La série L, série révolutionnaire, est une série un peu, comment dire, rébarbative. Non seulement, elle concentre en quelques années l'équivalent de tout le reste des archives en terme de sujet mais elle est littéralement remplie de textes de loi et de décret (les législateurs ne chômaient pas à l'époque !!! Il fallait tout réformer et ils ne s'en sont pas privés) et c'est en général très mal écrit.

La série L est à la croisée de deux mondes, l'ancien régime et l'empire, avec des actes de type ancien temps et des actes d'un nouveau genre. Vous voyez, cette série a tout pour plaire. Mais si vous ne vous arrêtez pas à ces considérations et que vous osez pousser la porte de la série L, vous pouvez faire des découvertes familiales très intéressantes.

Pour vous, j'ai poussé la porte et ouverte la cote L1060 des archives départementales du Loir-et-Cher.

Il s'agit du recensement de l'an III, de Fontaines-en-Sologne. C'est un drôle de recensement, un peu le grand-père du recensement quinquennal qui fait le bonheur des généalogistes. Il est à la fois intéressant et frustrant, vous aller voir pourquoi, dès que j'aurai fini de le dérouler.

Ce recensement fait plus de trois mètre de long et il n'est pas facile à étaler sur la table. Heureusement que les AD41 ne sont pas tatillons sur l'étalement des généalogistes. Voilà, c'est fait, et j'occupe la totalité de trois tables.

Le temps de poser les sacs de bille (vous savez, les petits sacs que les présidents de salle cachent dans leur tiroir magique, et qui servent à aplatir les documents sans les abîmer. Un jour, par curiosité, j'ai regardé ce qu'il y avait dedans. Ce sont des petites billes de métal, d'où le poids conséquent de ces petits sacs en toile.), voilà, les sacs sont posés mais j'ai épuisé toutes les réserves du tiroir magique.

Quels sont les renseignements apportés par ce recensement ?

Il ne s'appelle pas recensement mais "tableau général de toutes espèces de propriétés en grains, terres, vignes, bois, fourrages, chanvres, fils, bestiaux, charrettes, arpents de friches, poinçons de vin, nombre de cultivateurs, population des deux sexes et quantité de maisons dans l'étendue du district". Je préfère recensement, c'est plus court.

Voilà, tout est dit, ce recensement est à but fiscal. Il s'agit de savoir ce qu'il convient de taxer, ce qui peut l'être, ce qui peut aussi être prélevé pour l'armée, y compris les hommes.

Je trouve Vincent Barry, à la ligne 7. Il déclare que sa maisonnée est constituée d'un homme et d'une femme (par opposition à célibataire), de deux garçons de vingt-deux et sept ans, de deux filles (pas d'âge, pas intéressant, elles ne font pas la guerre), d'une aide femelle (traduction : une domestique).

seigle

Il exploite, en quantité de terres labourables, 5 arpents 6 boisselées de seigle, 1 arpents 3 boisselées de foin, soit 6 arpent 3/4.

Il exploite par saison 2 arpents de seigle et 6 arpents d'orge pour un total de 3 arpents 3/4. Il a récolté, cette année, 7 boisseaux de seigle, 4 boisseaux d'orge, 30 quintaux de foin, 10 quintaux de pailles. Les semences pour emblaver ses terres sont de 3 boisseaux pour le seigle, 1 boisseau pour l'orge. Il lui reste de disponible, dans ses magasins, 1 boisseau de seigle, 20 quintaux de foin, 8 quintaux de paille. Il a, en outre, un arpent de bois-taillis, un arpent trois boisselées de prés, une boisselée de friches. Les cheveux, mulets et ânes attachés au labour pour Vincent, se résument à un poulain. Il a deux vaches pleines, une génisse, une truie, quatre poules, une  maison de cent livres de valeur locative, dont le propriétaire est Porcher Salomée, de Blois et dont, lui-même, Barry, est locataire. Il possède aussi deux arpents de vignes, un poinçon de vin.

Et tout cela est sur une seule ligne de trois mètres de long.

Un peu plus bas, François Coussay déclare dans sa maisonnée, un homme et une femme, un garçon de sept ans, un aide mâle, une aide femelle, et deux enfants. Qu'est-ce que c'est que ces deux enfants ? Deux très jeunes domestiques, deux enfants de la famille mais pourquoi ne sont-ils pas classés dans garçon et fille ? Il va falloir faire un peu de généalogie.

Pour la suite, il déclare en terres labourables exploitées : 41 arpents de seigle, 4 arpents 6 boisselées de foin, soit un total de 45 arpents 1/2, dont il exploite, par saison, 13 arpent 4 boisselées de seigle, 3 arpent d'orge, 3 arpents d'avoine, 21 arpent 8 boisselées de sarrasin, pour un total de 45 arpent 1/2. Il a récolté cette année 60 boisseaux de seigle, 2 boisseaux d'orges, 4 boisseaux d'avoine, 9 boisseaux de sarrasin, 50 quintaux de foin, 60 quintaux de paille. Pour emblaver ses terres, il lui faut 13 boisseaux de seigle, 1 boisseau d'orge, 1 boisseau d'avoine, 1 boisseau de sarrasin.

Depuis la récolte, il a fourni 19 boisseaux de seigle, 1 boisseau d'avoine. Il lui reste de disponible, dans ses granges, 9 boisseaux de seigle, 2 boisseaux d'orge, 3 boisseaux d'avoine, 9 boisseaux de sarrasin, 40 quintaux de foin, 57 quintaux de paille.

Il a 4 arpents 6 boisselées de prés et 1 arpent de friche. Pour le labour, il a un entier et une jument. Pour le bétail et la basse-cour, le cheptel se monte à 6 boeuf, 2 vaches pleines, 1 génisse, 2 veaux, 30 brebis, 25 agneaux, 1 chèvre, 2 mères truies, 8 poules, 12 poulets, 11 dindons. Il a aussi 10 chanvres (quelle mesure ?), 2 charettes. Il occupe une maison d'une valeur locative de 30 livres appartenant à Guérineau de Blois. Il possède 3 arpents de vigne et 1 poinçon de vin.

Si je fais un peu de généalogie, je trouve un François Coussay, marié le 28 juin 1785 à Fontaines-en-Sologne, avec Silvine Breton (l'homme et la femme du recensement), ils ont un fils, François, né le 14 août 1788 à Fontaines-en-Sologne (le garçon de sept ans) et rien d'autre. Les deux enfants notés seraient-ils des enfants en nourrice qui ne sont pas de la famille ? Mystère.

Je vous avais prévenu, ce recensement est très intéressant et très frustrant. Ne vous en privez surtout pas.

 

 

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