Naveil

La lettre I du Challenge AZ nous emmène à Naveil, au village de Montrieux.

Au village de Montrieux, sur la commune de Naveil, est un corps de bâtiment de quarante-et-un mètre de long sur six mètres de large. Il est divisé en quatre logements occupés par cinq familles.

Naveil-Montrieux

La partie la plus proche de la route, une maison avec grenier au-dessus, écurie et grange à côté, est occupées par Elisabeth Nourry, trente-sept ans. Veuve depuis deux ans d’Estienne Favoreau, elle vit avec ses deux fils, Etienne, dix-sept ans, et Albert, dix ans. Elle est locataire de Marie Cousin, domiciliée à Villiers.

La maison mitoyenne, avec un cabinet, et grenier au-dessus, est occupée par deux ménages : celui de Julien Dupas, soixante-sept ans, avec sa femme, Marie Jouanneau, cinquante-cinq ans et leur fils François Denis, vingt-et-un ans ; et celui de leur fille, Valentine Elisabeth, vingt-trois ans, avec son mari, Louis Haudry, vingt-cinq ans, menuisier. Ils ont deux petits garçon, Edmond Louis Valentin, quatre ans, et Emilien Armand, trois ans, et une petite fille, Hélène Léontine, deux ans. Ils sont locataires de Louise Noras, veuve, rentière vivant au même village.

La troisième partie du corps de bâtiments est occupée par Louis Fouquet, cinquante-sept ans, et sa femme, Marie Grandière. Il est vigneron et occupe une maison, une écurie avec un grenier sur le tout. Il est propriétaire de son logement.

La quatrième et dernière maison est celle de Catherine Joussard, veuve. Elle occupe une maison avec un grenier au-dessus, dont elle est propriétaire.

Le 25 septembre 1873, il est à peu près deux heures et demie de l’après-midi. Elisabeth Nourry est chez elle. Soudain, elle sent une odeur redoutée de tous : le brûlé. Elle sort de sa maison. Pourquoi est-elle allée chez son voisin ? A-t-elle vu des flammes ? Entendu le crépitement du feu ? Ou les hurlements d’un petit garçon pris au piège d’un incendie ?

Elisabeth se précipite chez Julien Dupas, entre dans la maison et trouve le petit Emilien, trois ans, dans son lit en bois, en partie en flamme. Elle arrache l’enfant au brasier, sort de la maison et criant «au feu ».

Les voisins arrivent en nombre aux appels à l’aide. La gendarmerie est alertée dès trois heures de l’après-midi, du sinistre en cours. Lorsque le maréchal des logis Louis Brault, de la brigade de Vendôme, arrive sur les lieux d’un incendie, il ne peut que constater que la toiture des bâtiments est déjà détruite, ravagée par les flammes.

Les secours s’organisent. Heureusement, les habitants sont sortis de leur domicile et sont indemnes. Les meubles et le bétail sont évacués des bâtiments en feu. Une chaîne humaine de près de deux cents mètres se forme pour puiser l’eau dans le Loir et l’amener au feu.

Il n’y a pas vraiment d’espoir de sauver les bâtiments. L’urgence est de protéger les constructions voisines.

Le maire de Naveil est sur place. L’armée arrive en renfort, avec deux escadrons du 10e régiment de chasseurs. Mais le feu résiste.

Il faut l’arrivée de deux pompes et de la compagnie des sapeurs-pompiers de Vendôme pour que les efforts pour éteindre l’incendie soient enfin couronnés de succès. Il faudra près de dix-sept heures de lutte acharnée pour éteindre complètement l’incendie. Celui-ci est définitivement vaincu le lendemain, vers huit heures du matin.

Miraculeusement, malgré l’intensité de l’incendie, les dégâts sont limités. Le corps de bâtiment, construit en gros murs et couvert en tuile, a remarquablement résisté au feu. Un seul plafond s’est effondré. Tout le mobilier et les bestiaux ont été sauvés. Les pertes s’élèvent néanmoins à 8 600 francs : 6 000 francs de bâtiments détruits, Elisabeth a perdu 1 500 francs de fourrages et objets de culture, Julien Dupas et son gendre ont perdu 250 francs de mobilier et de fourrage, Louis Fouquet a perdu 750 francs de fourrage et Catherine Joussard, cent francs de mobilier. Heureusement, excepté Julien et son gendre, ils sont tous assurés.

Les gendarmes enquêtent sur l’origine de l’incendie. Est-ce une imprudence ou un crime ?

Il s’avère que Valentine Dupas avait laissé son fils, Edmond, trois ans, seul dans la maison. On suppose que le petit garçon a mis le feu à son lit en bois, en jouant avec des allumettes chimiques, ce fameux lit en partie en feu lorsqu’Elisabeth Nourry est entrée dans la maison.

Mais la vie continue. Sept mois plus tard, Valentine Dupas met au monde une petite fille, Marie Albertine Armandine.