Robert Charles Micaux naît le 8 juin 1889, à la Riche, en Indre-et-Loire. Il est le deuxième enfants et fils de Charles Jean François Micaux, voyageur de commerce, et de Pauline Masson. Son père est natif de Meurthe-et-Moselle, sa mère est native de la Somme. Ils se sont mariés à Paris et leur premier enfant, Pol, est né dans la Marne, en 1886.

Comment se sont-ils fixés en Indre-et-Loire ? Peut-être à cause du frère de Charles Jean, Joseph Ferdinand, mercier à Tours.

Après Robert, est née une petite fille, Pauline Joséphine en 1890.

Les enfants sont placés très tôt pour le travail. En 1906, Charles, devenu journalier, et sa femme, vivent seul au Plessis, à La Riche. Pauline est placée comme domestique chez les Roze, à la Riche, et Robert est domestique chez la veuve Busson, à Tours. Pol, lui, est épicier à la Riche, mais pour peu de temps. Il part au service militaire le 9 octobre 1907, pour le 66e régiment d’infanterie. Son père décède quatre jours plus tard.

Pol est à peine rentré de son service militaire que Robert Charles part à son tour, le 3 octobre 1910, pour le 113e régiment d’infanterie. Lui aussi est épicier, mais à Blois. Le 113e, il connaît, tout comme la caserne Maurice de Saxe. Il n’est donc pas dépaysé pour son service. Il semble bien aimé l’armée aussi. Il passe caporal le 14 avril 1911, puis sergent, le 24 septembre de la même année. Il est rendu à la vie civile, le 25 septembre 1912 et épouse, deux mois et demi plus tard, à Blois, Renée Georgette Bertrand. Le jeune couple s’installe d’abord à Blois, rue du pont du Gast, puis à la Riche, ville natale de Robert, en juin 1914 et enfin, à Tours, rue de la mairie.

Pol est déjà marié. Le 28 août 1911, il a épousé une Loir-et-Chérienne, Renée Delphine Raty, à Saint-Gervais-la-Forêt.

Et la guerre est déclarée. Le 3 août, Robert rejoint le 113e régiment d’infanterie et le lendemain, son frère, Pol rejoint le régiment d’infanterie de Tours.

Le 22 août 1914, au soir de la bataille de Signeulx, Robert est porté disparu. La croix rouge n’a aucune trace de lui. Il ne donnera plus jamais de nouvelle. Le 12 mars 1916, l’armée dresse un acte de disparition. Il est encore présumé prisonnier. Le 20 décembre 1918, c’est officiel, Charles ne figure sur aucune liste de prisonniers.

Rien de nouveau dans ce dossier, comparé aux dossiers des autres disparus, si ce n’est deux choses.

La première fait douter des renseignements apportés par les services compétents. Le maire de Blois atteste que Robert est un militaire rengagé, habitant à Blois, à la caserne Maurice de Saxe et qu’il est célibataire. Trois erreurs dans un seul document, c’est énorme. Mais ces erreurs sont reprises dans le dossier militaire joint alors même que ses adresses sont bien sur son feuillet matricule et que son acte de mariage est joint au dossier.

La seconde est plus émouvante. C’est un courrier adressé à la petite sœur de Robert Charles, et je vous la transcris telle qu’elle est :

« Mussy la ville le 6 novembre 1919

Mademoiselle

Je reçois à l’instant votre estimée lettre du 4 courant, dans laquelle vous demandez que je vous permets de faire parvenir mon nom comment donc, mademoiselle, vous pouvez disposer de moi comme de votre frère, si j’ose me permettre, cette familiarité envers vous.

Je vous certifie que votre frère a été mis dans la fosse commune n°11 D à 800 mètres de la route au bourg à Virton. Je suis tout disposé à signer l’acte de décès de votre frère quand l’état civil militaire voudra bien me le présenter. Je pensais toujours avoir le plaisir de recevoir votre visite car depuis un an c’est incroyable les visites que j’ai reçu des malheureux parents de ses braves soldats.

Le 13 courant, l’on inaugure un monument à Bleid, à 2 kilomètres de chez nous. Ce monument est un ossuaire à l’effet de recevoir les os des soldats français qui n’auront pu être identifiés à l’exhumation faite par les boches en 1917. Il est question de faire le même au cimetière de votre frère, le 22 août 1920.

Si vous voulez bien en transmettant mon nom au ministère demander si la légation française de Berlin leur a déjà transmis la liste du cimetière de Baranzy et à quel numéro votre frère est et quel secteur, alors je ferais photographier sa tombe pour vous en faire parvenir, étant jusque maintenant absorbé par les travaux des champs, il y a quelques temps que je n’ai plus vu l’officier de l’état civil militaire, je ne suis plus au courant de rien.

Veuillez recevoir, mademoiselle, ainsi que madame votre mère, mes biens sincères salutations.

Signé Monsieur Henin, arpenteur juré de Mussy-la-Ville, Belgique. »

Visiblement, quelqu’un savait où était inhumé Robert, et ce courrier est joint au dossier du jugement déclaratif de décès qui est dressé, le 18 novembre 1920, par le tribunal civil de Blois.

Cette lettre est la preuve des échanges de courriers entre les familles et les habitants de Signeulx et des voyages, vers la Belgique, des familles à la recherche de réponses. Il est émouvant, ce lien qui se noue et qui permet à M. Henin, cette familiarité fraternelle avec la jeune fille. Il y a, d’un côté, les habitants d’une région dévastée par la guerre, qui ont vu mourir les soldats français, et de l’autre, les familles dévastées par le chagrin. Les uns et les autres ont dû se reconstruire.

Pol rentrera à la maison, cité à l’ordre du régiment le 13 janvier 1919 « Soldat d’un absolu dévouement au cours de la campagne 1914-1918, a toujours donné entière satisfaction dans son service » avec la croix de guerre et étoile de bronze.

Malgré le témoignage de M. Henin, le nom de Robert ne figure pas sur les listes des morts dressées sur place. Il reste disparu.

Mais où son nom a-t-il été gravé ? Je ne le vois pas sur le monument aux Morts de Tours ou de La Riche. Il est porté sur le livre d’or de Blois, mais pas sur le monument.

Excepté qu’il y a un R. Miaux sur ce dernier, mais pas sur le livre d’or. Alors, est-ce une coquille ? A-t-il bien été inscrit sur le monument aux Morts de Blois mais avec une faute dans son nom ?

Disparu au champ d’honneur, estropié sur le Monument aux Morts, décidément, cela fait beaucoup.

Monument aux morts