Il arrive que les journalistes prennent quelques libertés avec la réalité, pour que l'histoire soit meilleure, pour faire pleurer un peu plus dans les chaumières.

Un article du Journal du Loir-et-Cher, du 9 novembre 1870, indique que le sieur Boitard, vigneron, âgé de soixante-quatorze ans, demeurant aux Ardiles, commune de Chitenay, a été trouvé mort près de la Croix-du-Buisson, le 6 novembre 1870. Il est tombé mort d'une rupture d'anévrisme en allant à l'enterrement d'une de ses nièces, à Cour-Cheverny. Relevé par l'adjoint de Chitenay, Brunet, et le garde-champêtre, il est reconduit chez lui où le docteur Babaut, médecin de Chitenay constate le décès.

Chitenay

L'histoire est triste à souhait. Un vieil homme meurt en se rendant aux obsèques d'une nièce.

Après vérification, je trouve bien le décès de Pierre Boistard, soixante-quatorze ans, vigneron. Mais l'acte de décès indique qu'il est mort dans sa maison, au climat des Vaudelus. Il est décédé à midi et son acte de décès est rédigé à quatre heures du soir, le jour-même, 5 novembre. Erreur de date dans le journal. Erreur de lieu aussi.

Je cherche une nièce décédée qui pourrait être inhumée à Cour-Cheverny, et je n'en trouve pas. Les seuls décès de la commune ne sont pas des membres de la famille de Pierre Boistard.

Le seul décès que je trouve pouvant correspondre est celui de Rosalie Boistard, dix-sept ans. Mais il ne s'agit pas d'une nièce, mais d'une cousine. Le grand-père de Pierre est l'arrière-grand-père de Rosalie. Erreur de lien familial.

Autre problème, Rosalie est décédée le 4 novembre à onze heures du soir et l'acte de décès est rédigé le lendemain, 5 novembre, à sept heures du matin. Difficile de croire que l'enterrement devait avoir lieu le jour même du décès !!

Et le décès n'a pas eu lieu à Cour-Cheverny mais à Cheverny. Les communes sont proches, l'enterrement pourrait être à Cour-Cheverny si la famille y a ses habitudes, ou bien le journaliste a confondu les deux.

Cela fait vraiment beaucoup d'inexactitudes dans cet article pourtant bien court.

Mais peut-on se fier aveuglément à l'acte de décès ? Pas pour le lieu. Un petite vérification des recensements m'indique que Pierre habitait bien aux Ardilles. Et sur la carte, la Croix-du-Buisson est au climat des Vaudelus. Preuve s'il en est besoin qu'il faut toujours croiser les documents.

Mais qu'il s'agisse de l'enterrement ou de la veillée funèbre, il semble bien que la mort de Rosalie est été funeste à Pierre. Cela ne s'invente pas.