http://ma-planete.com/user/blogs/view/name_COSMOS/id_72223/title_GUERRE-14-18-volet-41-MORT-POUR-LA-FRANCE/

Le temps passe tellement vite !! j'en ai raté le challenge Upro-G de novembre !! Tant pis, je le fais aujourd'hui.

Le sujet semble un peu facile : la mort en 14-18. Il y en a eu tellement, des morts ; et tant de manières de mourir : tué à l'ennemi, mort de ses blessures, mort de maladie contractée au service, Mort pour la France, fusillé....

Le mot même de "disparu" est devenu synonyme de mort à cause de cette guerre. Il y a tellement peu d'espoirs derrière ces mots : disparu au combat.

Ces morts ont causé tant de chagrin, dans les familles. Le noir est devenu la couleur à la "mode", tellement cette couleur, qui n'en est pas vraiment une, se promène dans les rues, dans les champs, partout.

Les archives m'ont montré un autre aspect de la mort durant 14-18 : la perte en terme économique.

Tous ces hommes morts, quelqu'en soit la cause et la manière, étaient tous en âge de travailler et de contribuer à l'économie de leur pays, de leur région, de leur ville.

Les préfets s'en sont inquiétés, à la demande du gouvernement. Des courriers ont été adressés aux maires, en 1919, pour qu'ils leur adressent les "statistiques" des pertes professionnelles de leurs communes.

Le maire de la petite commune de Villebarou (767 habitants en 1911), déclare avoir perdu dix agriculteurs, un charpentier, un boulanger, un boucher, un employé de commerce, quatre maçons ; soit un total de dix-huit morts et portés disparus, alors que 101 agriculteurs et ouvriers agricoles ont été mobilisés pendant la guerre.

Rapportée à une "grande" ville, la liste fournie par le maire de Blois semble sans fin et montre bien que toutes les couches de la société sont touchées. J'ai essayé de la mettre en forme par tranches de métiers :

Métiers de bouche : huit boulangers, dix bouchers, quatre charcutiers, six cuisiniers, huit pâtissiers, dix aubergistes, deux hôteliers, dix garçons de café, six épiciers,

Fonctionnaires : trois fonctionnaires d'état, quatre fonctionnaires du département, quatre fonctionnaires de la commune, huit instituteurs, professeurs et répétiteurs,

Commerçants : un marchand de bois, un négociant en vins, un grainetier, un fleuriste, un négociant, un marchand de volailles, un marchand de chevaux,

Artisans : six maréchaux forgerons, neuf mécaniciens, un armurier, trois électriciens, un plombier, un ferblantier, six tapissiers, deux facteurs de pianos, cinq ébénistes, deux horlogers, un charron, un carrossier, deux tonneliers, un sabotier, onze tailleurs, un teinturier,

Métiers du bâtiment : huit menuisiers, dix-huit serruriers, sept peintres, trois couvreurs, un plâtrier, un briquetier, dix maçons, trois peintres décorateurs, un paveur, sept charpentiers,

Employé des usines de la ville : usine de chaussure : quatre-vingt-cinq cordonniers, chocolaterie Poulain : soixante dix chocolatiers, douze imprimeurs,

Professions libérales et employés : un médecin, deux clercs de notaire, un clerc d'avoué, un élève pharmacien, un vétérinaire, un agent d'assurance, un huissier, un commis greffiers,

Métiers de la terre : trente jardiniers, un bucheron, cent vingt cultivateurs,

Divers métiers : un chauffeur, un charretier, un palefrenier, un ingénieur, un voiturier, un conducteur d'autos, un employé du tramway, un cocher, un forain,

et la foule des employés sans que l'on sache exactement à quel métier ils se rattachent : cinquante-cinq employés de commerce, cinquante-six employés de bureau, treize domestique, vingt-et-un journaliers, deux manoeuvres

A ceux-là s'ajoutent dix étudiants, un industriel, un rentier, un prêtre et soixante militaires de carrière.

776 hommes morts ou disparus sont représentés dans cette liste.

Une précision indique que 397 cultivateurs de la ville de Blois ont été mobilisés pendant la durée de la guerre, dont 30% sont décédés.

Mais cette liste est incomplète. Elle oublie les mutilés qui ne pourront pas reprendre leur travail, une autre forme de mort, la mort professionelle.

La catastrophe ne fut pas uniquement humaine et affective. Elle fut également économique. Cela explique pourquoi la place des femmes a dû changer, dans la société. Il fallait bien remplacer ses bras manquants, même après la guerre.