guerte de toile demi use, la culotte de serge trémière couleur gorge de pigeon, plus demi usée, deux gilet l'un de tremière blanche et l'autre de serge sur fille blanche et tous deux plus demie usée, un mouchoire de tolle de jouest couleur bleu rouge blanc et verre au tier usé, six chemises de toile de brin deux presque neuve et quatre comme un tiers usé, plus dix autres chemises aussi de toille de brin très mauvaise, trois draps de grosse toile contenant environ chacun trois aunes dont deux sont presque neuf et un demi usé, deux culottes de toile dont une très mauvaise et une demie usée, deux vieilles vestes, une de serge tremiere et l'autre de serge blanche beaucoup rabillée, un chapeau demie usé, deux paires de souliers tout neuf dont une paire ferrée et l'autre point ferrée, un lit de plume d'ouest ensouillé de deux souille, la première de toille commune et ladessus de côté un traverre de pareille plume ensouillé d'une souille de cotty, une mauvaise couverture de serge sur fille composée de trois morceaux cousus ensemble, un bois de lit de bois de chêne très mauvais, des rideaux de toile de fason rayé composé de trois morceaux une bien mauvaise paillasse de grosse toile point de vergette, point de sielle de lit, une tasse de tien et trois cuillere aussi de ten, et la moitié en un essieu de fer de charette à partager avec son frère René Buscheron à qui l'autre moitié appartient, plus un autre essieu de charette sans garniture que ledit Jean Buscheron usera journellement et dont ledit Louis Buscheron consent qu'il s'en serve jusqu'à son retour gratuitement
  2. et enfin la somme de 518 livres tant en argent qu'en assignat.

Et bien, qui aurait cru qu'il y avait tant de choses dans un coffre d'homme !!! en 1793

Louis Buscheron a survécu........ il est rentré au pays et s'est enfin marié, à quarante ans, avec une petite jeune de vingt-quatre ans. Son frère Jean était là, témoin aux noces.

Une chose est sure, il avait un beau coffre en bois de chêne bien rempli à amener en dot.


04 mai 2016

Souvenirs souvenirs.....

En vingt-trois ans d'exercice de la profession, j'ai remué beaucoup de poussière, ouvert des liasses qui n'avaient plus été ouvertes depuis .... probablement leur mise en liasse.

J'ai découvert des horreurs archivistiques (actes notariés couverts de fientes de pigeon, liasses tellement colmatées par l'humidité qu'elles formaient un bloc compact et inconsultable, registres tombant en poussière au moindre effleurement, actes grignotés par des souris, sans compter les épingles rouillées, les cadavres d'insectes et les odeurs... bizarres).

J'ai découvert des perles d'histoire locale et familiale au hasard des recherches et bien sur trouvé, souvent, ce que je cherchais, mais pas toujours.

Et j'ai consulté des tonnes de papiers et parchemins .... pour rien sauf que rien, en généalogie, ce n'est jamais rien. Pour savoir qu'il n'y a rien, il faut le vérifier et une fois vérifié, on peut barrer la liasse de la liste des recherches à faire. Donc rien, c'est déjà quelque chose.

Les généalogistes sont en fait des spécialistes de l'aiguille dans la botte de foin. Sauf qu'une aiguille dans une botte de foin, cela se voit. Nous, en fait, nous sommes les spécialistes du brin de foin dans la botte de foin.

Et des bottes de foins, j'en ai fouillées beaucoup.... parfois par erreur. Erreur que je ne commettrai

archives

plus : faire confiance au client.

"je cherche le mariage de mon ancêtre. Elle est née, est morte et a eu tous ses enfants dans la commune de X, mais elle ne s'y est pas mariée. Pouvez-vous me trouver le mariage ?".............. "bien sur que je peux !! c'est du XIXe siècle, du gâteau" et me voilà partie bille en tête dans les tables décennales à faire l'escargot autour de ladite commune.

