Il arrive, parfois, lors d'une recherche, que l'on trouve des actes respectueux. Ils signifient qu'un au moins des parents, refuse le mariage. C'est très frustrant car les raisons n'y sont pas indiquées.

Pourquoi un père ou une mère ou un couple refusent-ils à son enfant la possibilité d'épouser telle ou telle personne. Les actes respectueux permettent de passer outre ce refus mais nous ne pouvons qu'imaginer les raisons d'une telle opposition. Au moins, nous pouvons être certains que, dans ce cas-là, ce n'est pas un mariage de raison............ mais peut-être bien un mariage d'amour.

Le 22 octobre 1875, à Blois, le lieutenant Alfred Auguste Menestrier, trente-six ans, du 31e régiment d'infanterie de ligne en garnison dans la commune, épouse, à six heures du soir, Léonie Marie Lemaire, vingt-et-un ans. Il est natif de la Sarthe. Ses parents y sont tous les deux décédés. Sa jeune femme, par contre, est de Blois. Sa mère, est présente au mariage, pas son père qui s'y oppose. Mais la seule autorisation de sa mère et les actes respectueux suffisent à passer outre et à célébrer les noces. Les témoins du marié sont lieutenants dans le même régiment. Les témoins de la mariée sont des notables de Blois, dont un conseiller municipal.

Autant dire que le refus du père a fait scandale mais pas au point que l'on tourne le dos à la jeune mariée, au contraire.

Comment imaginer que, trois mois plus tôt, dans la forêt de Russy, un drame a failli se produire, irréversible.

Cela fait quinze mois qu'Alfred Auguste courtise Léonie Marie, ce qui déplaît fortement à son père, mais pas à sa mère.

Foretderussy

Le 25 juillet 1875, à huit heures trente du matin, Marie Anne Devineau, ses parents et sa fille, Léonie Marie Lemaire, partent en voiture avec Alfred Auguste, pour aller passer la journée à Cour-Cheverny.

Ils souhaitent que Léonie Marie et Alfred Auguste se marient. Ce qui n'est pas le cas de Léon Stanislas Lemaire, le père. Apprenant ce voyage, avec sa propre voiture, il se précipite chez le sieur Pilobié pour lui louer un cheval et une voiture et partir à la poursuite de sa famille. Il les rejoint en forêt de Russy, entre la maison du garde et le village de Clénord. Il tente alors d'obliger sa femme et sa fille à le suivre, ce qu'elles refusent. A partir de là, les témoignages divergent.

D'après le père, Alfred Auguste lui aurait porté plusieurs coups de canne sur la tête qui l'ont terrassé, puis deux coups de genoux au ventre. Pour se défendre, Léon a sorti son arme de sa poche et a tiré deux ou trois coups en l'air pour lui faire peur. Il est ensuite rentré tout seul à Blois.

D'après Alfred Auguste, alors qu'ils se rendaient à Cour-Cheverny, Léon les a rejoint, s'est jeté à la tête du cheval conduisant leur voiture en le frappant pour l'obliger à s'arrêter. Il ordonné ensuite à sa femme et à sa fille de rentrer avec lui à Blois, puis, sans provocation de la part d'Alfred, lui a porté un violent coup de bâton sur le front d'où le sang s'est mis à couler en abondance. Alfred est alors descendu de la voiture pour parer aux autres coups que son futur beau-père voulait lui assener et réussit à le lui arracher, en le faisant tomber mais sans le frapper. A ce moment-là, Léon a sorti un revolver et a tiré à bout portant sur Alfred qui s'est enfui dans la forêt, entendant ensuite plusieurs autres coups de feu qui ne l'ont pas atteint. Il s'est fait soigner dans une auberge avant de rentrer chez lui.

Le problème, c'est que Léon ne présente aucune marque de coup et que le cocher de la voiture qu'il a loué a confirmé point par point le témoignage d'Alfred. J'ignore pour l'instant les suites données à cette agression, mais elle n'a découragé ni le jeune lieutenant, ni la jouvencelle, de se marier et c'est chose faite trois mois plus tard.

Le jeune couple s'installe rue de la Garenne, chez Marie Anne Devineau et ses parents et y restera. Le beau-père lui, n'y est plus. Il vit à Tours. Facile d'imaginer que les relations familiales sont tendues. Au point que le 19 juin 1886, à Tours, le divorce entre les beaux-parents est prononcé en l'absence de Léon qui ne s'est pas présenté. Le divorce est possible depuis la loi Naquet du 27 juillet 1884. Etant donné la longueur des procédures de l'époque, il est logique de penser que Marie Anne Devineau a demandé le divorce dès qu'il a été légal de le faire.

Alfred Auguste décède le 21 août 1898, rue de la Garenne, officier en retraite avec un beau parcours militaire (il finit capitaine au 46e régiment d'infanterie, après 24 ans de service et deux campagnes : campagne d'Italie et guerre de 1870) et la légion d'honneur. Il a eu trois enfants avec Léonie Marie, dont deux ont atteint l'âge adulte. Son fils, Auguste Alfred, s'est engagé au 31e régiment d'infanterie, comme lui, le 14 octobre 1896.

Et j'ignore toujours pourquoi beau-papa ne voulait pas de ce gendre-là pour sa fille.