Vendome

Anne Lecoeur, femme de René Colin, trente-cinq ans, vit à la Haute Chappe, dans le faubourg Saint-Bienheuré de la ville de Vendôme, Loir-et-Cher. Elle garde les vaches lorsqu'elle décède subitement, le 3 février 1742. Au même moment, un jeune garçon de la paroisse, âgé de treize ou quatorze ans, se sent mal, très mal. Il est soigné avec du lait et autre traitement donné en cas d'empoisonnement. Il a une galette sur lui donnée par Anne Lecoeur et dont il a croqué juste un petit bout.

Entre son état et la mort subite d'Anne, le doute n'est pas permis. Anne Lecoeur a été empoisonnée et les soupçons se portent très vite sur son mari. Celui-ci vit depuis deux ans en concubinage avec sa servante, âgée de vingt-deux ans. Le curé de Saint Bienheuré n'avait pu, malgré ses remontrances, l'en empêcher. Il faut dire que la servante est très belle.

La pauvre Anne est un obstacle à franchir et les amants ont essayé à plusieurs reprises de la tuer, sans succès, jusqu'à cette galette empoisonnée.

Si Anne n'avait pas partagé son repas avec le jeune garçon et si celui-ci n'en avait croqué qu'un petit bout, nul n'aurait rien su. Peut-être y aurait-il eu des soupçons, des rumeurs, mais c'est tout.

Les amants sont arrêtés et condamnés à mort. La fille est morte de frayeur en montant à la potence, René Colin, lui, est pendu. Les corps des amants maudits sont ensuite brûlés. Pas de sépulture pour eux et si son nom à lui est connu, son nom à elle reste un mystère.

La foule est si grande le jour de l'exécution, venue de toutes les paroisses alentour qu'il semble que la campagne doit être déserte sur quatre lieues à la ronde.

Le couple avait au moins six enfants dont le plus âgé a dix-sept ans et le plus jeune, quatre ans et dont je n'ai pas retrouvé la trace pour l'instant.