Au bout de cinquante tables, j'ai un doute............ et si............. je reprends LA commune et l'acte est là, bien écrit, tout à fait trouvable, sans aucune difficulté !!! Autant dire qu'après cela, j'ai systématiquement vérifié les données du client avant de commencer.... erreur de jeunesse.

Je suis aussi partie à la recherche du Saint Graal, l'acte de tout le monde cherche sans jamais le trouver ..... ou plutôt les actes car en généalogie, des Saint Graal, il y en a autant que de famille ou presque.

C'est l'expérience qu'ont fait et que feront beaucoup de nouveaux généalogistes fraîchement installés. Le client qui les contacte est un client très précis dans ce qu'il veut. Il veut un acte précis et particulier. Et voilà le généalogiste parti à la chasse au dahut.

Évidemment, il débute donc il ne compte pas ses heures car il veut contenter le client...... mais ne trouve rien. Penaud et contrit, il doit se résigner à en informer le client..... qui lui répond "vous non plus vous n'avez rien trouvé ? vos collègues m'ont tous fait la même réponse"............ combien de collègues ? un certain nombre. Mais garanti, le client essayera avec le prochain jeune généalogiste qui s'installera. On ne sait jamais, celui-là y arrivera peut-être.

Dans ce métier il y a de belles histoires........... et des histoires tristes. On aimerait pouvoir apporter au moins quelques réponses si ce n'est toutes les réponses au client et on se heurte à un mur incontournable : pas de document, pas de trace tangible, rien.

Comme cette petite fille abandonnée à la naissance par sa mère. Dans le dossier de l'assistance, une lettre de son oncle qui voulait la récupérer. Mais il porte un nom encore plus répandu que Martin et l'adresse n'est pas la sienne, juste celle "chez son patron" où il n'est pas resté. A force de fouiller, interroger les personnes encore en vie, je finis par découvrir que sa mère, devenue veuve, a voulu elle aussi reprendre l'enfant. Mais pas de trace écrite d'elle, pas de nom, pas de ville, pas même de région où chercher.

La seule réponse que j'ai pu apporter : l'enfant n'a pas été abandonnée. Un oncle et sa mère ont essayé de la reprendre mais l'assistance publique n'a pas voulu. Arrêt des recherches.

Un autre enfant abandonné m'a fait dépouiller toutes les communes d'Indre et Loire à la recherche d'une femme, avec juste un prénom et un nom. Après croisement et re-croisement de donnée, il en est resté trois possibles. Laquelle était la bonne ? Était-elle seulement dans les trois ?

Et parfois, on trouve............ acte de mariage sans filiation pour la mariée. Mystérieuse mariée dont aucun membre de la famille ne sera jamais là pour ses actes et qui pourtant sait lire et écrire, a de l'instruction. Dépouillement de toutes les familles portant son nom dans le département, mais aucune trace d'elle. Nous sommes sous l'ancien régime et les femmes sont .... quantité négligeable.

Une rente à vie provenant du châtelet de Paris nous fait espérer............. rien et arrêt des recherches.

Sauf que nos Saint Graal à nous, les généalogistes, se glissent dans un recoin de notre cerveau, prêts à surgir à la moindre alerte.

Et l'alerte prend la forme, plusieurs mois plus tard, dans une autre recherche, dans une autre région, d'un testament où son nom est cité comme légataire d'une vache et d'une robe. Fil auquel je m'attache avec succès, enfin............ ce notaire bien loin du lieu du mariage, a rédigé le contrat de mariage AVEC filiation. Ouf !!! c'est fait, un graal de trouvé.......... au suivant.

Etre généalogiste, c'est être patient, curieux, patient, tenace, patient................. vous l'avez compris, si vous n'avez pas de patience... passez votre chemin.

 

 

 

 

02 mai 2016

Les états d'âme du curé du Tilleul

Il arrive parfois que l'on trouve des petites choses intrigantes dans les actes de mariage de l'ancien régime ouvrant la porte à des

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questions sans réponse et à des hypothèses nées de notre imagination, faute de document apportant un complément d'information.

