Je connais surtout la série T pour les dossiers d'instituteurs. Cette fois, j'ai voulu mêler série T et 14-18 et j'ai trouvé Jules René Couppin à la cote TV1555 des archives départementales du Loir-et-Cher.

Jules René Couppin naît le 26 juillet 1881 à Mulsans (Loir-et-Cher). Il entre à l'école normale de Blois le 30 septembre 1898 et en sort le 30 septembre 1901 avec son BS.

Il commence ses fonctions d'instituteur stagiaire adjoint dès le 1er octobre, à Saint-Aignan. Il y reste jusqu'au 30 septembre 1902.

Jules René est mis en congé pour service militaire, du 1er octobre 1902 au 30 septembre 1903. C’est son choix délibéré, de faire son service militaire alors qu’il pourrait être dispensé, comme instituteur. Il est soldat au 113e régiment d'infanterie, peloton des dispensés à Orléans. Il est nommé caporal le 19 septembre 1903. Son service terminé, il intègre l'école de Châtres, le 1er octobre 1903 jusqu'au 30 septembre 1904. Le 19 mars 1904, Jules René passe sergent et obtient en 1905 sont certificat d'aptitude à l'emploi du chef de section.

Il est nommé instituteur à Saint-Claude-de-Diray, le 1er octobre 1904 jusqu'au 30 septembre 1906. Il se rapproche de sa famille.

Il est envoyé à Saint-Léonard le 1er octobre1906 jusqu'au 31 janvier 1908. Il est en poste à Saint-Léonard, lorsqu'il est titularisé, le 1er janvier 1907. Il se marie le 5 mars 1907 à Saint-Léonard, avec Renée Elise Fauconnet.

Il est envoyé comme instituteur titulaire, loin de sa famille et de celle de sa femme, à Montrouveau à compter du 1er février 1908 jusqu'au 30 septembre 1910. Il se rapproche d’eux lorsqu’il est nommé instituteur à Boisseau, le 1er octobre 1910. Il passe instituteur première classe le 1er janvier 1912. Sa fille, Paule Jeanne, naît le 15 mai 1912. En juin 1914, Jules René, qui dirige depuis quatre ans l'école mixte de Boisseau avec une moyenne de cinquante élèves, sollicite sa mutation à Montlivault ou La Chapelle Vendômoise, pour une école spéciale de garçons. La guerre va mettre fin à ses ambitions professionnelles.

Carte-Loir-et-Cher-6

Le 3 août 1914, Jules René est mobilisé et part comme sergent au 113e régiment d'infanterie. Parti au front le 16 août, il est blessé par balle, à l'épaule, le 2 septembre 1914, à Cierges, dans la Meuse et évacué à Figeac. Il retourne au front le 24 décembre.

Malgré la guerre, sa carrière professionnelle continue et il est nommé instituteur de 3ème classe le 1er janvier 1916. Jules René passe au 90e régiment d'infanterie le 9 juin 1916. C'est la bataille de la Somme. Il est blessé par balle à l'oreille, à Sailly-Saillisel d'où il est évacué à l'hôpital de Paris-Plage et il retourne au front. Le 26 novembre 1917, il passe au 163e régiment d'infanterie, puis au 142e le 5 janvier 1918. Le 23 janvier 1918, il est cité à l'ordre du régiment "bon gradé, ayant toujours accompli son devoir - blessé deux fois".

Jules René est nommé sous-lieutenant au 142e régiment d'infanterie au 22 février 1918. Il tombe au champ d'honneur le 4 avril 1918, à Moreuille (Somme). La croix de guerre lui est décernée.

 

 

Sur la notice pour le livre d'or des instituteurs, il est indiqué que la légion d'honneur lui est décernée à titre posthume, mais il n'apparait pas dans la base Léonore.

A sa mort, il totalise seize ans huit mois et neuf jours d'activité professionnelle en tant qu'instituteur.

L'administration est l'administration, guerre ou pas guerre, mort ou pas mort, et elle va occasionner de sérieux tracasseries à la femme de Jules René.

Le 27 septembre 1915, Renée Elise, qui s'est installée à Saint-Léonard, chez sa mère, écrit à l'inspecteur d'académie de Blois. Elle s'est rendue à Boisseau, à son ancien logement de fonction, pour le débarrasser et le laisser libre pour l'institutrice qui remplace son mari, mademoiselle Breton. L'administration adresse toujours le mandat de salaire à l'école, et la remplaçante le renvoie à Saint-Léonard, après quelques jours (quelques jours de trop). Mais elle n'a pas renvoyé le mandat d'août. Renée Elise le trouve sur le carreau de la pièce. Les dix centimes nécessaires au renvoie du mandat à Saint-Léonard, sont visiblement de trop pour mademoiselle Breton. Son mari avait déjà dû, depuis le front, écrire à l'inspection académique pour que sa femme reçoive son mandat. Comme s’il n’avait que cela à penser !!

Et cela ne s'arrête pas là.

Le 26 avril 1918, soit vingt-deux jours après sa mort, sa femme se voit réclamer un trop perçu de 52.25 francs par l'inspection académique. Elle vient de perdre son mari, se retrouve seule avec une petite fille à élever et n'a pas touché la solde de son mari depuis deux mois.

Renée Elise quitte Saint-Léonard et part s'installer à Orléans, 67 rue d'Illiers. En tant que veuve d'instituteur, elle devrait avoir le droit à une pension civile. Mais, lorsque son mari est passé sous-lieutenant, il a cessé de recevoir son traitement civil, car inférieur à la solde militaire. Renée Elise n'a donc pas droit à cette pension, mais plutôt à une délégation d'office sur la solde de son mari. Sauf qu'il lui faut des papiers, et l'administration va traîner les pieds pour lui fournir. Cela fait trois mois qu'elle n'a rien touché. Mais l'administration réclame les états de service militaire de son mari pour compléter le dossier et lui fournir les documents qu'elle demande. Elle va devoir faire cette demande à deux reprises avant d'obtenir gain de cause. En attendant, le 19 mars 1919, Elle demande une place de surveillante ou d'aide dans n'importe quelle école. Les demandes de papiers par l’administrations vont durer jusqu’en 1931.

Le 19 février 1922, l'instituteur d'Oucques, pour la rédaction du livre d'or des instituteurs morts pour la France, souhaite obtenir des renseignements sur Jules René. Il va se rendre à Orléans, pour rencontrer la veuve, et à Mulsans, pour y rencontrer son père. Il a besoin, entre autres, d'une photographie. Il a celle faite le jour de son mariage, donnée par le père de Jules René, mais il en voudrait une plus récente.

Renée Elise ne répondra pas au courrier et sa mère affirmera qu'elles n'ont pas de photo récente de Jules René. Le rédacteur de la notice trouve cela invraisemblable. Les tracasseries administratives et financières qui ont accablé la jeune veuve y sont peut-être pour quelque chose. Difficile de ne pas leur en vouloir.

Cette histoire m’a touchée pour deux raisons. La première, pour ce paradoxe entre « le champ d’honneur » et ces pinaillages de l’administration, comme une sinistre farce où la bureaucratie enfonce les clous du cercueil de Jules René. La seconde, pour sa deuxième blessure, à Sailly-Saillisel. C’est là-bas que mon grand-oncle est décédé, deux jours plus tard. Ils n’étaient pas dans le même régiment, mais je n’ai pu m’empêcher de penser qu’ils s’étaient sûrement croisés là-bas, peut-être parlés !!

J’aimerais savoir s’il y a une photo de Jules René dans le livre d’Or, et laquelle. Si quelqu’un le trouve…

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