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La série J des archives entrées par voie extraordinaire, prend la suite de la série F à sa clôture. On y trouve toutes sortes de documents de toutes les époques et de toutes origines. Cela donne un joyeux bazar archivistique et c'est dans ce joyeux bazar que j'ai ouvert la cote 1 J 65 des archives départementales du Loir-et-Cher.

Dans cette liasse, je me suis arrêtée sur un certificat de 1832 par lequel, la commission centrale de salubrité du département de la Seine a attesté que Côme Lacombe Pourmarin, du Loir-et-Cher, élève en médecine, a fait le service médical pendant l'invasion du Cholera Morbus, depuis le 6 avril jusqu'au 15 mai 1832.

"Il a fait son service avec exactitude et a donné des preuves de zèle et d'un grand dévouement".

Avec ce beau certificat, une lettre moins belle datée du 8 août 1832. Côme a des problèmes, il n'a pas les moyens de se présenter au jury médical pour obtenir le titre d'officier de santé. Il est père de famille et vit des maigres ressources de son frère, également père de famille. Il demande au doyen de lui accorder la gratuité pour cet examen, afin que, muni du titre, il puisse exercer et enfin, subvenir aux besoins de ses enfants, et ne plus être une charge pour son frère, qui a lui-même une famille. Pour cela, il rappelle son service lors de l'épidémie de choléra.

Voilà qui interpelle ma fibre généalogique. Sa lettre de doléances a été écrite à Paris où il réside, au 121 rue Saint-Jacques. Sur Filae, je trouve sa naissance à Souday, Loir-et-Cher, le 21 vendémiaire VIII, et son décès à Dollons, dans la Sarthe, le 24 mars 1848. Il y est officier de santé. Cela tend à prouver que le doyen a été compatissant et lui a accordé la gratuité de l'examen.

Reste plus qu'à trouver qui est ce frère qui a subvenu à ses besoins et à ceux de sa famille. Là, c'est généanet qui me fait gagner du temps et l'arbre de Danièle Hamonnière.

Si j'en crois cet arbre, le seul frère ayant vécu et en capacité d'aider Côme est Pierre Victor Julien, tous les autres frères étant mort au moment de la lettre. Par contre, pas de trace des enfants de Côme. Il s'est marié le 11 novembre 1823 à Valennes, dans la Sarthe, avec Marie Anne Gigou.

Cette fois, c'est Murmure, sur généanet qui me parle plus de Pierre Victor Julien, marié à Paris le 2 octobre 1823 (même année que son frère !!), avec Amélie Constance Devaux d'Hugueville :

Mais toujours pas d'enfants dans ces généalogies, chez aucun frère. Pierre Victor Julien est chevalier de la légion d'honneur, mais un petit tour chez Léonore qui ne m'apprend rien de plus, son dossier est réduit à une feuille indiquant, comme dans son acte de décès, qu'il est professeur au collège Louis Le Grand.

Pierre est décédé le 24 juin 1867 à Angers. Son acte de décès est impressionnant : je vous conseille d'y faire un tour (date et lieu de naissance, date et lieu de mariage, métiers, retraite, pension, légion d'honneur, tout est noté). Et un petit-fils par alliance est indiqué. Qui dit petit-fils par alliance, dit petite-fille donc enfant (au moins un). Le petit-fils par alliance, René Arthur Chudeau, a épousé, le 21 octobre 1863, à Paris, Marie Caroline Louise Aubert, fille de Marie Louise Julienne Victorine Pourmarin. Donc, Marie Louise Julienne est la fille de Pierre Victor Julien, qui assiste d'ailleurs, au mariage de sa petite-fille.

Un petit tour du côté de Filae en mixant avec Généanet, et je trouve (merci Neant er Derthal) que Marie Louise Julienne Victorine Pourmarin est née à Paris, le 16 décembre 1824 et qu'elle s'est mariée à Paris, 12e le 7 avril 1844, avec le sieur Aubert. Pour l'instant, pas d'autre trace de frère ou de soeur.

Retour sur Côme et petit tour du côté des naissances à Dollon et environs. J'y trouve plusieurs enfants, mais un seul né avant 1832. Il s'agit de Victor Adrien, né le 28 octobre 1828 à la Bazoche-Gouêt.

Si je reconstitue l'histoire, les deux frères se sont mariés la même année. Ils ont chacun un enfant (au moins) en 1832. L'aîné, né le 6 mai 1795 à Souday, professeur, prend en charge financièrement son petit frère, Côme Lacombe, étudiant en médecine, né en 1799, et sa famille.

Côme va avoir trois enfants à Dollons, Amelie Marie Mathilde, en 1837, et les jumeaux Paul Léon et Virginie Augustine, en 1841.

Question sociale, le père de Côme et de Pierre Victor est propriétaire. Il décède en 1826. Pierre Victor est professeur. sa fille épouse un professeur, et sa petite-fille épouse un négociant.

Côme est officier de santé. Après son décès, ses enfants vont être tisserands, bourrelier, et ses filles épouser des tisserands. Visiblement, il n'y a pas d'ascension sociale pour les enfants de Côme.

Et le choléra dans tout cela ?

Mon très cher Jean Charles Chenu raconte, dans son rapport sur le Choléra-morbus (merci Gallica), que quelques cas isolés de choléra sont observés à Paris, dès le 22 mars 1832. Il retrace d'ailleurs le parcours de l'épidémie depuis l'Asie : 1817, Jessore, près de Calcutta, puis Madras, Pondichéry, île de Ceylan. Le 11 août 1820, l'épidémie est à Bombay, traverse le golfe du Bengale jusqu'à la presqu'île de Malacca et une grande partie des îles de la mer de Chine. Jusqu'en 1823, elle attaque l'Indoustan, la Perse, l'Asie mineure (30 000 habitants de Bagdad périssent) jusqu'en 1827. Le 26 août 1829, l'épidémie atteint l'hôpital militaire d'Orenbourg, en Russie. De là, deux routes différentes :

  • Moscou en octobre 1830 et tout l'intérieur du vaste empire Russe, les côtes de la mer Baltique, jusqu'à Dantzick le 26 mai 1830,
  • Vers le sud, l'Ukraine, la Volhinie, la Moldavie, la Pologne, l'Autriche. Puis l'Allemagne, l'Angleterre, l'Irlande, l'Ecosse et en 1832, la France.

Le 22 mars 1832, quelques cas isolés de choléra sont observés à Paris. Ils sont amenés le 25 à l'hôtel-dieu et de là, Paris, la France, et de là, l'Espagne, l'Afrique, sont touchés par l'épidémie.

Côme Lacombe Pourmarin intervient à compter du 6 avril. Il est bien à penser que tous les étudiants en médecine, tous les soignants, diplômés ou non, ont été réquisitionnés pour soigner tous ces malades, alors même qu'à l'époque, on ignore comment les soigner. Il va être affecté au poste médical de la cité 9e arrondissement, jusqu'au 15 mai 1832 et échapper au choléra.

Cet épisode de la vie de Côme et de son frère n'est peut-être pas connu de leurs descendants. Il est visible aux archives départementales du Loir-et-Cher, cote 1 J 65.