Meusnes

La lettre E nous emmène au sud du département, à Meusnes, à l'été 1881.

Le sept août 1881, onze heures du matin, à Meusnes, Alphonse Poitou, douze ans, de son vrai prénom Ambroise, comme son père, le boucher de la commune, et plusieurs de ses petits camarades, dont ses deux jeunes frères, Eugène, neuf ans, et Octave, six ans, sont à jouer près du moulin de la commune. Ils se sont esquivés pour aller s’y baigner, bien que ne sachant pas nager. Il y a Alphonse Bodin, dix ans, et Alexandre Perseil, huit ans.

Moulin de Meusnes

Léon Bodin, vingt-six ans, meunier chez son père, Jules, se trouve au premier étage du moulin, lorsqu’il entend des cris d’enfants, venus du dehors. Il regarde par la fenêtre et voit le petit Alphonse, dans le déversoir, où l’eau fait plus de deux mètres de profondeurs. Il est en train de se noyer. Les autres enfants sont sur le bord, impuissants à l’aider, ne sachant pas nager.

Ils ne sont pas les seuls dans ce cas. Joseph Chabault, vingt-quatre ans, domestique du meunier et Jules Bodin, meunier au moulin de Lasnier, frère de Léon, ont sauté par la fenêtre du moulin pour lui porter secours, mais sont resté sur le bord, sans rien pouvoir faire.

Léon descend quatre à quatre l’escalier du moulin, se précipite vers le déversoir et se jette dans l’eau, tout habillé, depuis le mur de soutènement de la fosse, deux mètres au-dessus de l’eau. Il réussit à attraper le petit garçon, le ramène sur le bord, sur l’herbe.

Léon est un jeune homme vif d’esprit et expérimenté. Il couche l’enfant horizontalement, la tête plus basse que le reste du corps. Alphonse ne donne plus signes de vie, mais Léon lui presse la poitrine à plusieurs reprises, et, comme remède de cheval, lui glisse du vinaigre dans la bouche, puis de l’eau de vie. Cette dernière n’a jamais aussi bien porté son nom. Le garçon rouvre les yeux. Il est sauvé.

Petit à petit, il recouvre ses forces, au point de repartir chez lui, avec ses petits camarades.

La gendarmerie est informée de l’évènement le lendemain. Deux gendarmes à cheval, à la résidence de Saint-Aignan, se rendent sur place pour interroger les témoins. Tous confirment les faits. En inspectant les lieux, les gendarmes constatent que la fosse où est tombé Alphonse est très profonde, et sur les côtés, se trouvent des pierres dangereuses pour le nageur.

Alphonse en est quitte pour une grosse frayeur, et probablement une bonne engueulade de son père.