Oui, je sais, je continue à faire de la gymnastique avec l’alphabet !! Mais promis, pour le Z ze zera bien un Z.

Fabien Joly est le petit dernier d’une fratrie de six enfants. Les parents, Pierre Joly et Adrienne Vorgère, se sont mariés en 1879, à Conan, et, l’année suivante, puis chaque année, un enfant est né dans la même commune : un garçon Isidore, en 1880, une fille, Honorine, en 1881, un garçon, Anselme, en 1882, une fille, Rose, en 1883 et un garçon, Moïse, en 1884. Et six ans plus tard, naît Fabien, en 1890. C’est le petit dernier que l’on n’attend plus. Mais les Joly aiment les enfants, même s’ils partent tôt de la maison, pour travailler. A seize ans, Fabien est placé comme domestique à la Chapelle-Saint-Martin-en-Plaine, mais dans la même commune que les parents qui ont quitté Conan. Ils aiment les enfants alors ils « adoptent » une petite de Paris, Marguerite, née en 1897.

Les aînés sont tous mariés, il ne reste comme célibataires que Fabien et Marguerite, lorsque la guerre éclate.

Fabien Henri est à l’armée depuis le 10 octobre 1911, au 69e régiment d’infanterie. Il est maintenu sous les drapeaux jusqu’au 8 novembre 1913. Il n’a pas vraiment le temps de goûter la vie civile. Le 3 août 1914, il rejoint son régiment, le 113e régiment d’infanterie, 7e compagnie, et part en campagne, le 5 août. Le 20 août, le régiment est à la frontière avec la Belgique et les 21 et 22, la guerre commence pour lui.

Le 22 août 1914, Fabien Henri est porté disparu, au soir de la bataille de Signeulx, avec plus de huit cents de ses compagnons d’arme.

Isidore Marcel est père de famille. Il a quatre enfants. Il rejoint l’armée le 13 août 1914, il rejoint le 39e régiment territorial d’infanterie. A-t-il su que son petit frère était porté disparu ? Le destin le fait partir au front, avec le 113e régiment d’infanterie, le 20 septembre. Il est tué à l’ennemi le 10 décembre 1914, à Vauquois, dans la Meuse. Il avait trente-quatre ans.

L’année 1914 et le 113e régiment d’infanterie sont sinistres pour la famille Joly.

Anselme part le 10 octobre 1914, au front, avec le 24e régiment d’infanterie coloniale. C’est un militaire aguerri. Il s’est engagé volontaire lors de son service militaire et a fait la campagne de Tunisie, du 11 février 1901 au 10 février 1905. Le combat, il connaît.

Moïse est malade. Il a été réformé pour tuberculose osseuse. Cela n’empêche pas la commission de réforme de le déclarer apte à la guerre et il part, le 25 février 1915, pour le 168e régiment d’infanterie, puis au 405e régiment d’infanterie le mois suivant.

L’année 1916 est une année de peine pour la famille Joly. Le 25 février, l’armée dresse un acte de disparition pour Fabien, puis, le 25 mars 1916, elle informe la famille que Fabien Henri est mort, le 22 août 1914, à Signeulx, et que son corps gît dans une fosse commune, sur le territoire de la commune de Baranzy ou de Mussy-la-Ville, en terre étrangère, en Belgique. Le 23 juin Moïse est blessé par éclat d’obus au cou, à Verdun. Le 5 août, Anselme est blessé à Davannes dans la Meuse.

Ramené à l’arrière, Moïse est réformé le 20 octobre 1916, pour mal de Pott ancien avec signes radiologiques positifs. C’est une infection vertébrale due à la tuberculose. Il n’était vraiment pas en état de faire la guerre.

Anselme rentre sain et sauf à la maison, une fois la guerre terminée, le 31 janvier 1919.

Le 6 août 1920, le tribunal civil de Blois déclare que Fabien Henri est mort à Signeulx, le 22 août 1914.

Quatre frères sont partis à la guerre, deux sont rentrés. Isidore repose dans la nécropole nationale de Vauquois, dans une tombe individuelle, sépulture numéro 169. Son nom est gravé sur le Monument aux Morts de la commune de Maves, où il vivait.

J’ignore où repose le corps de Fabien. Probablement toujours en Belgique. Mais peut-on vraiment dire en terre étrangère ? Tant cette terre est gorgée du sang des soldats français ? Son nom est gravé sur le Monument aux Morts de La Chapelle-Saint-Martin-en-Plaine.

Dix années séparaient les deux frères, l’aîné et le plus jeune. Le 113e régiment d’infanterie les a réunis dans la mort.

monument aux morts