gendarmeriecasque

Le 12 juin 1852, à onze heures du matin, Denis Langeais, gendarme à pied, âgé de cinquante-quatre ans, décède à Romorantin. Il est l'époux d'Anne Cormier et le fils des défunts Denis Langeais et Françoise Pilleboue. Les témoins lors de la déclaration de décès, à l'officier de l'état civil, le même jour, à deux heures du soir, sont Jean Bourbon, cinquante-et-un ans, lieutenant de gendarmerie, et Jean Marie Florin, cinquante-et-un ans, commissaire de police à Romorantin.

Ce sont les faits et rien que les faits. A la lecture de l'acte, un seul truc peut éveiller la curiosité. Non, ce ne sont pas les témoins. Le mort est gendarme, donc rien d'aberrant à ce que les témoins soient des forces de l'ordre.

 

5MI194/R42 - Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (1849-novembre 1853) - 1849 - 1853 - Archives départementales du Loir-et-Cher

Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (1849-novembre 1853) 5MI194/R42 1849/1853 1849 - 1853 ...

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Je vous laisse chercher un peu.

Il s'agit du lieu de décès. Il n'est pas indiqué. Évidemment, un oubli peut arriver mais là, "en la maison" a été barré et rien ne le remplace.

Cet acte est ce que les descendants vont trouver et utiliser pour leur généalogie, sans se douter de ce qu'il y a derrière.

Un premier rapport de gendarmerie, daté du 13 juin 1852, raconte que le gendarme Langeais, de la brigade à pied de Romorantin, s'est "brûlé la cervelle" au moyen d'un pistolet, à un kilomètre et demi environ de la ville, où l'on a trouvé également le pistolet, mais pas la baguette. Il est transporté à sa caserne et l'inhumation a lieu le jour du rapport, lendemain du décès. Le rapport explique le geste de Denis Langeais par le fait qu'il avait de la passion pour la boisson, comme sa femme, qu'il avait des dettes et craignait des plaintes à l'approche de l'inspection générale. Il laisse une fille âgée de vingt-trois ans, de bonnes moeurs et de conduite exemplaire qui mérite que les autorités en prennent soin.

Un second rapport, écrit le lendemain et adressé au préfet, et probablement celui qui sera le rapport officiel, indique que le samedi précédent, entre onze heures et midi, le gendarme à pied Langeais, de la brigade de Romorantin, s'est donné la mort au moyen d'un pistolet dont il avait placé le canon dans sa bouche et qui lui a fait sauter la cervelle (l'expression est reprise). Ce rapport indique que la cause du suicide est inconnue, peut-être attribuée au mauvais état des petites affaires du sieur Langeais et aux chagrins domestiques. Le gendarme avait cinquante-quatre ans, et était près d'avoir sa retraite.

Évidemment, cette deuxième version, toute en diplomatie, permet de préserver l'honneur du défunt et de sa famille.

Tout est dans la manière de présenter les choses mais cela doit nous rendre humbles dans l'interprétation que nous faisons des évènements à travers les actes parvenus jusqu'à nous.