En vingt-trois ans d'exercice de la profession, j'ai remué beaucoup de poussière, ouvert des liasses qui n'avaient plus été ouvertes depuis .... probablement leur mise en liasse.

J'ai découvert des horreurs archivistiques (actes notariés couverts de fientes de pigeon, liasses tellement colmatées par l'humidité qu'elles formaient un bloc compact et inconsultable, registres tombant en poussière au moindre effleurement, actes grignotés par des souris, sans compter les épingles rouillées, les cadavres d'insectes et les odeurs... bizarres).

J'ai découvert des perles d'histoire locale et familiale au hasard des recherches et bien sur trouvé, souvent, ce que je cherchais, mais pas toujours.

Et j'ai consulté des tonnes de papiers et parchemins .... pour rien sauf que rien, en généalogie, ce n'est jamais rien. Pour savoir qu'il n'y a rien, il faut le vérifier et une fois vérifié, on peut barrer la liasse de la liste des recherches à faire. Donc rien, c'est déjà quelque chose.

Les généalogistes sont en fait des spécialistes de l'aiguille dans la botte de foin. Sauf qu'une aiguille dans une botte de foin, cela se voit. Nous, en fait, nous sommes les spécialistes du brin de foin dans la botte de foin.

Et des bottes de foins, j'en ai fouillées beaucoup.... parfois par erreur. Erreur que je ne commettrai

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plus : faire confiance au client.

"je cherche le mariage de mon ancêtre. Elle est née, est morte et a eu tous ses enfants dans la commune de X, mais elle ne s'y est pas mariée. Pouvez-vous me trouver le mariage ?".............. "bien sur que je peux !! c'est du XIXe siècle, du gâteau" et me voilà partie bille en tête dans les tables décennales à faire l'escargot autour de ladite commune.

Au bout de cinquante tables, j'ai un doute............ et si............. je reprends LA commune et l'acte est là, bien écrit, tout à fait trouvable, sans aucune difficulté !!! Autant dire qu'après cela, j'ai systématiquement vérifié les données du client avant de commencer.... erreur de jeunesse.

Je suis aussi partie à la recherche du Saint Graal, l'acte de tout le monde cherche sans jamais le trouver ..... ou plutôt les actes car en généalogie, des Saint Graal, il y en a autant que de famille ou presque.

C'est l'expérience qu'ont fait et que feront beaucoup de nouveaux généalogistes fraîchement installés. Le client qui les contacte est un client très précis dans ce qu'il veut. Il veut un acte précis et particulier. Et voilà le généalogiste parti à la chasse au dahut.

Évidemment, il débute donc il ne compte pas ses heures car il veut contenter le client...... mais ne trouve rien. Penaud et contrit, il doit se résigner à en informer le client..... qui lui répond "vous non plus vous n'avez rien trouvé ? vos collègues m'ont tous fait la même réponse"............ combien de collègues ? un certain nombre. Mais garanti, le client essayera avec le prochain jeune généalogiste qui s'installera. On ne sait jamais, celui-là y arrivera peut-être.

Dans ce métier il y a de belles histoires........... et des histoires tristes. On aimerait pouvoir apporter au moins quelques réponses si ce n'est toutes les réponses au client et on se heurte à un mur incontournable : pas de document, pas de trace tangible, rien.

Comme cette petite fille abandonnée à la naissance par sa mère. Dans le dossier de l'assistance, une lettre de son oncle qui voulait la récupérer. Mais il porte un nom encore plus répandu que Martin et l'adresse n'est pas la sienne, juste celle "chez son patron" où il n'est pas resté. A force de fouiller, interroger les personnes encore en vie, je finis par découvrir que sa mère, devenue veuve, a voulu elle aussi reprendre l'enfant. Mais pas de trace écrite d'elle, pas de nom, pas de ville, pas même de région où chercher.

La seule réponse que j'ai pu apporter : l'enfant n'a pas été abandonnée. Un oncle et sa mère ont essayé de la reprendre mais l'assistance publique n'a pas voulu. Arrêt des recherches.

Un autre enfant abandonné m'a fait dépouiller toutes les communes d'Indre et Loire à la recherche d'une femme, avec juste un prénom et un nom. Après croisement et re-croisement de donnée, il en est resté trois possibles. Laquelle était la bonne ? Était-elle seulement dans les trois ?

Et parfois, on trouve............ acte de mariage sans filiation pour la mariée. Mystérieuse mariée dont aucun membre de la famille ne sera jamais là pour ses actes et qui pourtant sait lire et écrire, a de l'instruction. Dépouillement de toutes les familles portant son nom dans le département, mais aucune trace d'elle. Nous sommes sous l'ancien régime et les femmes sont .... quantité négligeable.

Une rente à vie provenant du châtelet de Paris nous fait espérer............. rien et arrêt des recherches.

Sauf que nos Saint Graal à nous, les généalogistes, se glissent dans un recoin de notre cerveau, prêts à surgir à la moindre alerte.

Et l'alerte prend la forme, plusieurs mois plus tard, dans une autre recherche, dans une autre région, d'un testament où son nom est cité comme légataire d'une vache et d'une robe. Fil auquel je m'attache avec succès, enfin............ ce notaire bien loin du lieu du mariage, a rédigé le contrat de mariage AVEC filiation. Ouf !!! c'est fait, un graal de trouvé.......... au suivant.

Etre généalogiste, c'est être patient, curieux, patient, tenace, patient................. vous l'avez compris, si vous n'avez pas de patience... passez votre chemin.