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En 1849, le Loir-et-Cher est frappé par une épidémie de choléra. Déjà, à l'époque, les médecins essayaient de comprendre la maladie et sa propagation, à la recherche du cas zéro même s'ils ne l'appelaient pas ainsi.

Et tout part de Paris où sévit une épidémie de Choléra !

Car la maladie qui se déclare dans le département, frappe dans un bourg aisé, bien aéré, sans marécage : Villexanton. Elle y a été apportée par un habitant, le 8 juin 1849, arrivant de Paris, où il a passé trois jours dans une maison rue Mouffetard, quartier atteint par la maladie. Le 9, il manifeste les symptômes de la maladie dont il ne meurt pas, mais trois jours après, sa femme en décède, en quelques heures. Puis cinq des plus proches voisins sont atteints et le fléau se propage de maison en maison jusqu'à ce que plus de 10% des habitants en meurent.

Aucun cas de choléra ne se manifeste dans les bourgs voisins. Les habitants ont trop peur pour s'approcher de Villexanton. L'épidémie aurait pu s'arrêter là si le curé de Chemery, dont les parents vivent à Villexanton, ne décide d'y aller pour soigner son père. Les deux villages sont distants de soixante kilomètres. Le père du curé décède et il décide d'emmener sa vieille mère à Chemery. Peu de jours après, elle meurt du choléra après avoir contaminé sa fille, qui vivait au presbytère, et son fils. La fille en meurt, le fils survit. Aucun habitant de Chemery n'est atteint, car aucun n'a osé franchir la porte du presbytère.

Une femme, venue visiter sa soeur à Villexanton, rentre chez elle, à Pontijou (six ou huit kilomètres) et meurt du choléra. La mort est rapide et solitaire. Personne ne sera contaminé, pas même son mari qui dort dans les mêmes draps ... jusqu'à ce que le docteur les fasse changer et ventiler la maison.

Comment la maladie atteint-elle la ville de Blois ? Les médecins n'ont pas réussi à le déterminer, mais le premier cas est celui d'un cantonnier, habitant le faubourg de Vienne, sur la rive gauche de la Loire. Il travaillait sur la route quand les premiers symptômes sont apparus. Malgré les soins des médecins, il décède et les cas se déclarent dans les maisons contiguës, deux, puis quatre à six par jours, de maison en maison. L'épidémie sévit dans le quartier sans toucher le reste de la ville, le fleuve formant une barrière infranchissable, pour l'instant. L'hôpital général où les nouvelles admissions sont interdites, reste indemne, bien qu'il se trouve dans le faubourg de Vienne.

A l'hôtel Dieu, sur la rive droite, aucun cholérique ne devait y être soigné, une ambulance spéciale ayant été ouverte. Mais un malade venant de Villexanton (encore elle !!) se présente avec une simple diarrhée. Il est admis dans les salles et en quelques jours plus de trente personnes meurent du choléra à l'hôtel Dieu : l'aumonier, une religieuse, des malades et un élève interne.

Dès l'apparition du choléra, on a fait sortir tous les convalescents. Quelques jours plus tard, un aliéné qui s'y trouvait dans l'attente d'une place à l'asile, y est transféré.......... avec la maladie.

L'asile des aliénés est situé hors de la ville, au sommet du coteau, en zone salubre. Mais la maladie y pénètre avec le nouvel arrivant et trente cas sont déclarés, dont la moitié mourra.

Un marinier de quarante ans, homme robuste, demeurant à Blois, faubourg de Vienne, est pris des symptômes de la maladie à quatre heures du matin, le 14 août, en remontant le fleuve. Il s'arrête au pont de Muides. On le transporte chez un ami, à Saint-Dyé. Il guérit avec difficulté, mais le mal se propage et neuf personnes sont atteintes. Deux enfants, le frère et la soeur, vivant dans la maison voisine, décèdent. Une femme âgée vivant dans la maison où est soigné le marinier, meure à son tour en quelques heures. Sa voisine, robuste femme de trente-cinq ans, qui l'a soigné et fait la toilette des morts est atteinte à son tour. Elle contamine son mari qui en meurt. Sa mère qui les soigne décède à son tour. Sur dix malades, sept décèdent.

A Mer, une jeune femme ayant soigné sa mère à Blois, atteinte du choléra, rentre chez elle. Elle succombe en quelques heures. Seuls un médecin et une soeur de la charité osent s'approcher d'elle. L'épidémie ne se propage pas par elle.

A Fleury, un jeune homme travaillant à Blois trois jours par semaine, y amène le choléra. Dès qu'il se sent malade, il se précipite chez sa mère. Il survivra mais sa mère qui l'a soigné, et son frère, décèdent, ainsi que deux autres personnes du voisinage.

Le manque d'hygiène et de connaissance sur le mal va continuer à propager la maladie. Les déjections des malades sont jetés devant la porte des maisons. Le fils d'un fermier, qui passe plusieurs fois par jour devant leur porte, est atteint à son tour. Il résiste à la maladie, mais sa mère qui le soigne tombe malade à son tour. Et guérit tout comme lui.

Et cela continue. Un enfant de douze succombe rapidement, une femme âgée meurt après six heures de souffrances, son fils, jeune homme vigoureux vivant sous le même toit, décède le lendemain. Peu de jours après, une femme du voisinage se charge de laver leur linge et emmène avec elle une petite fille de huit ans qui passe la journée à jouer dans la maison des défunts et à transporter le linge que sa mère lave au bord de la Loire. Le lendemain, elle présente tous les symptômes et décède en moins de vingt-quatre heures.

Alors que le fils du fermier, encore malade, est visité par une indigente de Monselreux, faubourg de Mer, elle contracte la maladie et succombe rapidement. Près de son domicile, deux soeurs tombent malade et décèdent.

Le scénario se répète à Villetard, à douze kilomètres de Blois où un enfant sortant de l'hôtel Dieu où il a passé plusieurs jours durant l'épidémie, ramène la maladie avec lui. Six autres personnes sont atteintes. Le soignant contracte la maladie et la passe à celui qui le soigne. Six personnes décèdent au hameau.

Par la fréquentation de Blois durant l'épidémie, d'autres villes sont touchées : Chouzy où la directrice de la poste est la première atteinte, Saint-Gervais, très proche du faubourg de Vienne, par les marchés. Oucques est contaminés par un ouvrier bourrelier de Blois, effrayé par la mortalité de l'épidémie (360 cholériques, 220 morts). Il meure après avoir contaminé sept autres personnes, dont quatre meurent. L'épidémie se propage à toute la commune. En six semaines, 80 victimes sur 800 habitants.

A neung, en Sologne, la maladie est apportée encore une fois de Paris, par une domestique arrivée de la capitale. Elle décède, avec dix autres personnes.

Même histoire pour Lamotte-Beuvron où un employé du chemin de fer du Centre, envoyé à Paris au moment où l'épidémie fait rage, en revient gravement malade et meurt, entraînant avec lui cinq autres personnes.

Nous sommes en 1849 et certains "courants de pensée" nient l'existence de l'épidémie. Alors les médecins accumulent des preuves, pour leur montrer la réalité qu'ils côtoient chaque jour. Ils notent les symptômes, enquêtent sur la propagation du mal, qui est atteint, qui en meurt.

Leur plaidoyer se termine ainsi : "En cachant, en niant le danger, on livre les populations désarmées aux ravages du fléau destructeur : en leur faisant connaître l'ennemi, et en leur fournissant le moyen de se défendre, on diminue considérablement le nombre des victimes".

Cette phrase est étonnement moderne non ? Et toujours d'actualité.