Pont-de-l-arche

J'ai reçu un nouveau lot de cartes postales anciennes, et au détour (ou plutôt en retournant) l'une d'elle, je trouve la lettre d'un poilu.

Au dos d'une vue du Pelouzel de Pont-de-l'Arche, dans l'Eure, avec un joli papillon dessiné sur la pelouse, G. Cellier, du 1er génie, compagnie 4/26, écrit depuis le camp de Satory, à Versailles, à sa tante, mademoiselle Albertine Cellier, 77 rue de Prony, à Paris. Nous sommes en 1916 et G. écrit : "Chère tante, je suis retourné en permission pour quelques jours auprès de ma femme, j'espère que tu es toujours en bonne santé. Ma femme et les enfants vont très bien et t'envoient le bonjour. Ton neveu qui t'embrasse affectueusement."

Il n'y a rien sur la guerre, excepté la mention de la permission et l'adresse où répondre.

Mon premier réflexe est de chercher s'il a survécu à la guerre. Mais je n'ai que l'initiale de son prénom.

Deux Georges et deux Gilbert sont Morts pour la France, mais aucun n'est du génie. Et G. n'est peut-être pas son premier prénom. Je dois approfondir la recherche.

Je ne trouve rien en ligne sur Paris, pour Albertine Cellier, dans le 17e. Je cherche sur Filae et Geneanet, sur Pont-de-L'Arche et sur l'Eure, et je ne trouve rien non plus, du moins rien de probant.

J'allais laisser tomber lorsque je retourne une autre carte postale du lot, puis une autre et une autre .... elles sont adressées à mademoiselle Albertine Cellier, à Paris, deux au 77 rue de Prony, une au 21 rue du château d'eau. La plus ancienne date de 1905. Ce sont les nièces d'Albertine, Lucienne et Camille, qui lui écrivent sur une carte du château de la Gaudrière, dans l'Eure-et-Loir. La plus récente date du 9 juillet 1918, sur une vue du choeur de la cathédrale de Chartres. Camille écrit à sa tante ces quelques mots "Ma chère tante, je suis contente de vous savoir en touraine et vous souhaite un bon séjour là-bas. Certe la vie de province offre plus de sécurité actuellement que celle de Paris. Je vous dirai que je suis chartaine depuis quelques temps déjà. Un emploi imprévu tout à fait dactylographe m'a été offert. Je l'ai accepté. J'ignore encore l'époque de mon retour sur Paris. Lucienne vient d'avoir un gros Bernard. Tout va bien. J'irai probablement la voir dimanche prochain. Mes parents sont en bonne santé également. Je vous embrasse de tout coeur. Camille."

Il n'y a pas de nom de famille pour Camille et Lucienne, mais je pars du principe qu'elles sont des Cellier et je retourne en chasse sur le net. Les deux cartes sont de l'Eure-et-Loir, alors cette fois, je sélectionne ce département et je trouve, grâce à Filae, dans le recensement de 1901, à Courtalain, une famille composée de Albert Cellier, maréchal, trente-huit ans, sa femme, Marie Littré, trente-deux ans, et leurs deux filles, Lucienne, douze ans, et Camille, neuf ans. Pas de frère avec un G. mais cela me semble prometeur.

Sauf que la famille n'est pas de Courtalain. Retour sur le net avec grâce, cette fois, à Geneanet, je trouve le mariage de Cyrille Firmin Albert Cellier avec Marie Litré, le 30 avril 1887 à Saint-Arnoult, dans le Loir-et-Cher, cela ne s'invente pas !! Cyrille Firmin Albert est maréchal ferrant à Chatillon, dans l'Eure-et-Loir, et c'est là-bas que je trouve les naissances de Lucienne et Camille, mais pas de G.

L'hypothèse la plus logique, est que G. est le cousin de Lucienne et Camille. Pour le prouver, il faut que je remonte d'une génération, aux grands-parents Cellier, Pierre Marie Firmin Léopold Cellier et Geneviève Félicité Mansion, et que je redescende. Si ce couple a trois enfants dont Albert et Albertine plus un fils, père d'un G, alors j'aurai retrouvé la bonne famille. Une lecture plus complète de l'acte de mariage m'indique qu'Albert a un frère, Léopold, charretier à Chatillon. C'est une bonne piste.

Je continue avec les raccourcis du net : Filae, en 1872, à Chatillon, me donne la composition de la famille : Firmin Cellier et Félicité Mansion ont six enfants : Albertine, deux ans, Mathilde, quatre ans, Albert, huit ans, Lucie, neuf ans, Gabrielle, douze ans et Léopold, dix ans. J'ai bien Albertine et Albert. Reste plus qu'à retrouver G.

Le recensement accessible suivant est celui de 1901 et là, Léopold est marié avec Marie Bion, et ils ont Adrien, quatre ans. Pas de trace d'un G. En poussant les recherches, je ne trouve aucun G et il n'y a pas d'autre fils de Firmin et Félicité, en dehors de Léopold et Albert. Est-ce l'impasse ? Me suis-je trompée de famille ?

A priori, non car au mariage de Camille, en 1921, à Paris, elle est dactylographe, comme indiqué dans la carte de 1918. Sa soeur, Lucienne, est son témoin de mariage. Elle a épousé un vétérinaire et est partie vivre à Vibraye, dans la Sarthe. Grace aux recensements de 1921, je l'y retrouve avec ses enfants dont Bernard, né en 1918, le gros Bernard de la carte postale.

J'ai tout le monde, sauf ... G.

Qu'il existe une autre famille avec Albertine, Camille, Lucienne et Bernard serait une drôle de coïncidence, mais pour l'instant, je reste sur ma faim et ne peut faire de fin.

A suivre.... ou pas.