Epuisay

Le lettre P nous emmène à Epuisay, à la fin de l’année 1873.

Elisabeth Metaye a épousé Pierre François Chaillou, le 9 juillet 1854 au Temple, et le couple s’est installé à Epuisay où sont nés cinq enfants. Lorsque Pierre François décède, le 19 mai 1871, Elisabeth reste seule avec les trois derniers (les aînés sont décédés avant d’avoir un an), Edmond, douze ans, Jules, neuf ans et Alphonsine, sept ans.

Elisabeth est propriétaire de sa maison, à la Cailletière. Son domaine consiste en une maison d’habitation constituée de deux chambres, d’une cuisine, d’une grange et de deux écuries, avec un grenier sur le tout. Les bâtiments sont contigus, d’une longueur de quinze mètres, sur six mètres de large et trois mètre de haut.

Il est minuit moins le quart, le 12 décembre 1873. Elisabeth Mettay, quarante ans, toujours veuve, a passé la soirée chez elle, avec Elisabeth Bruneau, femme Roussier, journalière de trente-quatre ans, domiciliée au Temple. Cette dernière est restée dormir sur place. Elisabeth Mettay est couchée dans son lit. Elle est réveillée par le bruit d’un pétillement. Sur le moment, elle pense que la grêle tombe. Elisabeth Bruneau ne dort pas non plus. Elle aussi entend le pétillement. Mais elle a également entendu frapper plusieurs fois au contrevent de la croisée. Pour sa part, elle a pensé qu’il s’agissait du vent. Puis, elle a entendu marcher, au-dessus, dans le grenier.

Alors qu’elles parlent des bruits entendus dans la nuit, les deux femmes se lèvent rapidement, inquiètes, et sorte dehors pour voir ce qu’il se passe. Le pétillement ne vient ni de la grêle, ni du vent, mais du feu.

Depuis l’extérieur, elles voient de la fumée sortir par une petite lucarne du grenier.

feu

Elisabeth Bruneau donne l’alarme, entendue par leurs plus proches voisins qui accourent, Louis Juré, Pierre Huard et Jean Huard. Ces derniers montent immédiatement au grenier où ils trouvent un fagot de paille enflammée, posé debout, appuyé au mur et touchant la toiture. Le feu n’en est qu’à son début et un seau d’eau suffit à l’éteindre.

C’est un incendie volontaire. Mais qui a bien pu commettre cet acte criminel, qui aurait pu avoir de très lourdes conséquences ? Par chance, il n’y a que très peu de dégâts.

Le maire d’Epuisay prévient les gendarmes, deux jours plus tard. Benoit Breton et René Gonot, gendarmes à pied de la brigade de Savigny, se rendent à Epuisay, pour enquêter sur cet incendie volontaire. D’autant que c’est le deuxième incendie volontaire qui vise la jeune veuve.

Le 27 août précédent, un incendie criminel a gravement endommagé ses biens, qui ont été entièrement la proie des flammes, ne laissant que les murs. A l’époque, personne n’a été arrêté, et voilà que, trois mois plus tard, cela recommence.

La question la plus logique est posée à Elisabeth : qui peut lui vouloir du mal. Après réflexion, elle pense à François Lefevre.

Ce dernier, âgé de vingt ans, natif de la commune, est domestique chez Louis Breton, fermier au Boulay, à Epuisay. Le 16 août, il lui a tenu de « mauvais propos » et l’a menacée. Il sort avec la jeune Huard, sa voisine et Elisabeth lui a promis de rapporter à cette dernière, ses fameux propos. D’ailleurs, deux jours plus tard, les deux femmes gardent ensemble un animal malade. Vers une heure du matin, elles sont près du foyer, à discuter des évènements et de François Lefebvre, lorsqu’elles entendent une voix venue de l’extérieur. C’est le jeune homme qui les a épiées. Hâbleur, il se vante d’avoir besoin de deux femmes à la fois. Mais il cesse, à partir de ce jour, d’importuner la jeune Huard. Neuf jours plus tard, le premier incendie volontaire éclate.

Il faut reconnaître qu’il s’agit d’une étrange coïncidence.

Epuisay 2

Les gendarmes doivent savoir où se trouvait François Lefevre au moment des faits, et ils vont interroger son patron, Louis Breton, chez qui il demeure. Il dort dans la même pièce qu’Auguste Breton, dix-huit ans, le fils. Le soir de l’incendie, ils se sont couchés tous deux en même temps, à dix heures, et Auguste ne pense pas que François se soit levé pour aller mettre le feu.

Après avoir interrogé le maire et les autres autorités locales, leurs soupçons se portent également sur Jacques Lefevre, cinquante-trois ans, père de François. Il est journalier à la Provenderie, sur la commune d’Epuisay. Il prétend s’être couché le soir à six heures.

Les dégâts occasionnés par ce début d’incendie sont insignifiants. L’incendiaire est passé par l’escalier extérieur qui mène au grenier. Aucune porte ne protège celui-ci, ce qui a facilité le travail du criminel. Mais qui est-ce ?

Le domicile de Lefevre père est à quatre cents mètres de là, et la ferme du Boulay où réside le fils, est à un kilomètre. L’un comme l’autre aurait pu se rendre là, mettre le feu et rentrer chez lui en très peu de temps.

L’enquête suis son cours, mais la guerre est passée par là, la seconde guerre mondiale, et les dossiers de la justice du Vendômois ont été détruits.

Quatre mois plus tard, Elisabeth se remarie avec Augustin Atry et quitte Epuisay pour Mazangé.

En 1879, un certain François Lefevre, fils de Jacques, épouse Aimée Aurélie Huard, la petite voisine d’Elisabeth. S’agit-il du même François ? Tout cela n’était-il qu’une manœuvre maladroite de s’attirer les bonnes grâces de la jeune fille ?

Et surtout, qui a mis le feu à la demeure d’Elisabeth, deux fois en trois mois ?

L’enquête suit son cours.