C'est le cas du mariage de Pierre Nicolas Enault et Marie Françoise Lebourg, le 28 février 1780 à Gonfreville l'Orcher.

A priori, rien d'anormal si ce n'est la longueur de l'acte : 36 lignes pour un simple journalier !! et seulement trois lignes de témoins.

Qu'y-t-il dans ce mariage qui justifie une telle longueur ?

Il commence pourtant bien cet acte, avec la filiation dès la troisième ligne.

Le marié est le fils puîné et mineur de Nicolas Enault et Anne Thomas, domiciliés au Tilleul. Il est né à Saint Jouin, et il est domicilié pour le moment à Fontaine. C'est simple et clair.

Pas plus de problème pour la mariée. Marie Françoise est la fille mineure de feu François Lebourg et de Françoise Poisson. Elle est née à Saint Sauveur de Montivillier et vit ici, dans la paroisse de Gonfreville l'Orcher depuis quatorze ans.

Suivent les bans, trois bans à Gonfreville l'Orcher.......... normal et un ban à Saint Nicolas de l'Heure !!!

Que vient faire Saint Nicolas de  l'Heure ici ? Les origines et domiciles des mariés et de leurs parents sont pourtant bien indiqués et pas de Saint Nicolas de l'Heure dans la liste.

Et un seul ban........... ouf !! dispense des autres bans par le vicaire général et dans la foulée, dispense pour le mariage en temps interdits : c'est le carême. Donc tout va bien sauf que............ Saint Nicolas de l'Heure !!!!

Je continue la lecture : le prêtre habitué de la paroisse de Gonfreville l'Orcher procède au mariage avec la permission du curé de la paroisse qui lui-même est autorisé à procéder à ce mariage grâce au pouvoir du vicaire général "non obstant" le refus réitéré du curé du Tilleul de publier les bans !!!!

Voilà, le curé du domicile des parents du marié, a refusé de publier les bans comme il l'aurait du et à cause de cela, ils ont été publiés dans une autre paroisse, Saint Nicolas de l'Heure, une seule fois (enfin c'est comme cela que je le comprends).

Tout le monde est d'accord pour ce mariage sauf.............. le curé du Tilleul qui fait obstruction. Mais les mariés sont passés outre......... heureusement, sinon, je ne serais pas née !!! quelques siècle et décennies plus tard.

Mais la question demeure : pourquoi le curé a-t-il refusé de publier les bans ? parce que c'était le carême ? plus clérical que le vicaire général, serait-il resté bloqué sur les temps interdits ? ou bien ce sont les mariés qui lui posaient problème ?

La réponse va être difficile à découvrir........... mais on ne sait jamais, avec les archives, ce que l'on peut y trouver.

30 avril 2016

les maires et la loi

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Nous grognons souvent après les maires qui, au XIXe siècle, ne rédigent pas les actes à notre goût (pas assez de détail) alors que la loi nous dit que ces renseignements devraient être indiqués.

Comment les maires, sans formation à priori, pouvaient-ils savoir comment rédiger les actes d'état civil ?

Ils avaient des modèles.

Nous les avons en première page des registres.

Et ils avaient des instructions écrites. Souvent le préfet devait les leur rappeler.

Et ils étaient contrôlés................... comme le maire de Naveil, qui, le 8 septembre 1866, reçoit du procureur impérial un courrier constatant les contraventions pour l'année 1865.

Sur vingt et un actes de naissance, deux sont .............. défectueux : omission de l'indication de la profession de la mère de l'enfant (article 57 du code Napoléon).

Sur cinq actes de mariage, quatre sont .......... défectueux : défaut de mention de la présentation des actes de décès des précédents conjoints, des parents et des aïeux (article 76, 148 et 150 du code Napoléon).

C'est le procureur impérial qui écrit et qui sanctionne............ mais on ignore la sanction, elle n'est pas indiquée. Peut-être juste un rappel à la loi.

 

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29 avril 2016

sinistres statistiques

Les guerres, c'est bien connu, font avancer la médecine.

