Poilus-1

Nos poilus dans les archives départementales - Suite …

La guerre est déclarée, les mobilisables sont mobilisés. Et les réformés ?

Les conseils de révisions vont examiner et réexaminer les réformés, durant toute la guerre, tant est grand le besoin de « chair à canon ». Ces conseils de révision sont consultables en série R.

Mieux ? Chaque commune, au début de la guerre, doit fournir la liste des réformés qui y vivent et sur chaque formulaire rempli, figure la cause de l’exemption et……. Si le réformé le reste ou s’il devient bon pour la guerre.

J’y apprends ainsi que Germain Moïse Landault, de la classe 1911, domicilié à Mazangé, réformé une première fois pour problème cardiaque, a été déclaré bon pour le service. Un petit tour sur MDH et j'apprends qu'il est décédé à Neuville-Saint-Waast, le 9 mai 1915, Mort pour la France.

Que Raoul Desmons, de la même classe, domicilié à Vendôme, réformé pour difformité de l’épaule droite, a été déclaré bon pour le service armé. MDH m'informe qu'il est décédé le 22 mars 1915, au Bois-le-Prêtre, Mort pour la France.

Si j’étudie une commune, grâce à ces documents, je sais exactement qui vivait dans la commune et était réformé et pourquoi. Comme pour la petite commune de Melay, dans le Loir-et-Cher. Je sais qu’il y a, en 1914, sept hommes, des classes 1887 à 1909, qui sont réformés, avec leurs noms, dates de naissance, cause de réforme. Quatre vont être affectés au service auxiliaire, trois vont être exempté et un absent (les absents ont toujours tort, c’est forcément l’armée qui a inventé cette règle), est déclaré bon. Dans la même commune, il n’y a aucun réformé des classes 1910 et 1911.

Evidemment, pour vérifier la véracité des maladies invoquées, il faut des preuves et certains dossiers complets sont conservés avec les rapports médicaux et les rapports… de gendarmerie.

C’est l’histoire d’Henri Baglan.

Le 12 octobre 1914, le maréchal des logis Louis Ragougnot et le gendarme à pied François Arriat, à la résidence de Savigny, recueillent des renseignements, à la demande du préfet de Vendôme, sur le conscrit Henri Baglan, de la classe 1914, qui dit être atteint de débilité mentale et de bégaiement.

Le témoignage de sa mère, Aimée Métivier, de Bonneveau, indique que son fils après sa sortie de l'école, a été atteint de pleurésie tuberculeuse. Il n'est pas très intelligent et bégaie fortement depuis son jeune âge. L'instituteur, Octave Bouché, confirme le bégaiement et le peu d'intelligence. Pour lui, il n'y a pas simulation.

Louis Auguste Proust, le maire de la commune de Bonneveau est aussi interrogé. Il confirme et ajoute qu'il ne croit pas Henri être capable de faire un soldat. Ce dernier vit à Troo et les gendarmes s'y rendent deux jours plus tard. Ils interrogent Armand Chevereau, son patron depuis le 23 juin 1912. Henri vient de quitter son emploi. D'après Armand, son bégaiement est très prononcé et il marche difficilement, ayant eu la jambe gauche cassée trois fois, quoique boitant de la jambe droite. Il est très souvent malade et d'une intelligence ordinaire.

Les gendarmes trouvent enfin Henri et l'interroge à son tour : il bégaie depuis l'âge de huit ans, à la suite d'un cauchemar. Il est souvent malade, ne peut rien porter et a eu la jambe gauche cassée trois fois entre ses trois et quatre ans d'âge. Les gendarmes constatent effectivement ses difficultés à parler "éprouve de la difficulté à parler, surtout pour articuler la première syllabe du premier mot de la conversation, les mots qui complètent la phrase paraissent venir plus facilement. Cette difficulté se caractérise par une hésitation suivie d'agitation de la mâchoire inférieure, des lèvres et clignement d'yeux durant plusieurs secondes et même se prolongeant pendant une minute avant de pouvoir articuler la première syllabe du mot qu'il veut prononcer. Il répond assez clairement aux questions posées et semble être d'une intelligence ordinaire."

Le conseil de révision maintient Henri exempté, le 23 novembre 1914. Il va être dispensé de la visite prescrite par la loi du 20 février 1917 : deux de ses frères sont morts au champ d’honneur.

Justement, cette visite, prescrite par cette loi, est également conservée aux archives départementales, avec la liste, par commune, des hommes astreints à cette déclaration.

Dans les dossiers nominatifs, se trouvent les états dressés par les maires, l’armée, le ministère de la guerre.

Exemple : Saturnin Aurélien Tondereau a quatre frères. Arthur Paul et Gaston sont au service armé, Eugène Alexandre est porté disparu, Paul Hyppolyte est prisonnier. Le maire dresse un certificat de vie collectif (tous les frères sont en vie, en fait non, mais c’est ce que croit savoir le maire). Au dossier sont également joints

  • un certificat de présence au 30e d’artillerie pour Paul Arthur,
  • un avis de disparition du ministère de la guerre pour Eugène Alexandre,
  • un certificat de présence au corps de Gaston, du 369e régiment d’infanterie,
  • un état signalétique d’Hippolite Paul, du 46e régiment d’infanterie,
  • un de Louis Auguste, du 7e régiment de dragons.

De fait, Eugène Alexandre est mort à Montblainville, dans la Meuse, Mort pour la France.

 Vous le voyez, les documents sur les réformés sont nombreux et riches de renseignements, sur eux et leurs familles, pouvant compléter, confirmer ou remplacer les feuillets matricules manquants.

La suite demain.