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En rédigeant le billet sur la journée de recherches, je me suis remémorée mes journées "zéro". Il ne s'agit pas de journées où je n'ai rien donné au client. Comme expliqué hier, ce n'est pas ma manière de faire. Mais des journées de travail sans trouver LE document demandé, ou LA réponse à la question, oui, cela m'est arrivé.

Le plus mémorable est la recherche de la filiation de Françoise de B. A son mariage, début XVIIIe siècle, il n'y a pas de filiation d'indiquée. Pour son mari, un homme du cru, cultivateur, le client avait fait la généalogie sans problème, mais pour la femme !!! Rien, nada, aucun détail sur la famille  nulle-part.

Il n'y avait pas de témoin familial au mariage, aucun parrain ou marraine de ses nombreux enfants. Indice ? elle savait écrire et à la mort de son mari, elle a géré seule une auberge. Un de ses fils est devenu curé. Tout cela indiquait un certain niveau d'éducation, mais pas de famille.

Elle portait un nom à particule et justement, une famille noble du département avait le même. Mais là encore, rien. Aucune naissance de Françoise de B. dans la famille.

A sa succession, il est bien fait mention d'une rente personnelle qu'elle touche et qui provient du Châtelet de Paris, mais rien d'autre, et là aussi, la piste tourne en cul de sac.

Le client a eu tous les documents trouvés sur son mari, ses enfants, sa succession..... beaucoup de document en fait mais aucun permettant de remonter sa généalogie. On est bien dans le cas d'une journée "zéro" à ma manière.

Après plusieurs jours de recherches sans succès, ne pouvant plus lui trouver de documents "palliatifs", je lui ai dit qu'il fallait arrêter les recherches dans l'attente d'autres pistes. Et comme toujours, que je le contacterais dès qu'une de ses pistes apparaîtrait.

Cela faisait plus de vingt ans qu'il cherchait à remonter cette branche, sans succès.

Et un jour, alors que je travaillais sur un autre dossier, en dépouillant une liasse notariée, assez loin géographiquement de la zone étudiée, même si c'est le même département, je tombe sur un acte avec la signature d'une Françoise de B. !!! Il s'agit de l'acceptation d'un legs, bien antérieur à la date du mariage. Je cherche le testament et le trouve. Il s'agit d'une femme de la noblesse du département, qui lègue, à sa mort, à ses deux dames de compagnie, dont Françoise de B., des robes et une vache. Pas de lien familial entre elles donc pas moyen de remonter la filiation de Françoise. Encore une impasse ? Non, parce que j'imagine qu'elle connaît ce notaire-là et que c'est peut-être lui qui a fait son contrat de mariage.

Et oui, c'était bien là, le contrat de mariage avec la filiation et les explications sur l'absence totale de famille dans la vie de Françoise de B.

Elle et sa soeur vivaient à Paris. Elles sont les filles d'une des branches pauvres de la famille, mais de la haute noblesse. Elles descendent des rois de France !!!! mais pauvres. Un mandataire est venu dans le département pour trouver un mari et procéder aux actes avant la venue de Françoise. Mariage arrangé ? Dans tous les cas, c'est une mésalliance. Fille de la noblesse, elle épouse un simple cultivateur.

Je vous laisse imaginer si le client était content !! On a trouvé la généalogie complète en ligne........... mais sans les filles !!! On ignore ce qu'est devenue la soeur. Peut-être a-t-elle aussi été mariée quelque part en province, en mésalliance.

Ne jamais rien lâcher, ne jamais renoncer, cela devrait être la devise du généalogiste, quel que soit son poil.