Le 14 août 1870, pour éviter de partir à la guerre, François Pernot de Gray, mécanicien, se fait remplacer, dans la garde mobile de Haute Saône, par Nicolas Philibert Bucy, journalier dans la même commune.

Un acte authentique cèle le contrat. Il y est indiqué qu’en cas de décès de Nicolas Philibert Bucy sous les drapeaux, sur présentation de son acte de décès, ses héritiers toucheront 3 000 francs.

Nicolas Philibert est né le 5 mars 1834 à Arc (Haute Saône) fils de Jean Baptiste Bucy et de Hyacinthe Lamarche. Il est marié avec Anna Catherine Gelinotte depuis le 28 avril 1862 et ils ont deux enfants, Jean Baptiste, onze ans et Jules, neuf ans.

Loigny

 

Nicolas Philibert part à la guerre à la place de François Pernot et se retrouve avec sa compagnie, le 2 décembre 1870 à Loigny.

Le combat s’engage dès neuf heures du matin. L’ennemi est délogé de Château-Goury, puis reprend la place et la perd de nouveau. Le combat est effroyable et le temps glacial.  Il est six heures du soir. La nuit est tombée et les soldats se retirent sur leurs positions. Les blessés qui n’ont pu être évacués attendent une aide qui pour beaucoup viendra trop tard.

Affaiblis par leurs blessures, ils meurent de froid. Certains plus résistants parviendront aux ambulances au matin, souffrant de « congélation ».

Les pertes françaises s’élèvent à 47 officiers et 628 soldats tués, 141 officiers et 3525 soldats blessés. Sur les 300 volontaires de l’Ouest partis le matin, 218 ne répondent pas à l’appel.

Bien sûr, le village de Loigny et son église sont incendiés.

Et Nicolas Philibert ? plus aucune trace……… il est mort mais son corps n’a pas été identifié. Il doit reposer dans l’ossuaire de Loigny avec tous les autres, non identifiés, plus de mille soldats qui reposent dans la crypte de l’église reconstruite.

Mais comme aucun acte de décès n’est dressé, sa veuve n’arrive pas à obtenir le paiement des 3 000 francs pour elle et ses enfants mineurs.

Sauf que Nicolas Philibert est bien mort ce jour-là. Pierre Tuffet et Henri Lanciot, soldats au 3e bataillon de chasseurs à pied l’ont vu mourir de ses blessures reçues sur le champ de bataille.

Il a été atteint d’une balle à la tête. Ils l’ont vu tomber sur le champ de bataille et ils en font la déclaration le 16 janvier 1872 devant leur chef de bataillon. Ils réitèrent leur affirmation au commissariat de Besançon, le 17 avril.

La justice tranche le 4 mai 1872 et ordonne que le jugement soit retranscrit dans les registres de Loigny pour servir d’acte de décès à Nicolas Philibert Bucy.

Voilà, c’est fait…………… Anne Catherine va pouvoir obliger François Pernot à lui verser le prix du sang.

Sa femme va  pouvoir également toucher les 232 francs de pension par l’état, comme veuve de guerre.