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Sur le champ de bataille, pas de principe de précaution ni de test sur animaux, la matière est là, humaine et à volonté.

La guerre de 1870 est un modèle du genre en ce qui concerne ce qu'il ne faut pas faire : pas de service médical sur le champ de bataille, des voitures qui véhiculent aussi bien les blessés, les varioliques, la nourriture et les couvertures (sans désinfection, bien sur), pas de repos salutaire pour les blessés qui sont transbahutés d'une ambulance à une ferme à une cour dans la boue à une ambulance .... au cimetière, et les amputations à la chaîne.

Une fois la guerre finie, le constat est là : les chirurgiens ont amputé à tout va, tout et n'importe quoi, tout et n'importe comment. L'amputation était un solution de facilité car le soin à apporter aux soins "conservatoires" était trop gourmand en main d'oeuvre infirmière et médicale à l'heure où l'on en manquait cruellement. On pensait bien faire........... les statistiques du docteur Chenu sont cruellement là pour prouver le contraire.

Sur 12241 amputés durant les quelques mois que cette guerre a duré, 80% des patients sont décédés, dans le cas des grandes amputations (membres supérieurs et inférieurs).

Les amputations de doigts ou d'orteils ont également été suivies, pour plus de 11%, de décès.

Les vieux briscards de la médecine le disent : l'amputation ne peut être qu'en dernier ressort. Le docteur Velpeau le dit : "plus je deviens vieux, moins j'ampute" et le docteur Foltz ajoute "le nombre des amputations a été excessif et les résultats désastreux. On n'a pas fait une assez large part à la chirurgie conservatrice".

Pas besoin d'être médecin pour donner son avis. Le capitaine de Maricourt, depuis son lit de souffrance à Janville, a fait le constat suivant : sur les 150 à 200 amputations dont il a eu connaissance, seuls deux blessés ont survécu : le général de Sonis et un mobile, Cissey. Par contre, il connaît deux mobiles qui n'ont pu être amputés car trop faibles pour survivre à l'opération. Les médecins ont décidé de les laisser mourir en paix..............et ils ont survécu et conservé leurs membres.

De Maricourt fera le souhait suivant "si jamais je devais encore faire la guerre, et être blessé, les deux souhaits que je ferais du fond du coeur, seraient d'être soigné par une femme de ma famille ou une religieuse et surtout de ne voir médecin ou chirurgien qu'après complète guérison. J'aimerais infiniment mieux être abandonné en plein air dans un fossé avec quelqu'un pour me donner à boire que soigné, choyé, dorloté avec dévouement par l'élite de la Faculté ! "

Ce sinistre bilan sera bien étudié par l'armée et servira à la guerre suivante................. 14-18 aura des ambulances beaucoup plus près des champs de bataille, des médecins et des infirmiers formés à la médecine de guerre et aux amputations et soins conservatoire.

Mais cela, c'est une autre histoire. 

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27 avril 2016

Le sacrifice d'un zouave du pape

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On connaît l'héroïsme et le sacrifice des zouaves pontificaux pendant la bataille de Loigny. Mourir sur le champ de bataille, destin peu enviable me direz-vous ?

Pas certain................ Marie Joseph Edouard Houdet aurait sûrement préféré cette mort là à celle qui l'attendait.

Marie Joseph avait vingt-trois ans, natif de Nantes, célibataire, fils d'un négociant, Jacques Louis Houdet et de Marie Camille Magnier de Maisonneuve.

Il eut le poignet brisé par une balle, à la bataille de Loigny et fut évacué à Janville. Sa blessure le faisait tellement souffrir qu'il ne pouvait trouver le repos qui lui aurait été bien nécessaire.

Ce brave zouave était myope........... mais tellement myope que même avec des lunettes, il ne voyait rien.

Alors que ses compagnons de souffrance lui demandaient comment il pouvait tirer avec une telle vue, sa réponse les prit de cours : il n'a pas tiré un seul coup de feu.

