enfant-abandonne

Une petite dernière .......... mais je vous préviens, cette histoire-là est triste. Évidemment, les lieux et les prénoms sont changés.

Il s'agit encore d'une histoire d'enfant abandonné.

Une cliente me contacte car sa mère est une enfant abandonnée. Elles ont fait tout ce qu'elles pouvaient de leur côté et l'histoire qu'elles me racontent est bien triste et tristement banale.

La grand-mère, alors toute jeune femme, est tombée enceinte de son patron, notable d'une grande ville, disons Chatellerault. Celui-ci l'a expédiée à Tours, chez une sage-femme payée pour l'occasion, pour le temps de sa grossesse. L'enfant naît, et est abandonnée, appelons-là Louise. Elle grandira de ferme en ferme, comme les enfants abandonnés de cette époque-là.

Cela, elles l'ont trouvé en cherchant l'endroit de l'accouchement, en retrouvant la fille de la sage-femme qui a raconté ses souvenirs.............. rien de bien précis, la ville du père, l'histoire du notable... rien d'autre.

Dans le dossier de l'assistance publique, elles ont trouvé une lettre qui leur a redonné espoir : un oncle de la petite avait réclamé l'enfant, mais l'administration avait refusé. Et me voilà en piste pour retrouver cet oncle.

La ville est la même que celle donnée par la fille de la sage-femme, mais l'adresse n'est pas la sienne. C'est "chez monsieur...".

Me voilà à Chatellerault, compulsant les listes électorales et les recensements à la recherche du tonton. Rien, nada, le néant. Il n'a pas vécu dans cette ville. Il y est arrivé entre deux recensements et n'y est pas resté. Peut-être n'était-il venu que pour récupérer la petite Louise, sa nièce, et est-il reparti après le refus de l'administration. Malheureusement pour nous, il avait un nom des plus communs en France, genre Jean Martin.

La piste est plus que froide. Mais je ne m'avoue pas encore vaincue.

Le monsieur "chez" qui a habité le tonton est décédé, évidemment, depuis le temps. Mais il avait des enfants, dont une fille, Jeanne, la plus jeune des enfants, seule encore en vie. Et je la retrouve.

Elle me parle de ses parents. Son père, garagiste alsacien, et sa femme, étaient des gens biens. Du genre à tendre la main à ceux qui en ont besoin. Et ils le faisaient si souvent qu'elle n'a pas gardé souvenir d'un Jean Martin, éphémère dans sa vie d'enfant. Par contre, elle se rappelait très bien d'une dame, venue du Nord, ou de l'Est. Elle avait dû abandonner son bébé à la naissance. Elle était ensuite retournée dans sa famille, s'était mariée et devenue veuve, elle voulait reprendre son enfant.

Si ce n'est pas la mère de Louise, s'est une sacré coïncidence.

Elle avait demandé à la mère de Jeanne, de l'aider, de l'accompagner à Tours, comme caution ou soutien moral. Mais là, l'administration de l'époque, aveugle et fermée à toute compassion, avait refusé de lui rendre sa fille.

Malheureusement, c'est tout ce dont se rappelait Jeanne. Une histoire triste, sans nom ni lieu. Et il n'y avait aucune trace, dans le dossier de l'administration, de cette demande.

La piste s'arrêtait net. Je n'ai pas réussi à retrouver sa filiation, ses origines. Tout ce que j'ai pu trouver, c'est que Louise n'a pas été abandonnée par sa famille maternelle. Son oncle, puis sa mère, ont essayé de la reprendre, sans succès.

Je vous le disais, c'est une histoire triste.

A chaque fois que je pense à Louise, à sa mère et à son oncle, j'ai de la peine. Il aurait fallu si peu pour que son histoire change.