Riffault Eugène

L’entrée de la ville de Blois dans le monde moderne, doit beaucoup à un de ses maires, Eugène Riffault. Il a laissé, entre autres, son nom à un boulevard, connu par les vieux blésois comme le Remenier, avec un virage en épingle à cheveux.

Ce boulevard est tout un symbole, puisqu’il relie le nouveau Blois, la ville haute, moderne, avec le palais de justice, la préfecture, la halle au grain et l’asile, bâtis au XIXe siècle, et la ville basse, médiévale, le vieux Blois.

Avant son arrivé à la municipalité, en 1850, rien ne reliait réellement les deux parties de la ville, celle du haut connaissant un essor moderne, et celle du bas, stagnant dans des ruelles peu pratiques et des escaliers moyenâgeux. Pendant vingt ans, durée de ses mandats successifs comme maire de la ville, Eugène Riffault va s’efforcer de la moderniser.

Il fait relier le haut (préfecture, palais de justice, asile) avec le bas (les quais de Loire) par le boulevard de l’Est, qui porte aujourd’hui son nom. Il fait relier le haut (gare, usine Poulain) avec le bas (les quais de la Loire) par le boulevard de l’Ouest (aujourd’hui boulevard Daniel Dupuis). Il ouvre une grande rue, dans l’axe du pont, se prolongeant par un escalier monumental qui, malheureusement, aura un résultat final tronqué par rapport au projet initial, la rue du prince impérial qui deviendra la rue Denis Papin et son escalier, qui domine la ville et relie la vieille ville du bas et la ville neuve du haut.

L’activité économique et le trafic ferroviaire imposent ces travaux. La ville doit être modernisée et d’autres rues vont être percées, des trottoirs vont être créés, les nombreux escaliers de la ville vont être pourvus de rampes. De nombreuses places sont créées, une caserne militaire, un asile d’aliéné moderne… mais la vieille ville n’est pas oubliée et des travaux de restauration sont entrepris sur le château. Le cimetière de la ville, trop petit, est déplacé (laissant la place à l’usine Poulain) et celui de Vienne est agrandi et assaini.

Blois - quais

Dans le même temps, il faut protéger la ville des soubresauts de la Loire et de ses inondations : les levées existantes sont renforcées, d’autres sont créées, le mail est réhaussé avec un mur de soutènement et le banquettes de terre sont remplacées par des parapets en maçonnerie, plus élevés, les égouts sont placés plus hauts que les crues, et les eaux pluviales collectées par des aqueducs avec vannes et pompes.

Tous ces travaux ont été rendus possible dans leur continuité et leur homogénéité par les vingt années durant lesquelles Eugène Riffault est resté maire de Blois. Ainsi, sans renier ses origines médiévales, la ville est entrée dans le monde moderne.

Eugène Riffault, ou plutôt Jean-Claude Eugène Riffault, est issu d’une famille de notables blésois, influente famille de notaire ayant fait sa richesse en spéculant sur les biens de la révolution. Il est né le 26 Vendémiaire XII à Blois.

Son père, Claude François Riffault, fils de notaire, né à Blois, est magistrat, juge au tribunal de Blois, conseiller municipal, conseiller d’arrondissement et conseiller général du canton d’Ouzouer-le-Marché. Il est officier de la légion d’honneur et officier d’Académie.

Sa mère, Marie Rachel Blau, a seize ans et demi le jour de son mariage. Orpheline, elle doit convoquer un conseil de famille pour se marier. Native de Blois, sa famille est composée de négociants et d’artisans.

Ses parents se marient à Blois, le 4 Vendémiaire XI et Eugène naît un an plus tard. Il est suivi par cinq frères et sœurs. Seuls les trois garçons atteignent l’âge adulte. Ils quitteront Blois pour être avoué à Paris (Charles Joseph Edmond), militaire de carrière en Algérie (Louis Charles) et militaire puis commandant de l’école polytechnique à Paris (Juste Frédéric). Les deux premiers mourront avant d’atteindre cinquante ans.

Jean Claude Eugène se marie à Paris, le 19 décembre 1831, avec Mélanie Adèle Julie Camelin. Il est avocat à la cour royale de Paris.

Il devient membre du conseil municipal et adjoint au maire de Blois dès 1833.

Sa fille, Marie Rachel Julie, naît le 19 décembre 1834, suivie par Henry Claude Albert, le 18 juin 1836. Jean Claude Eugène est alors adjoint au maire de Blois.

Son troisième enfant, François Michel Edmond, naît le 18 juin 1838, à Chouzy, près de Blois. Il cesse d’être adjoint au maire en 1843 mais devient maire de Blois en 1850.

Les années cinquante vont être des années de changement mais aussi de tristesse pour la famille.

Jean Claude Eugène est conseiller général du canton d’Herbault à partir d’août 1852. Le 27 avril 1853, sa fille aîné, Marie Rachel Julie, épouse, à Blois, Jacques François Camille Roger, capitaine en 2nd au 8e régiment d’artillerie, adjoint à la poudrerie d’Angoulême.

Son frère, Louis Charles, lieutenant-colonel d’artillerie, décède à Alger, la même année, le 16 octobre, âgé de quarante-cinq ans.

Eugénie Marie Charlotte, son dernier enfant, naît, le 29 janvier 1854, à Blois.

Le 17 janvier 1855, son fils aîné, Henry Claude Albert, part pour l’école spéciale militaire.

Sa fille, Marie Rachel Julie, décède, à l’âge de vingt ans, à Chouzy, le 16 avril 1855. La même année, son frère, Charles Joseph Edmond, revient mourir à Blois, le 7 mai, âgé de quarante-neuf ans.

Le 30 juillet 1856, Jean Claude Eugène est fait chevalier de la légion d’honneur. Le 11 août 1868, il est fait officier de la légion d’honneur.

Son fils, Henry Claude Albert, sera militaire de carrière. Il va faire la campagne d’Italie, le Mexique, puis la guerre de 1870. Il y est fait prisonnier du 2 septembre 1870 au 20 mars 1871. Il part ensuite en Afrique, jusqu’en 1878. Il finira sa carrière comme chef de bataillon au 82e régiment d’infanterie, à Soisson.

Son second fils, François Michel Edmond est garde général des forêts. Il va vivre à Orléans, s’y marier et y élever ses enfants.

Eugène Riffault est un fidèle de l’empereur et il reste maire durant tout le second empire. L’arrivé de la République lui fait perdre ses fonctions. Il redevient simple citoyen d’une ville qu’il a largement contribué à moderniser.

Le 10 juillet 1872, sa plus jeune fille, Eugénie Marie Charlotte, épouse Louis Frédéric Mahot de la Querentonnais. Il est notaire, comme les ancêtres de Jean Claude Eugène.

Son frère, Juste Frédéric, décède à Paris, le 31 mai 1885, âgé de soixante-et-onze ans. Jean Claude Eugène le suit trois ans plus tard. Il décède le 2 mars 1888, à Blois, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.

Ses enfants ne vont pas lui survivre longtemps. Eugénie Marie Charlotte décède le 13 octobre 1891, à Blois, et Henry Claude Albert, le 19 juin 1892, à Soisson.

François Michel Edmond, continue la lignée dans le Loiret, où il s’installe, à Saint-Jean-de-Braye, à Mont-desir.

Saint Jean de Braye - Montdésir