Pour le H, je n'ai pas choisi dans la série H classique (trop de baux et de ventes) mais dans le H dépôt, des archives hospitalières et plus particulièrement le 3 H-Dépôt 11 Q 6 de l'hôpital psychiatrique des archives départementales du Loir-et-Cher, pour vous parler du chagrin de Marie Marteau.

Je vous vois venir !!! Hôpital psychiatrique - Marteau !!! une simple coïncidence, et un vrai mystère.

Blois - asile

Le 11 janvier 1830, Pierre Bigot, jeune veuf de vingt-cinq ans, fagoteur de son état, épouse Marie Marteau, jeune fille de dix-neuf ans, gagiste, à Faverolle-sur Cher.

Le premier enfant vient très vite, Pierre Jean, né le 3 mars 1831 à Vallières-les-grandes, domicile du jeune marié.

Le couple s'installe ensuite à Orbigny, Indre-et-Loire où naissent les jumeaux Louis et Silvain, le 24 avril 1833. Silvain ne vit que six mois et six mois plus tard, Marie met au monde un garçon mort-né, le 24 mai 1834, puis c'est la naissance de Paul Silvain, le 26 janvier 1836 mais il décède dans le mois.

La famille retourne à Vallières-les-grandes et dans la même année, une petite fille naît le 13 décembre 1836, Marie Désirée, qui ne vit que trois ans, puis un garçon, Silvain, le 27 novembre 1841 et une fille Alexandrine Rosalie Marie, le 21 juillet 1843.

C'est huit enfants que Marie va mettre au monde et seulement quatre vont survivre à la petite enfance. Est-ce cela, le chagrin qui la terrasse ? Ou une dépression postpartum après la naissance d'Alexandrine, ou les deux.......... Ou encore une autre cause ?

Une chose est certaine, Marie, le 26 janvier 1844, est internée à l'hôpital psychiatrique de Blois, à la demande du docteur Desparanches. Elle a trente-trois ans. Les symptômes sont exaltation continuelle, parlant beaucoup, sans aucune suite dans ses idées, poly maniaque. La cause de son aliénation a été déterminée par "un vif chagrin occasionné par des pertes qu'elle a éprouvées". Se trouvant dans la misère avec quatre enfants, elle a perdu la raison. Elle est enfermée, pour l'instant, à l’hôtel-Dieu, dans une loge qui excite encore son délire.

Le 15 février 1844, le docteur Desbrosses indique que sa manie aiguë, causée par la misère, est entretenue par le chagrin des mêmes idées et lui occasionne des pensées suicidaires. Le 29 février 1844, les pensées suicidaires semblent avoir disparu.

En septembre de la même année, elle est atteinte de délire général avec fureur. En novembre, elle va mieux et travaille, mais le mieux ne se maintient que jusqu'en avril 1845.

Elle est transférée à Orléans, par décision du préfet, le 13 janvier 1846. C'est là qu'elle décède, le 9 mars.

Son mari ne tarde pas à se remarier, puisqu'il convole le 30 juin de la même année. Il faut dire qu'il s'est retrouvé seul avec quatre enfants de quinze à trois ans, qu'il élève seul depuis plus de deux ans. Il lui faut une femme.

Nous voyons souvent, en généalogie, des femmes mettre au monde des enfants et les perdre aussitôt, ou du moins très rapidement. Comment en étaient-elles affectées ? Le fait que cela soit "courant" rendait-il les choses plus faciles ?

S'agit-il des chagrins qui ont fait perdre la raison à Marie ? Difficile de ne pas y voir une drôle de coïncidence. A l'âge de vingt-huit ans, elle aura déjà perdu quatre enfants.

Pour la suite de l'histoire, Marie ne saura pas que son fils ainé, Pierre jean, va mourir à la guerre de Crimée, à l'âge de vingt-quatre ans. Les trois autres, partis vivre à Montrichard avec leur père et leur belle-mère, vont s'y marier, en 1862 et 1869.