Georges Gohier (Goyer) est le fils de Pierre Jean Gohier, notaire de Mondoubleau, et Marie Louise Landier. Il est élève au lycée de

Epuisay

Vendôme sortant de rhétorique, à peine âgé de dix-sept ans (né le 13 avril 1853 à Savigny) lorsque la guerre est déclarée.

Ayant rejoint les gardes mobilisés et les gardes nationaux pour la défense de sa ville, il est fait prisonnier, le 23 novembre, avec soixante-sept autres gardes et civils.

Une partie des gardes a eu le temps de remettre des vêtements civils avant leur capture, ce qui, aux yeux des prussiens fait trente-neuf hommes en civils et vingt-neuf gardes nationaux.

Ils sont emmenés sans ménagement jusqu’à Epuisay où ils sont enfermés dans l’église.

Après les avoir interrogés un à un avec insultes et coups, le général prussien décide que les hommes en civil seront relâchés le lendemain et ceux en uniforme retenus comme prisonniers de guerre.

C’est un soulagement pour ceux qui sont en civil et malgré la faim et le froid, ils passent une nuit sans trop d’inquiétude jusqu’à ce que le lendemain, 26 novembre, à dix heures, la porte de l’église s’ouvre.

Les prussiens commencent à compter les prisonniers pour s’assurer qu’il n’y a pas eu d’évasion, puis, ils font sortir, un à un, en refermant la porte entre chaque, les prisonniers devant être libérés.

Mais cette libération n’est que le début de leur calvaire.

Georges sort le troisième et voit, derrière lui des baïonnettes croisées et devant des soldats munis de queues de billard et de bâtons de toutes sortes, tout le long de la rue, depuis l’église jusqu’à la route de Vendôme. C’est la bastonnade.

Mais Georges est jeune et vigoureux. Il enfonce son chapeau le plus possible pour se protéger le crâne et il court de toutes ses forces malgré les coups de bâtons qui s’abattent sur lui le blessant sérieusement au bras. Il continue sans s’arrêter sur encore un demi-kilomètre puis se cache dans les bois de la Fredonnière où il est rejoint petit à petit par les autres « libérés » dont certains sont gravement blessés à la tête.

Tous n’ont pas sa jeunesse, plusieurs sont âgés de plus de soixante ans et certains décèdent dans les jours qui suivent, des suites de leurs blessures.

C’est le cas du maire de Rahay, le vicomte Hyppolite François Louis Jaubert, quarante-trois ans, qui décède chez lui le 20 décembre, malgré les soins attentifs de sa femme. Il avait rejoint les prisonniers dans l’espoir de sauver son curé.

Le dernier à quitter l’église est justement l’abbé Picouleau, curé de Rahay. Les prussiens l’ont gardé pour la fin. Ils lui vouent une haine particulière car ils ont trouvé des armes dans son église. Le pauvre n’était même pas au courant de leur présence mais il n’a rien dit et assumé en silence leur présence.

Il est poussé le long de la rue à coups de crosses de fusil. Il tombe et les soldats s’acharnent sur lui jusqu’à le laisser pour mort. Son corps est transporté dans l’atelier du maréchal et un pasteur protestant vient lui réciter la prière des morts.

Une fois les soldats partis, le curé rouvre les yeux et parvient à convaincre le pasteur qu’il n’a jamais tiré sur les soldats. Celui-ci va implorer sa grâce et l’obtient en partie. Le curé de Rahay doit quitter tout de suite Epuisay sous peine d’être exécuté. Le curé de la commune réussit, malgré les réquisitions et les pillages des prussiens, à trouver une voiture tirée par un âne pour l’emmener vers Sargé.

Le curé a survécu mais porte sur lui les cicatrices indélébiles de cette bastonnade.