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La série X porte bien son nom, car c'est là, entre autres, que se trouvent les enfants abandonnés. J'ai porté mon choix sur la cote 3 X 62 des archives départementales du Loir-et-Cher et j'ai trouvé un casse-tête.

Le dossier du matricule 4238 est celui de Jacques Julliot, né le 7 décembre 1898 et admis comme enfant abandonné, le 14 juin 1910, par les services de l'aide à l'enfance de l'époque, du Loir-et-Cher.

Son dossier est mince, ultra-mince puisque qu'il ne reste que la couverture de son dossier. J'y apprends qu'il a été placé chez cinq patrons différents entre le 4 novembre 1913 et le 24 juin 1914, et qu'il s'est engagé au 22e colonial 9e bataillon.

Il a disparu en Champagne depuis 1915.

Ce sont tous les renseignements fournis par son dossier.

Je cherche son feuillet matricule, et je le trouve, classe 1918 numéro 2171. Cela me permet de compléter sa fiche.

Jacques Julliot est né le 7 décembre 1898 à Paris, 20e arrondissement. Il est pupille de l'assistance publique du Loir-et-Cher, inscrit sous le numéro 60 de la liste du canton de Blois Est, classé dans la 3e partie de la liste en 1917, comme engagé volontaire. Sa fiche matricule est barrée, et dans la case "détail des services et mutations diverses" est écrit "rayé de la subdivision de Blois. Inscrit dans la subdivision de Valenciennes, canton de Valenciennes sud n°2".

Un petit tour sur le web pour trouver son feuillet matricule dans le Nord et je trouve Jacques Julliot, classe 1918 numéro 62. Tout va bien.

Sauf que, en y regardant de plus près, je me rends compte que, si le Jacques Julliot du nord est bien engagé volontaire dans la coloniale, c'est au premier RIC. Mais il peut y avoir eu erreur ou oublie de transfert sur le feuillet matricule. C'est déjà arrivé.

Il s'est bien engagé le 5 juin 1915 et il est mort le 25 septembre 1915, tué à l'ennemi dans le secteur de la ferme des Wacques, dans la Marne (nous sommes bien en Champagne). L'avis de décès est du 13 juillet 1916, ce qui est compatible avec la mention "porté disparu en 1915".

Mais, car il y a un mais encore plus gros que le problème du numéro de régiment, le Jacques Julliot du Nord est né le 27 avril 1898 à Billy-Montigny dans le Pas-de-Calais, fils de feu Jean et feue Angéline Favreau.

Si c'est le mien, il y a erreur sur la date et le lieu de naissance. Je vérifie sur Paris, 20e arrondissement, et mon Jacques Julliot à moi est bien né le 7 décembre 1898, fils naturel de Maximilienne Julliot, vingt-trois ans, domestique, qui le reconnaît le 22 du même mois.

Ce sont bien deux Jacques Julliot différents. Ont-ils été confondus ? Je n'ai aucune trace de mon Jacques Julliot dans les registres matricules du Nord. La fiche mémoire des hommes renvoie bien à Jacques Julliot né dans le Pas-de-Calais, sauf que, le jugement déclaratif de décès, du 8 décembre 1922, est renvoyé à Paris, alors que son domicile, sur la fiche matricule, est Valencienne.

Je vérifie sa fiche de "Mort pour la France" de Mémoire des Hommes et il est bien indiqué que son domicile est inconnu. Bizarre non ? Rappelons quand même qu'il n'a que dix-sept ans. Son domicile doit être celui de ses parents ou de son tuteur légal.

Y-a-t-il eu confusion ? A-t-on remplis la fiche matricule du Jacques du Nord avec les renseignements militaires du Jacques du Loir-et-Cher ? Si oui, cela veut-il dire que le Jacques du Nord est décédé avant d'avoir vingt ans sans que le maire prévienne l'administration militaire. Il faut dire que la période était plutôt chahutée.

Comment trancher ?

En vérifiant les régiments : le 22e et le 1er colonial. Figurent-ils, tous les deux, sur les listes de militaire. Avis aux curieux qui vont à Vincennes.

Tenace je continue ma traque dans les archives du Pas-de-Calais. Les actes de naissance ne sont pas en ligne, mais les tables décennales oui. Et là, le mystère s'épaissit : il n'y a pas de naissance de Jacques Julliot en 1898, ni dans toute la décennie. Il n'y a aucun Julliot d'ailleurs.

J'essaye de localiser la mère par Filae et Généanet, rien. Il faudrait vérifier le recensement millitaire du Canton de Valencienne Sud classe 1918, parce que là, je n'y comprends plus rien.

Le mystère Jacques Julliot s'épaissit. Ce n'est pas aujourd'hui que je vais pouvoir trancher.

Drôle de destin que celui de ce petit bohomme, abandonné à l'âge de douze ans, engagé volontaire à dix-sept, porté disparu aussitôt et dont on ne sait ni si il est mort ni où.