C'est parti pour la lettre A - série A des archives départementales du Loir-et-Cher.

Que vient faire le vin des parisiens dans le Loir-et-Cher ?

La série A est un recueil d'actes du pouvoir qui s'exerce sur toute la France, un peu comme le journal officiel de l'ancien régime.

tonneaux

Le 9 décembre 1687, le roi Louis XIV légifère sur les eaux de vie rectifiées (distillat ou solution aqueuse titrant de 70 à 96 % d'éthanol) et l'esprit de vin (alcool éthylique).

Il a déjà légiféré sur les eaux de vie en décembre 1686 mais, depuis cet édit, les marchands de vin ont pris l'habitude de faire entrer dans Paris, des eaux de vie rectifiées et de l'esprit de vin, en les faisant passer pour de la simple eau de vie.

Une fois les taxes payées, à l'abris des réserves de leur commerce, ils les noient d'eau pour en augmenter le volume. C'est un double vol : le roi est frustré d'une partie de ses droits et le buveur est frustré sur la qualité de sa boisson.

Le roi tranche donc dans le vif. Tout commerçant pris à mettre de l'eau dans de l'eau de vie, verra celle-ci confisquée et paiera une amende de mille livres. S'il y a récidive, ce sera quatre mille livres. Les droits levés sur les eaux de vie rectifiées seront doublés et ceux sur l'esprit de vin, seront triplés.

Pour éviter les fraudes, ceux qui produisent les eaux de vie rectifiées et l'esprit de vin, devront en faire la déclaration avant. Les futailles les contenant seront marquées. Les futailles (fûts) seront reliées en plein (garnir les deux extrémités du tonneau de cercles jusqu'à ce que les cercles se touchent), jusqu'à trois doigts de la bonde de chaque côté, et elles seront marquées d'un E et d'un R pour l'eau de vie rectifiée, et pour l'esprit de vin, de E, S, P et V, avec la marque particulière du producteur. Cette marque sera d'ailleurs déposée aux greffes des élections.

La surveillance ne s'arrête pas là. Les vendeurs et les acheteurs devront faire une déclaration au bureau du lieu où la vente sera faite et les acheteurs devront indiquer la destination de leurs achats.

Et pour statuer sur la qualité de cette eau de vie, le roi décide que l'eau de vie "douteuse" sera comparée avec d'autres eaux de vie choisies dans les magasins des marchands, par des apothicaires ou des distillateurs nommés par les parties ou par les juges.

Le roi a certainement engrangé plus d'argent avec ces taxes mais le consommateur parisien en a-t-il été heureux ? Il en a certainement été moins ivre.

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