Mais pourquoi s'engager alors qu'une telle myopie le faisait exempter d'office ? Le devoir. Tout est dit. Être zouave pontifical, c'est accepter de tout sacrifier, y compris sa vie.

Des amis de Marie Joseph, Marcellin Jacquault de Nantes et Henri Moraval d'Orléans, négociants comme son père, vinrent le chercher pour l'emmener à Orléans.

Il fut soigné à l'ambulance de la Sainte Enfance, 7 rue d'Escure. Là, on dut l'amputer du bras........... il mourut le lendemain, 8 janvier 1871, un mois après avoir été blessé sur le champ de bataille.

Aurait-il survécu s'il était resté à Janville ? peut-être.......... ou pas. Une chose est sure, amputé, il avait 80% de chance d'y rester........ et ce fut la cas.

 

26 avril 2016

Après la bataille..............

Les 5 et 6 juillet 1809, la bataille de Wagram fait rage et sur les 300 000 soldats présents, entre 55 000 et 77 000 hommes (la

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fourchette est large) restent sur le champ de bataille, morts ou blessés, tous pays confondus.

M. de Breteuil passant près d'un des points du champ de bataille s'arrête devant un groupe de blessés, français et autrichiens. Il leur laisse ce qu'il peut et repart mais pour peu de temps. Un heure après il revient avec cinq voitures prises dans le pays. Il distribue les vivres qu'il a pu trouver dans un village et commence à placer autant de blessés qu'il peut dans les voitures garnies de pailles.

Il n'y a pas de sélection entre français et autrichien dans ce chargement de blessés. Tant qu'il peut, il charge, promettant aux autres de revenir les chercher le lendemain. Mais au moment de partir, il lui semble possible de mettre encore un blessé dans une des voitures.

Il se retourne, regarde les hommes à terre, et hésite. Qui prendre ? un autrichien ? et laisser à l'abandon un français ?

Ce sont les soldats français qui décident pour lui. Ils lui désignent un autrichien. Pour eux, il ne survivra pas à la nuit alors qu'eux peuvent attendre.

Étrange solidarité dans la souffrance, qu'éprouvent ces hommes qui se massacraient quelques heures plus tôt.

Le combat est fini pour eux tous, la guerre aussi et l'uniforme s'efface devant l'humanité.

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23 avril 2016

Le massacre des enfants trouvés et des nourrissons

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En 1867, le docteur Brochard dresse un réquisitoire sans concession et d'une terrible réalité sur le traitement donné aux nourrissons placés. Pour lui, cela s'apparente à un crime organisé, souhaité et réalisé.

"J'ai pendant dix-huit ans observé un fait qui m'a toujours singulièrement frappé et que, dans l'intérêt de la morale, je crois utile de publier. Dans certaines communes pauvres, toujours éloignées du chef-lieu judiciaire de l'arrondissement, on voit des femmes ou des filles qui ont dans toute la contrée, la réputation bien méritée d'être de très mauvaises nourrices. Chez elles, les nourrissons ne font que paraître et disparaître. Eh bien ces femmes ont toujours des nourrissons, ces nourrissons sont presque toujours des enfants de filles et ces nourrices sont toujours parfaitement et régulièrement payées. Un tel fait, se reproduisant d'une manière identique sur divers points d'un arrondissement, ne saurait être l'effet du hasard : il est certainement le résultat d'un calcul. Il est évident pour le médecin que ces femmes, chez lesquelles les nourrissons meurent si facilement, sont connues, recherchées de certaines maisons de la capitale, que leurs services même y sont très appréciés.

La mise en nourrice d'un nouveau-né peut donc, dans certains cas, constituer un infanticide, qui n'est pas, il est vrai, puni par le Code pénal, mais qui n'en est pas moins réel. Ce crime d'une nouvelle espèce mérite, par sa fréquence, de fixer l'attention du ministère public."

