Pendant très longtemps, j'ai pensé que le seul poilu de la famille était mon grand-oncle Marcel, tombé dans la Somme. Cette connaissance venait de l'histoire familiale. Ma mère se rappelait que chaque fois qu'elle passait avec sa mère, sur la place de la mairie, au Havre, elle allait voir son nom gravé dans la pierre du monument aux morts. Pour mes grands-pères, ils étaient trop jeunes pour avoir participé, et leurs pères mort ou trop vieux.

Les archives de cette période n'étaient pas accessibles donc, j'ai laissé de côté cette page de l'histoire, jusqu'à aujourd'hui.

Maintenant, non seulement les archives sont communicables, mais aussi mémoire des hommes a mis sa base de données en ligne, sans compter toutes les autres bases de données (prisonniers, tombes, etc..).

Alors j'ai repris mon arbre et je suis partie à la "chasse aux poilus".

Première rectification : mon grand-père paternel, Georges Lescène, n'a pas évité la guerre. De la classe 1919, il était en mer lorsqu'il a été mobilisé. Il est parti, avec un mois de retard, le 16 avril 1918, pour le 29e bataillon de chasseurs à pied. Il est allé au front du 29 août 1918 au 11 novembre 1918. Libéré le 23 octobre 1919, il est reparti en armée d'occupation pour un mois, du 22 mai au 27 juin 1921.

Il était l'ainé. Ses frères étaient trop jeunes pour partir et ses soeurs pas encore mariées.

Mon grand-père maternel, Raoul Alphonse Lecomte, était trop jeune pour cette guerre-là. Il fera la suivante. Son frère, Jules, de la classe 1918, est exempté pour faiblesse et ne fera pas la guerre, ni celle-là, ni l'autre.

Du côté des grands-mères, ou plutôt de leurs frères, j'ai bien Marcel Gontier, grand-oncle maternel, tombé le 8 novembre 1916 à Sailly Saillisel, dans la Somme, à l'âge de dix-huit ans. Trop jeune pour voter, assez vieux pour mourir pour son pays. Il était le seul homme de la fratrie. Son père, de la classe 1888, est mobilisé jusqu'au 24 février 1915, pour les GVC (garder les voies de communication).

Du côté de ma grand-mère paternelle, une bretonne, ses frères étaient trop jeunes et ont évité le front.

Cela pourrait être tout pour ce degré de famille si je n'oubliais ma branche non légitime. Pour retour sur l'histoire familiale, mon arrière-grand-père maternel a fait cinq enfants à mon arrière-grand-mère, sans l'épouser ni reconnaître ses enfants. Par ailleurs, il avait été marié et avait eu, avant, onze enfants dont cinq garçons en âge de faire la guerre.

L'aîné, Henri Alphonse Pigeon, de la classe 1891, fera la guerre dans les services auxiliaires et GVC, pour raison de santé.

Le suivant, Emile Anthime Pigeon, de la classe 1895, fera campagne du 2 août 1914 au 30 décembre 1918, comme sergent au 129e régiment d'infanterie.

Les deux frères qui suivent ont été exemptés. Il ne reste plus que le plus jeune, René Charles Pigeon, de la classe 1906. Il est tombé à Hébuterne, le 8 juin 1915, sergent au 361e régiment d'infanterie, à l'âge de vingt-neuf ans. J'ai donc deux grands-oncles décédés, Morts pour la France.

Si j'agrandis le cercle de mes recherches aux cousins, je vais en trouver d'autres, forcément. Quelle famille a été totalement épargnée ? Mais pour aujourd'hui, je vais m'arrêter là.

Je sais où est enterré Marcel, au carré militaire du cimetière Sainte-Marie, du Havre. J'y déposais une pensée à chaque visite, au pied de sa croix blanche.

Cimetière Sainte Marie du Havre

Mais René Charles, où est-il ?

Quelques clics plus tard, je le sais. Il est à la nécropole nationale "La Targette", à Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais, carré 6, rang 9, tombe 1416. Peut-être, un jour, y déposerais-je une pensée.

necropole_de_la_targette