Très grandeHôtel Dieu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre 1882 et 1883, cinquante-sept enfants ont été abandonnés aux soins du département du Loir-et-Cher. 90% de ces enfants sont des enfants naturels.

Les chiffres sont cruels, les commentaires ne le sont pas moins. Dans 39% des cas, l'explication est lapidaire : la mère doit abandonner son enfant à cause de la misère dans laquelle elle vit et à cause de son "idiotie", "manque d'intelligence", "inconduite". Sous-entendu, une femme intelligente n'abandonne pas son enfant (ou ne tombe pas enceinte sans être mariée !!). C'est le commentaire attribué aux femmes abandonnant leur premier enfant.

53% de ces enfants ont des frères et soeurs et tous ne sont pas abandonnés par leur mère, bien qu'ils soient tous enfants naturels.

Ces femmes sont de simples domestiques ou journalières. Elles n'ont aucun soutien de famille, ou bien celui-ci est trop pauvre pour les aider. Un premier enfant naît et la mère le garde. Ne pouvant s'en occuper elle-même, devant travailler, elle le place en nourrice ; une nourrice qu'elle doit payer. Alors l'arrivé d'un deuxième, troisième et parfois quatrième enfant rompt l'équilibre financier. Une vie de sacrifice n'y suffit pas. La mort dans l'âme, la femme doit abandonner le nouveau-né, celui qu'elle ne connaît pas encore, pour pouvoir garder et élever les autres. Ces femmes-là évitent le commentaire lapidaire. Au contraire, le texte, bien qu'administratif, laisse transparaître leur malheur et leur courage.

Pour cinq de ces enfants (dont deux soeurs), la mère a cessé de payer la nourrice et "furtivement disparu". Dans l'un des cas, elle est tout simplement décédée et l'enfant est passé de la catégorie "abandonné" à "orphelin". Dans un autre, celui des deux soeurs, la mère était malade. Un an plus tard, le département lui a rendu ses enfants.

Et les 10% d'enfants non naturels ? J'ose à peine dire légitimes. L'un d'eux, né à l'hôtel Dieu de Blois, est abandonné par ses parents à Montauban. Il sera rapatrié dans le Loir-et-Cher, dont il dépend par sa naissance. Un autre, reconnu par son père qui a disparu ensuite, est abandonné par sa mère. Un troisième voit son père prendre la fuite après le décès de sa mère.

Au milieu de tous ces abandons volontaires, se trouvent les abandons "forcés". Trois frères et soeur sont temporairement "abandonnés" par leur mère ............ en prison. Elle les récupèrera à sa sortie.

Un grand nombre de ces femmes vient ................ des hospices. Elle ont elles-mêmes été abandonnées. La spirale infernale. Et il faut parfois plusieurs générations pour enfin rompre ce cercle infernal.