Il en rajoute en comparant le destin des pauvres filles infanticides et celui des nourrices

"Je ne connais qu'excessivement peu de bonnes nourrices ; j'en connais beaucoup de très mauvaises. Il en est qui font de cela un métier, depuis dix, douze, quinze ans, qui ont toujours des nourrissons, et qui, je crois, n'en ont jamais rendu aux parents, ce qui m'a fait dire bien souvent que je trouvais très bêtes les filles qui donnent tête baissé dans le Code pénal en tuant leurs enfants, quand elles pourraient éviter la sévérité de la loi en les mettant en nourrice à Montigny ou dans certaines maisons de la commune d'Illiers, Eure et Loir.

Ayant eu l'idée de mettre en face les uns des autres les soins donnés aux bêtes et ceux que reçoivent les petits être à face humaine, j'ai été stupéfait en reconnaissant que les chevaux, les moutons, les veaux voire même les cochons sont mieux nourris, mieux hébergés que les petits-fils d'Adam. Les étables, les bergeries, les écuries, les porcheries, excitent l'admiration du visiteur par l'ordre et la propreté qui y règnent. Que ce visiteur pénètre dans les taudis où l'on élève les nourrissons, les petits parisiens... qu'y trouve-t-il ? deux ou trois babys pâles, maigres, étiolés, à la figure de cire, criant, mourant de soif et de faim. C'est horrible ?

Dans telle localité, il meurt six nourrissons sur.... six, dans une autre huit sur neuf, ailleurs douze sur douze, plus loin vingt-trois sur vingt-quatre."

A la lecture de ce rapport accablant, on comprend mieux cette mortalité effrayante des enfants trouvés et des enfants en nourrice que nous rencontrons dans les registres de décès

22 avril 2016

Suite.......... Saint Agil, l'occupation

saint Agil

..... le maire de Saint Agil comme premier officier de la commune est gardé au centre du village, au milieu des troupes, jusqu'à la tombée de la nuit. Nous sommes en novembre, l'hiver s'annonce rigoureux. Le maire faiblit mais l'officier prussien le menace : "si vous bougez encore, je tire sur vous". Difficile d'être plus clair.

Le maire est relâché pour la nuit et doit s'occuper des réquisitions de l'occupant, même si celui-ci a largement commencé à se servir. La maison du maire est remplie d'officiers allemands et à l'instant où M de Renusson rentre chez lui, un coup de fusil est tiré qui rase les fenêtres de sa maison.

Panique et colère chez les prussiens et en représaille immédiate le maire est arrêté : c'est l'otage de la commune. Il est conduit à la maison Grandin qui sert de poste à l 'ennemi. Le secrétaire de mairie, François Richebert,  l'y suit volontairement et une nuit difficile commence pour eux.

Deux militaires sont faits prisonniers aux alentours : un mobilisé de Souday, Eugène Haye et un franc-tireur du Gers. C'est sur ce dernier que la hargne des prussiens va s'exercer. Pour eux, les franc-tireurs ne sont pas de vrais soldats. Roué de coups il finit par leur dire ce qu'ils veulent savoir : qui a tiré sur la maison.

Il ne s'agissait pas de la garde nationale de Saint Agil mais du sous-préfet de Vendôme qui, avec 180 mobilisés et une quarantaine de francs-tireurs, avait ordonné ce coup de feu sur une sentinelle. Il croyait que Saint Agil n'était occupée que par quelques uhlans. Une erreur de jugement qui aurait pu coûter cher aux habitants de la commune. A la place, les prussiens chargèrent sur la grand-route  et les français s'enfuirent devant une force largement supérieure, abandonnant dans leur fuite munitions et équipements encombrants.

Deux hommes furent tués dans cette charge, Pierre Dupas, mobilisé de Souday, garçon meunier de vingt-sept ans et un franc-tireur qui ne put être identifié, ne portant pas de livret. Sur lui, un mouchoir marqué L.M. et des vêtements rappelant ceux des francs-tireurs, il a été atteint de plusieurs balles et semble avoir trente ans. Le maire suppose qu'il fait partie des francs-tireurs du Gers.

Un troisième homme, Trochu, mobilisé d'Arville, est blessé d'une balle et passe la nuit dans un fossé.

