chevre

Lorsque nous faisons des recherches généalogiques, nous découvrons parfois des choses amusantes sur nos ancêtres, et parfois des choses dérangeantes.

Certains actes de justice nous donnent même des renseignements sur la sexualité de nos ancêtres que nous aurions sûrement préféré ne jamais savoir. Mais nous ne choisissons pas les chemins que nos recherches nous font emprunter et nous ne choisissons pas nos ancêtres tout comme ils n'ont pas choisi leurs descendants. Vous connaissez l'adage : nous ne choisissons pas notre famille.

Tout cela pour vous parler de Jules Leroy, né le 27 mars 1854 à Mont-près-Chambord (Loir-et-Cher), fils de Frédéric Leroy et Pauline Bouton.

Le 1er juillet 1878, trois heures du matin, alors qu'ils reviennent de la fête patronale de Dhuizon, étant à environ 150 m du bourg de Montrieux, les gendarmes à cheval, Auguste Parisot et Silvain Louis Cyriaque Marchand, entendent les cris d'une femme provenant de l'entrée du bourg, en face de la maison d'école. Ils accourent et trouvent Adrienne Mettrau, 25 ans, femme Sausset, journalière demeurant à Montrieux.

Celle-ci leur raconte qu'elle a été réveillée, vers deux heures, par les cris prolongés d'une oie qui est enfermée la nuit, avec une chèvre, dans une petite cahute construite en morceaux de bois. Elle s'est levée, a enfilé son jupon et entendu à ce moment-là, des cris affreux qu'elle reconnut être de sa chèvre. Elle s'est précipité vers la cahute et là, a aperçu Jules Leroy, domestique aux Ressandières, à Dhuizon, assis dans le fond de la cabane, tenant la chèvre entre ses bras. Dès qu'il la vit, il a lâché la chèvre et fait semblant de dormir. Mais Adrienne n'est pas dupe, elle l'a attrapé par le bras et sorti de la cabane en appelant son mari. Jules, qui simulait l'ivresse, craignant sans doute l'arrivée du mari, s'est levé et enfui par les jardins, a pris sa voiture et est parti "à fond de train" dans la direction des Ressandières où il habite. Pour elle, aucun doute, il a voulu "s'amuser" avec la chèvre : sa position dans la cabane, les bêlements de la chèvre, douloureux et prolongés, indiquent qu'il l'a violée et si l'oie a crié, c'est qu'il a peut-être essayé de faire la même chose avec elle.

La pauvre chèvre est amenée dans une chambre par les gendarmes pour y être examinée et cet examen est cruellement révélateur, Jules a bien abusé de la pauvre bête. D'ailleur Adrienne le précise bien aux gendarmes en examinant son animal, les autres jours, elle n'a pas "la nature" dans cet état.

Plus tard, vers midi, les gendarmes de retour pour examiner la chèvre, constatent que son état ne s'est pas amélioré et qu'elle saigne par ses organes. A tel point qu'Adrienne craint sa "crevaison".

Les gendarmes se rendent donc au domicile de Jules pour l'interroger. Celui-ci nie, évidemment, il dit qu'il était ivre, a voulu dormir dans la cabane et a du déranger la chèvre et lui faire peur.

Seulement les renseignements recueillis sur Jules sont sans appel. Il est tellement coutumier du fait que tout le monde le surnomme "le verat" pour avoir, quelques années plus tôt, à la Malitière, près Dhuizon, copulé avec une truie. Il est ivrogne, paresseux, querelleur, on le dit même voleur. C'est un misérable qui ne cherche qu'à rentrer dans les prisons d'où il sort il y a quelques jours à peine.

Sur la plainte d'Adrienne et les témoignages reçus, Jules est arrêté et envoyé à la maison d'arrêt de Romorantin.