BloisLa lettre C des faits divers du Loir-et-Cher, nous mène à Blois, dans un lieu magnifique : son château.

En 1788, Blois n’a plus les faveurs des rois de France, et notre si beau château est à l’abandon. Il est dans un tel état de délabrement, qu’il est voué à la démolition, par le roi Louis XVI lui-même. Au lieu de cela, il est transformé en caserne où prend place le régiment Royal-Comtois.

La révolution lui conserve cette affectation, avec les dégradations des symboles de la royauté.

Arrive Napoléon qui décide, en 1808, d’y établir un dépôt de mendicité. Mais les lieux sont trop vétustes, même pour des mendiants, et il est décidé, une fois de plus, de le détruite.

Le conseil des bâtiments civils renâcle à cette idée, et, en 1810, la ville de Blois devient propriétaire du château, avec affectation au casernement de ses garnisons.

Ne vous y trompez pas. Si les murs sont sauvés, l’armée commet de nombreux dégâts dont la destruction des cheminées de l’aile Louis XII pour mieux organiser les chambrées et surtout, l’invasion complète de tous les bâtiments.

Mais les élites culturelles françaises commencent à vanter l’architecture et la beauté des vieux monuments, dont le château de Blois. Dès 1843, le classement et la restauration du Château sont envisagés, sous l’étude de l’architecte Felix Duban. L’armée grogne, mais elle n’a pas le choix. Le 20 juillet 1844, elle quitte l’aile François 1er qui doit, la première, être restaurée. Elle est rendue officiellement, à la ville de Blois, le 6 mai 1845. Mais le reste du château est encore militaire.

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Blois, 1846, le 37e de ligne est en garnison au château de Blois.

Château ou caserne dédiée, les travaux d’entretien incombent aux soldats. Le 7 janvier 1846, c’est nettoyage des carreaux.

Vers trois heures de l’après-midi, Jean Baptiste Jomard, vingt-deux ans, natif de Pontaillier, en Côte-d’Or, est de corvée, au deuxième étage. Il n’est pas indiqué de quelle aile : Louis XII ? Gaston d’Orléans ?

Aujourd’hui, c’est simple : on ouvre la fenêtre et on nettoie l’extérieur depuis l’intérieur. Mais ce n’est pas ce que Jean Baptiste a fait.

La croisée ne s’ouvrait-elle pas ? A-t-il voulu épater ses copains ? Le fait est qu’il est sorti sur la façade pour nettoyer les carreaux.

Cela lui fut fatal : Jean Baptiste tombe, dans la cour du château, depuis le deuxième étage. Il est tué sur le coup. Son corps est transporté à l’hospice civil où il est officiellement déclaré mort.

Nulle responsabilité n’a été imputé au corps d’armée. Il est le seul responsable de sa mort, par son imprudence.

Je doute que cela ait réconforté le père de Jean Baptiste, Pierre Jomard, qui perd son seul fils.

Un an plus tard, le 2 août 1847, à six heures du soir, Louis Arsène Guiard, vingt-six ans, natif de Oisseau en Mayenne, militaire au 73e régiment de ligne, en garnison à Blois, meurt dans des circonstances similaires.

Il ne nettoyait pas les carreaux, mais il avait placé sa tunique en dehors (pour la faire sécher ?). Il est monté sur une croisée au 3e étage pour la décrocher quand il a perdu l’équilibre et est tombé sur le pavé de la cour intérieure. Lui aussi a été tué sur le coup, puis emmené à l’hospice civile pour que son décès y soit officiellement constaté.

Il faudra attendre 1867, et la fin de la construction de la caserne Maurice de Saxe, pour que l’armée cesse son occupation du château.

PS : photo de https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Tango7174