Lorsque Charles Moïse Imbert épouse Marie Madeleine Noulin, le 24 juillet 1875, à Blois, à quatre heures du soir, il a vingt-deux ans. Il est menuisier, fils de menuisier. La jeune mariée à dix-huit ans, native de Saint-Sulpice, est couturière, fille de cultivateurs. Les témoins sont des artisans de Blois, les deux frères de Charles, l’un menuisier comme leur père, l’autre serrurier, et les amis, l’un horloger bijoutier, l’autre cordonnier. Nous sommes dans le milieu des petits artisans de la ville de Blois. Les parents de Charles Moïse vivent rue du Sermon. Le jeune couple ne s’installe pas très loin, au numéro 15 des degrés Saint-Nicolas. C’est là que naissent leurs trois enfants : Ernest Georges, en 1877, Renée Marie Georgette, en 1880 et Marcel Gabriel, en 1890.

Le premier à quitter le foyer familial est Ernest Georges, à l’âge de vingt-cinq ans. Menuisier comme son père, il épouse, à Blois, en 1902, Marguerite Peylet, vingt-trois ans. La jeune femme est couturière, comme Marie Madeleine, mais vient de loin. Elle est native de Bussière Galand, en Haute-Vienne, et vit à la Rochelle, avec ses parents. Le père est chef de train. Comment ces deux-là se sont-ils rencontrés ? Le jeune couple s’installe 32 rue des Trois-Marchands, où naît Suzanne Simone Marguerite, en 1903. La petite fille ne vit que dix-huit mois.

Renée Marie Georgette, la seule fille de la fratrie, part à son tour, en 1905. Elle a vingt-quatre ans, lorsqu’elle épouse, à Blois, Charles François Renoncé, vingt-quatre ans, natif de Vendôme, mais cordonnier à Blois. Ses parents vivent à Blois. Le couple s’installe à la même adresse que les parents de Renée Marie Georgette, au 15 degrés Saint-Nicolas.

La même année, naît Yvonne Renée Georgette (deux des prénoms de sa tante), chez Ernest Georges, et l’année suivante, naît Paul Charles René, chez Renée Marie Georgette et son mari.

Le père, Charles Moïse, décède chez lui, le 15 avril 1909, à l’âge de cinquante-cinq ans, et Marcel Gabriel, le petit dernier de la famille vit avec sa mère jusqu’à son départ à l’armée, le 10 octobre 1911. Il rentre à la maison, le 8 novembre 1913, mais pour peu de temps. Le 1er août 1914, il est rappelé à l’activité, par le décret de mobilisation et part le 3 août, pour le 113e régiment d’Infanterie.

Mais il ne part pas seul, son frère, Ernest Georges, et son beau-frère, Charles François Renoncé, partent en même temps : Charles François rejoint l’artillerie, et Ernest Georges rejoint le 39e régiment territorial d’infanterie.

Marcel Gabriel part pour la frontière belge, et puis, plus rien. Le 14 mars 1916, l’avis officieux du ministère de la guerre le dit « tué à l’ennemi » aux combats du 21/22 août 1914, et inhumé dans une fosse commune sur le territoire de Baranzy ou Mussy-la-Ville. Le 25 mars 1916, Marie Madeleine Noulin est informée du décès de son fils. Pourtant, l’acte de disparition est dressé plusieurs semaines après, le 11 mai 1916, aux armées. Marcel Gabriel a disparu le 22 août 1914, à Signeulx, en Belgique, au cours d’un violent combat où le régiment dut se replier. Il est présumé tué.

Le nom de Marcel figure sur la liste des soldats français morts les 21 et 22 août 1914, dressée par le curé de Signeulx et le bourgmestre de Mussy-la-Ville et le Graberbüro de Virton. Mais il n'y a pas d'indication sur l'endroit où il a été inhumé. Il est enterré dans une fosse commune, mais laquelle ?

Le 25 novembre 1920, le tribunal de Blois le déclare officiellement décédé le 22 août 1914, à vingt-quatre ans, à Signeulx, jour et lieu de sa disparition inscrits dans le journal de marche du 113e régiment d’infanterie.

Marie Madeleine a perdu son plus jeune fils. Elle a aussi perdu l’ainé, Ernest Georges, en quelque sorte. Lui revient de la guerre. Enfin, presque, mais pas tout à fait. Le 6 septembre 1916, il a été évacué malade. Il faut attendre le 10 août 1917, pour qu’il soit réformé n°1. Malgré tout, il est inscrit comme ayant fait campagne contre l’Allemagne, jusqu’au 9 janvier 1918. Il est probable qu’entre le 6 septembre 1916 et le 9 janvier 1918, il va être envoyé d’hôpital en hôpital. Il faut dire qu’à cette époque-là, on ne savait pas trop bien soigner ce dont il souffre. Après deux ans de guerre et la mort de son petit frère, sans compter la mort de ses compagnons d’arme, Ernest est devenu fou, à presque quarante ans. Il est réformé pour aliénation mentale. De commission en commission, il est réformé définitivement avec invalidité de 50%, pour séquelles de délire de persécution, hallucinations de l’ouïe, diminution des facultés intellectuelles, rire sans motif, etc. Aujourd’hui, il serait probablement traité pour choc post-traumatique, mais à cette époque-là !!

Reste à vérifier, quand les archives départementales seront de nouveau ouvertes, s’il est allé chez lui ou s’il a été interné.

Autant dire que Marie Madeleine a perdu ses deux fils. Heureusement, Charles François Renoncé, le mari de Renée Marie Georgette revient indemne de la guerre, début 1919.

Ernest et sa famille ne sont pas resté à Blois. Ils se sont installés à Nice, où il est décédé, le 21 janvier 1947.

Le nom de Marcel Gabriel a été gravé sur le monument aux Morts de la ville de Blois.

Monument aux morts