Pezou

La lettre W nous emmène à Pezou, pour un des grands classiques des faits divers de l’époque, les accidents liés au chemin de fer.

Le 16 août 1873, en gare de Pezou, un fourgon chargé de bois, doit être rattaché au train qui dessert la gare de Fréteval.

Albert Daviron, vingt-trois ans, mécanicien aux chemins de fer, fait une manœuvre pour accrocher le fourgon. Ce dernier se trouve sur la voie à côté.

Train

Albert arrête le train, d’après les signaux de son chef de train, Jules Dubreuil, quarante-trois ans, et ceux d’Auguste Penivoust, vingt-six ans, serre-frein du train qui se trouve à l’aiguille.

Il va du côté opposé aux signaux, pour manœuvrer son régulateur et aller en arrière, lorsque son chauffeur s’aperçoit que la voiture qu’ils doivent accrocher est poussée par des hommes, et non immobile sur le rail.

Il essaye d’arrêter le train, en vain. Le poids des vingt voitures attachées derrière la machine l’entraîne au-delà du croisement. Il accroche le fourgon de bois en passant, beaucoup trop près. Le fourgon déraille sous le choc et se retrouve en travers des voies. Louis May, trente-deux ans, facteur à la gare de Pezou, a la main broyée. Désiré Poirier, trente ans, graisseur du train de marchandises n°424 arrivant à Pezou à midi, domicilié à Châteaudun, a l’épaule gauche presque emportée.

C’est une erreur humaine qui est à l’origine de l’accident, un problème de communication. Le mécanicien, Albert Daviron, n’aurait dû obéir qu’aux signaux du chef de train Dubreuil et non à ceux du serre-frein Penivoust, qui n’avait pas compris la manœuvre à effectuer pour prendre le fourgon.

Arrivés sur place, Jacques Wittenmeyer, brigadier et Pierre Piou, gendarme à cheval, à la résidence de Pezou, n’ont que peu de temps pour recueillir les témoignages. Accident ou pas, le train doit être à l’heure et il repart très vite pour Fréteval.

La vie de Désiré Poirier est en danger et vue la gravité de ses blessures, Louis May devra être amputé. L’avantage d’être dans une gare, les blessés sont mis dans le train de midi pour Vendôme, afin d’être transportés le plus rapidement possible, à l’hospice de la ville pour y être soignés.

Les blessure de Désiré Poirier sont trop graves. Il décède cinq jours plus tard, à l’hospice de Vendôme, à l’âge de trente-quatre ans. Il laisse une veuve, Aimable Leveau, vingt-six ans.

Louis May, de son nom complet Louis Joseph Alexandre May, a plus de chance. Natif de Pezou, il est marié avec Marie Louise Goudeau, depuis 1867. Cultivateur de formation, il change de métier pour entrer aux chemins de fer, comme garde barrière, d’abord à Villerable, puis à la Chapelle-du-Noyers. Il est de retour à Pezou, comme facteur de gare, lors de l’accident. Amputé de la main, Louis devient journalier à Pezou. A-t-il bénéficié d’un reclassement ? Trois ans plus tard, il est garde champêtre Morée, où la famille s’installe. Il y est toujours, avec la même fonction, en 1906.