Les morts sont apportés chez le maire le lendemain. Ils sont enterrés le 25 novembre, vers neuf heures du matin. Au même moment, l'armée prussienne, sous les ordres du général bavarois Von der Tann, se dirige vers Courtalain et Chateaudun. 25 000 hommes traversent la commune, durant quatre jours et quatre nuits (jusqu'au 27 novembre). Toutes les maisons sont mises à sac.

Un vieillard a sa montre volée, arrachée de son gilet, d'autres sont jetés à terre pour être dépouillés de leurs chaussures. Brutalité, pillage et violence sont subis par les habitants de Saint Agil.

Une quinzaine d'hommes de la campagne sont fait prisonniers le dernier jour au soir et emmenés devant le pont du château de Saint Agil. Aucun n'est de Saint Agil et la vicomtesse douairière de Saint Maixent demande leur libération.

Les souffrances du pays vont durer jusqu'à l'armistice qui sanctionne le canton d'une rançon de 257 000 francs. Le maire, monsieur de Renusson, fait partie des deux élus du canton chargés d'aller plaider leur cause à Blois, auprès du préfet prussien. Leur compte rendu de la situation amène celui-ci à dire "si vous avez été pillés à ce point, versez-nous du moins tout l'argent qu'on pourra recueillir". Cela se réduit à quelques centaines de francs recueillis avec une lenteur extrême et extrêmement voulue.......... et l'armistice est là.

La fin pensez vous ? pas vraiment, juste la fin de l'occupation car le pays est ruiné, pillé et la faim et les épidémies vont porter un autre coup, plus sournois, à une région déjà à genoux.

 

21 avril 2016

Le mystère Martin Gougeon

Ambloy

Martin Gougeon est veuf. Il vit à Ambloy, à Champars en 1843, propriétaire.

Lors du recensement de 1846, il vit toujours à Champars, rentier. Sa petite-fille, Rosalie, vit chez lui avec son mari et son fils en 1846.

Lors du recensement, il est indiqué âgé de quatre-vingt ans.

Il quitte la commune pour suivre sa petite-fille à Villerable où il décède.

Dans le même temps, à Ambloy, par les listes électorales, je trouve Martin Gougeon, propriétaire à Champars. Le mien ?

J'en doute parce que celui-là à vingt-six ans de moins.

D'après les listes, il vit à Ambloy, hameau de Champars, en 1843, 1844, 1845, 1846 et 1847. Mais il n'apparait sur aucun autre acte. Il ne se marie pas, ne fait pas d'enfant, ne meure pas, n'est témoin de rien et surtout................ est absent du recensement de 1846.

Le seul Martin Gougeon de tout le recensement de 1846 est............... le premier, âgé de quatre-vingt ans. Aucune trace du second.

Si le premier, bien que rentier, peut ne pas être sur les listes électorales censitaires, le second devrait au moins apparaître dans les recensements............. et non.

Retour à l'état civil et Martin Gougeon, le premier, a eu un fils, Martin, en 1793 ce qui pourrait correspondre à notre deuxième Martin.

Rectificatif : le Martin Gougeon des listes électorales est bien à chaque fois propriétaire à Champars, mais son âge n'est donné que trois fois : en 1844 il a trente-cinq ans, en 1846 il a cinquante-quatre ans et en 1847, cinquante-cinq ans. Et il est domicilié à Champars.

La logique veut qu'il s'agisse du fils pour les listes électorales, en tout cas les années où l'âge est donné mais pourquoi n'apparait-il pas au recensement alors qu'il est encore signalé à Champars en 1847.

Le maire a-t-il eu des problèmes avec les homonymes ? Martin fils a-t-il été oublié du recensement ou bien lors de la rédaction de la liste électorale, le maire a-t-il confondu le père, propriétaire à Champars et le fils qui vote ?

Mystère..... d'autant que pour l'instant, je ne lui trouve aucun mariage....... ni décès, à ce fils.... et tous les deux ont quitté la commune avant  1848 !!

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