IMG_3486

La série U est une de mes préférées. J'y croise victimes et coupables, mais aussi voisins et familles, avec leurs tracasseries quotidiennes qui les ont menées jusqu'au tribunal.

Aujourd'hui, j'ai ouvert la liasse cotée 3 U 6/130 des archives départementales du Loir-et-Cher, tribunal civil de Blois. Elle contient les actes de décès des soldats morts durant la grande guerre. C'est là que j'ai rencontré le capitaine Bordachar ; et le moins que l'on puisse dire, c'est que des erreurs, il y en a pléthore dans les actes qui le concernent.

Selon l'acte de décès expédié par l'ambulance 327 E.N.E SP 162, Maurice Bordachar, capitaine au septième régiment d'infanterie coloniale, septième compagnie, né le 31 juillet 1884 à Saint-Agnan, département du Loir-et-Cher, domicilié en dernier à Libourne, 98 cours Tourny (Gironde), est décédé à l'ambulance 237, à Soissons, le 10 mai 1917, à trois  heures, des suites de blessures de guerre. "Mort pour la France", il est inhumé au cimetière civil de Soissons. Il était fils de Jean Bordachar, gendarme, et de feue Marie Gérault, domiciliés à Blois, 16 place du château, époux de Jacqueline Blanche Lalande, domiciliée à Libourne, 98 cours Tourny.

Sauf qu'au dos de l'expédition, figurent les mention rectificatives, suivant la loi du 30 septembre 1915. Ces mentions pointent toutes les erreurs de l'acte :

  • Il n'est pas né à Saint-Agnan
  • Son dernier domicile n'est pas Libourne, 98 cours Tourny
  • Sa femme n'est pas dénommée Jacqueline Blanche Lalande,
  • Il n'est pas juste prénommé Maurice.

Les rectifications indiquent :

  • Il est né à Saint-Aignan (l'erreur n'est pas trop grosse),
  • Son domicile légale était Blois (Loir-et-Cher),
  • Sa femme est dénommée Jacqueline Marguerite Moreau-Lalande,
  • Il a été oublié qu'il est chevalier de la légion d'honneur

Puisque j'y suis, j'en profite pour voir si sa fiche "mémoire des hommes" est indexée. Non. Alors, je m'y colle et tout correspond à l'expédition de décès trouvée dans la série U.

Je vérifie toujours avec le feuillet matricule et pas de Maurice Bordachar au numéro 79 indiqué dans la fiche, mémoire des hommes. Un petit tour dans l'index alphabétique et je le trouve au matricule 1272. Encore une erreur.

2 MI 48/R81 - titre inconnu - 1904 - Archives départementales du Loir-et-Cher

2 MI 48/R81 1904 Registre matricule du contingent de la classe 1904. Microfilm des cotes 1 R 1167.

http://archives.culture41.fr

Ce n'est que la cinquième erreur. Vais-je en trouver une sixième ?

Oui, sur le feuillet matricule, il est déclaré né à Blois. Sur la fiche MDH et sur l'acte de décès, il est indiqué né à Saint-Aignan.

Qui a raison ? MDH et le tribunal.

1 MIEC 198 R2 - Registre d'état civil. Naissance - 1880 - 1899 - Archives départementales du Loir-et-Cher

Registre d'état civil. Naissance 1 MIEC 198 R2 1880/1899 1880 - 1899 registre d'etat civil SAINT-AIGNAN-SUR-CHER (Commune de)...

http://archives.culture41.fr

Et Libourne dans tout cela ?

Cette ville n'est pas mentionnée dans son feuillet matricule. Il n'y a d'ailleurs aucune ville de domicile qui soit indiquée.

Il faut dire qu'il a pas mal voyagé, mais pour l'armée : École spéciale militaire de Saint-Cyr à partir de 1903 puis c'est le départ pour le Tonkin, comme sous-lieutenant au 3e régiment d'infanterie coloniale, puis le 5e régiment de tirailleurs tonkinois le 1er septembre 1907, le 4e régiment de tirailleurs tonkinois le 1er mars 1908, le 8e régiment d'infanterie coloniale? le 18 octobre 1909. De là, il part pour le Tchad, au bataillon de l'Oubangui le 25 octobre 1910, puis le 5e bataillon de tirailleurs sénégalais, le 11 janvier 1911, ensuite le 22e régiment d'infanterie coloniale, le 16 juillet 1912. Il est envoyé au Tchad le 1er avril 1914 (drôle de blague), promus capitaine le 5 mai 1915. Le 25 juin 1916, il rentre en France et part au front contre l'Allemagne. Il passe au 7ème régiment d'infanterie coloniale, le 31 mai 1916 et, pour finir, mort à Soisson le 10 mai 1917. Pas de Libourne.

Libourne se trouve en février 1917. C'est là, qu'il se marie, avec Jacqueline Moreau-Lalande. Un mariage très bref, puisque trois mois plus tard, il meurt de ses blessures, dans l'Aisne. Maurice figure d'ailleurs sur le livre d'or de la ville Blois, mais pas sur celui de Libourne.

Reste à vérifier s'il est bien chevalier de la légion d'honneur. Je fais un petit tour chez Léonore.

Oui, Maurice est chevalier de la légion d'honneur. Le décret est du 5 juillet 1917, pour prendre date au 5 mai 1917, cinq jours avant sa mort.

Cette histoire prouve, encore une fois, qu'il ne faut pas se fier aveuglément aux actes, mais tout vérifier et croiser les renseignements obtenus.