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Le service militaire était probablement le pire cauchemar des parents. Il faut les comprendre. Au XIXe siècle, entre 1818 et 1872, leurs fils déclarés bon pour le service partaient pour sept à huit ans. A compter de 1872, le service redescend à cinq ans, puis trois en 1889 jusqu'en 1905 où la durée est ramenée à deux ans (pour fluctuer encore, surtout en période de conflit).

Pour revenir au XIXe siècle, le départ pour au moins cinq ans, d'un fils en pleine forme, c'est non seulement la perte d'une paire de bras pour aider aux champs mais également le risque qu'il meurt loin de chez lui. Entre les guerres coloniales et la promiscuité des casernes, le brassage sociale rimant avec brassage microbien, la mortalité des jeunes appelés était plutôt élevée.

Quand aux jeunes gens eux-mêmes, si certains ont probablement apprécié de voir du pays (Turquie, Algérie, Mexique, Tonkin....) ou tout simplement la mer, devoir quitter sa famille pendant si longtemps n'était pas une partie de plaisir. En leur absence, la vie continuait, les filles se mariaient, leurs familles changeaient.

Heureusement, on pouvait toujours compter sur un truc pour éviter de partir............ un truc médical et les maladies permettant d'échapper au service militaire étaient nombreuses. Certaines pouvant même être simulées.

En 1818, le dictionnaire des sciences médicales liste les 54 motifs d'exemption du service militaire. Je vous fais grâce de la totalité mais j'en ai gardé quelques truculentes pour finir ce week-end en beauté.

Bien évidemment, si ces motifs nous font sourire, plus ou moins largement, il est évident que la cause en est une maladie à l'époque incurable..................mais pouvant être parfois simulée.

En numéro un, sommet de tout, je vais mettre : sueur fétide. L'humour des jeunes appelés ayant souvent brocardé le "bon pour le service" en le transformant en "bon pour les filles", là, c'est sur, celui-là n'est pas bon pour les filles.

En numéro deux, pendant du numéro un, je rajoute : haleine fétide. Lui non plus n'est pas bon pour les filles. Gageons que beaucoup de jeunes ont du se gaver d'ail pour avoir cette haleine permettant l'exemption.

En numéro trois, écoulement involontaire de salive............ baver tout le temps gêne l'action du soldat en campagne.

En quatre, je regroupe toutes les problèmes abdominaux et de l'appareil génital. Ils ne sont pas drôles, non, mais leurs noms vous ont sûrement laissés perplexes si vous les avez lu dans les recensements militaires de vos ancêtres : varicocèle, sarcocèle, hydrocèle (plus connue aujourd'hui celle-là), testicules descendus dans l'anneau voir testicules manquants......

Je vais rajouter quelques perles comme la perte de l'oeil droit (celle de l'oeil gauche n'étant pas un motif de réforme), la perte de l'indicateur droit (idem pour l'oeil en ce qui concerne l'indicateur gauche), la perte des dents et l'imbécilité reconnue incurable (à l'époque, on avait des imbéciles curables !!! dommage qu'on ait perdu la formule).

Certaines causes d'exemption nous laissent parfois perplexes. En quoi telle ou telle maladie pouvait-elle être un motif valable ?

Je vous rappellerai simplement ceci : un soldat doit pouvoir supporter la fatigue de l'infanterie en campagne. Le soldat doit, avec son barda de 33 kg, effectuer des marches qui vont de 3 à 5 km à l'heure. Dans son paquetage, se trouvent fusils, munitions, sabre, vêtements, linge, chaussures, tente-abris, montant et piquets de tente (on est loin des tentes quechuas), hachette, gamelle particulière, bidon d'un litre, bidon de dix litres, marmite, gamelle d'escouade, vivres pour cinq à six jours.

Allez chiche......... ça vous dit d'essayer ?