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La série N des archives départementales n’est pas très folichonne. C’est une série plutôt technique, qui rassemble les données des affaires économiques sociales et politiques au sens large sur tout le département.

Le 2 N 34 contient le conseil d’arrondissement de Vendôme pour l’année 1849. A priori, rien de bien généalogique dans tout cela, et pourtant. Faire l’impasse sur l’environnement de nos ancêtres nous prive des évènements qu’ils ont connus.

Aujourd’hui, nous sommes blasés par la politiques. Tout arrive mâché et rabâché par les médias, presse et réseaux sociaux réunis. Mais avant, le moindre évènement était Un Evènement important, commenté sur la place du marché, au cabaret le soir, devant la cheminée à la veillée.

Quels étaient les évènements de l’année 1848 dans l’arrondissement de Vendôme ? Voici un florilège des délibérations du conseil d'arrondissement de Vendôme qui ont dû faire parler dans les chaumières

1 – Le conseil se plaint de l’usage abusif que font certains voituriers de deux chevaux à roues simples, sur les chemins vicinaux. Il réclame que la police de ces chemins soit la même que celle des routes départementales. Et pendant qu’ils y sont, ils réclament que les amendes pour défaut de plaque soient revues à la baisse, car elles frappent surtout les cultivateurs et estiment que l’amende est disproportionnée par rapport au délit. Depuis l’établissement des lignes de chemin de fer, surtout celle de Paris à Saumur, le roulage est peu important dans la traversée de l’arrondissement, donc les infractions peu nombreuses. Elles atteignent toujours les agriculteurs, soit pour oubli des plaques d’immatriculation, soit pour la largeur des jantes.

2 – Les villes de Vendôme et Mondoubleau s’y opposant, la foire d’Avril de Savigny ne pourra pas changer de jour.

3 – La commune de Selommes souhaite l’établissement d’une foire aux moutons qui aurait lieu le 4 mai de chaque année. Toutes les communes intéressées ont donné leur accord, excepté Vendôme. Mais, Selommes étant au centre d’une industrie moutonnière très importante, le conseil souhaite que cette demande soit accordée.

4 – La commune de Selommes demande également une louée annuelle le 23 juin et une louée de moissonneurs pendant les dimanches de la moisson. Cette fois, toutes les communes intéressées ont mis leur veto. Le demande est rejetée.

5 – Toutes les communes doivent avoir leur maison d’école en propriété (achat ou construction), mais de nombreux obstacles se dressent devant cette obligation. Les communes de Fréteval, Gombergean, Vendôme, Lunay et Cellé ont fait construire ou réparer une maison d’école pour un total de 17 956.51 francs.

6 – Un grand nombre d’instituteurs se sont mêlés des évènements depuis la dernière session (révolution de 1848 et changement de gouvernement) provoquant du désordre dans les communes. De nombreuses communes se sont plaintes du comportement de leur instituteur.

7 – Les naissances de l’arrondissement se sont élevées en 1848 à 2013, les mariages à 782 et les décès à 2008. La balance des naissances sur les décès, donne une augmentation de 150 individus dans la population. Si l’on déduit des décès, ceux de la population flottante de la garnison et des hôpitaux, ce chiffre monte à 193. Le nombre important des mariages (278 de plus qu’en 1847) s’explique par les bruits de guerre consécutifs à la révolution de février.

8 - Le commerce de ganterie autrefois florissant n’existe encore que de nom. Les fabricants de Paris envoient dans l’arrondissement, des gants tous coupés pour les coudre, ce qui occupe encore une assez grande quantité de femmes.

9 – Les fabriques de serges de Mondoubleau tombent peu à peu, ce qui laisse dans cette partie du Perche, une partie des bras inoccupés surtout pendant l’hiver et beaucoup d’ouvrier sont dans une position voisine de la misère.

10 – Les verreries de Montmirail et de Rougemont sont en activité, Rougement ayant repris après travaux.

11 – La fonderie de Fréteval a rallumé ses fourneaux et marche actuellement sous la direction de trois jeunes gens intelligents, ayant acquis leur expérience dans les usines du Berry. Ils se bornent au moulage de la poterie et ne fabriquent pas de fer. L’usine de Courcelle est au chômage.

12 - La fabrique de papier de M. Pothée entretient un assez grand nombre d’ouvriers.

13 – La fabrique de tapis de Meslay a cessé de fonctionner.

14 – Pour compenser les fermetures de fabriques et donner du travail, des ateliers sur les routes, et les divers chemins communaux, ont été ouverts sur tout l’arrondissement. De nombreux travaux ont été effectués sur les églises, presbytères et maisons d’école, donnant du travail aux habitants.

15 – Un secours de 9 800 francs est attribué par le gouvernement à vingt-et-une communes victimes des orages qui les ont ravagés (grêle et foudre) en 1848. La commune de Danzé a été la plus touchées, la foudre ayant fait de nombreux ravages en tombant sur l’église et le clocher. Un incendie a éclaté au hameau de la Tuilerie, commune de Vendôme, dans la propriétaire de madame veuve Lamarlier, détruisant une grange, près de huit cent gerbes en méteil et avoine et quatre cent bourrées et deux voitures se trouvant dans la grange.

16 – Le bail de la caserne de gendarmerie de la Ville-aux-clercs a été renouvelé. Le prix de l’ancien bail était de 350 francs. Le nouveau est de 475 francs mais Georges de Louvancourt, propriétaire, doit en échange effectuer des réparations tant pour l’assainissement des locaux que pour les rendre plus commodes et plus logeables.

17 – Le compte pour l’arrondissement, des gardes nationaux mobilisables pour 1849 donne :

  • 1ère classe des célibataires de 20 à 35 ans : 3235 hommes
  • 2ème classe des veufs sans enfant de 23 à 30 ans : 9 hommes
  • 3ème classe des mariés sans enfants de 23 à 30 ans : 622 hommes
  • 4ème classe des soutiens de famille de 20 à 30 ans : 305 hommes
  • 5ème classe des mariés avec enfants de 20 à 30 ans : 1081 hommes

Soit un total de 5250 hommes mobilisables sur l’arrondissement.

18 – Quelques cas de choléra ont été signalés à Vendôme et Savigny, sans suite. Des fièvres typhoïdes se sont déclarées et ont fait des victimes. Des dysenteries et des petites véroles ont paru sur quelques points de l’arrondissement. Une partie des malades avait été vaccinées.

19 – Les enfants trouvés dont l’administration reconnaît un caractère indomptable doivent être admis aux frais de l’état, dans la colonie de Mettray. Leur « tache originelle » et ce jugement administratif équivalent à la flétrissure judiciaire exigée par cette maison.

20 – La ville de Mondoubleau souhaite que le nombre de gendarmes dont elle dispose passe de quatre à six.

21 – Les archives de la sous-préfecture ont été malheureusement laissées dans un désordre tel qu’il sera long et difficile d’y remédier. Une année ne parait pas suffisante à un employé pour y réussir. Une nouvelle allocation de deux cent francs est demandée pour cet objet. Il s’agit d’établir de nouveaux casiers, de compléter et relier les bulletins des lois et les recueils administratifs.

Vous voyez, les préoccupations du conseil départemental n’ont pas beaucoup changé : chômage, état des routes, santé publique, sécurité routière, catastrophes naturelles… Seul le problème des gardes nationaux a disparu avec la fin du service militaire. Et les archives ont toujours un problème de manque de personnel et de budget.