Cour-ChevernyLa lettre D des Faits divers du Loir-et-Cher, nous emmène à Cour-Cheverny, par une fin d'après-midi mouvementée, sur le marché.

Cour Cheverny

Le 18 février 1875, alors qu’ils patrouillent sur le marché de Cour-Cheverny, Louis Leroux et Gabriel Dast, gendarmes à pied à la résidence de Bracieux, sont prévenus qu’une tentative de meurtre vient d’avoir lieu sur le marché aux poissons.

Ils se précipitent et trouvent Hippolyte Porchereau, trente-huit ans, marchand de poissons demeurant à Cour-Cheverny, immobilisé au sol par Louis Felix Veneau, trente-sept ans, cultivateur à Tour-en-Sologne.

Les gendarmes lui prêtent mainforte et maitrisent Hippolyte en se couchant sur lui et en lui bloquant les bras pour le désarmer, car il tient un couteau dans sa main droite.

Hippolyte, trente-neuf ans, a tenté de tuer sa femme, Rose Emelie Noriet, dite Melina, trente-quatre ans. Ils sont mariés depuis treize ans et ont quatre enfants, de treize à quatre ans.

Arrivés sur place depuis midi, son mari n’a fait que l’injurier, la traitant de tous les noms, des noms tels que les gendarmes ne les mettent pas dans leur rapport, préférant les points de suspension. Il lui jette même un seau d’eau. Rappelons que nous sommes en février !!

Vers cinq heures du soir, il s’avance vers sa femme, son couteau ouvert dans la main droite, et tente de la frapper avec, en lui donnant un coup sur la poitrine et en disant « il faut que je te tue ». Elle réussit à parer le coup avec sa main, se faisant entailler la base du pouce de sa main droite. A ce moment-là, Edmond Désiré Noriet, vingt-quatre ans, marchand grainetier à Cour-Cheverny, le jeune frère de Mélina, s’interpose entre le mari et la femme, ce qui lui vaut de recevoir deux coups de couteau, un au cou du côté droit, et l’autre au-dessus de la tempe du même côté.

Edmond se défend, réussit à saisir la main qui tient le couteau. Hyppolite le saisit alors à la gorge. Plusieurs personnes présentes, témoins de la scène, interviennent à leur tour.

Antoine Lelièvre, trente-trois ans, vigneron aux Terriers, commune de Cour-Cheverny, l’ayant vu frapper son beau-frère, lui a saisi la main tenant le couteau. Veneau le voyant toujours armé de son couteau, avec l’aide d’autres personnes, le renverse sur le sol et essaye de le désarmer. C’est cette situation que les gendarmes trouvent en arrivant.

Cet épisode n’est que le dernier d’une série de haine. Depuis le 31 décembre, Hippolyte ne cesse de dire à sa femme qu’il faut qu’il la tue.

Les gendarmes, vu le flagrant délit, arrête Hippolyte et le conduisent immédiatement devant le procureur de la République. Il avait sur lui, trouvé lors de la fouille, une somme de 120.05 francs et le couteau saisi comme pièce à conviction.

Hyppolite est conduit en maison d’arrêt. Il est jugé le 5 mars de la même année, au tribunal correctionnel, prévenu de coups et blessures volontaires. Son avocat demande l’indulgence du tribunal, mais la raison invoquée ne figure pas au contre rendu de l’audience.

Il risque six jours à deux ans de prison et une amende de seize à deux cents francs. Il est condamné à deux mois de prison et 55.50 francs de frais.

Et après ? Que reprochait-il à sa femme ? Impossible à savoir aujourd’hui, mais des faits étranges apparaissent. Mélina met au monde deux garçons, en 1878 et 1880, sous le nom de son mari, mais, à chaque fois, c’est le grand-père Noriet, père de Mélina, qui fait la déclaration de naissance. La famille Noriet fait bloc autour de Mélina.

Autre fait bizarre, lors des recensements de 1872 et 1876, Mélina vit seule au bourg avec ses enfants. Il n’y a pas de trace de son mari.

Se sont-ils réconcilés ? Et Hyppolite aurait été absent à chaque fois (naissance et recensement) ?

Hyppolite décède à l’hospice de Blois, le 26 juin 1884. Etaient-ils séparés ? Impossible à dire, car, lorsque Mélina se remarie, sept ans plus tard, elle vit à Blois où sont décédés ses parents en 1887 et 1890. Eux aussi avaient quitté Cour-Cheverny.