Louis Denis Porcheron est gendarme à la brigade à pied de Blois.

Le 15 juin 1845, quatre heures du soir, Louis Denis, en service et en uniforme, se trouve à Blois, sur la route royale de Paris à Bordeaux, en face de l’hôtel dieu avec son collègue, Ernest Garreau.

A ce moment-là, ils entendent crier « à l’eau, à l’eau, un enfant à l’eau ». Ils se précipitent du côté du ponton des bateaux à vapeurs d’où viennent les cris.

La Loire est en crue, le courant rapide.

Louis Denis aperçoit un enfant en train de couler entre le bord et plusieurs bateaux qui se trouvent à la file, à deux mètres du bord. Le courant l’entraîne sous le bateau-lavoir en station au même endroit.

Le gendarme se débarrasse aussitôt de son sabre et de son chapeau sur la route et, en uniforme, se jette à l’eau, mais l’enfant a disparu.

Il l’aperçoit entre deux eaux et arrive à le saisir à bras-le-corps et le lève à bout de bras bien qu’il n’ait pas pied. Il se cramponne d’une main au bateau-lavoir à côté de lui et tient l’enfant hors de l’eau de l’autre main.

Blois bateau-lavoir

Son collègue, Ernest Garreau, un marinier, Pierre Boilu, et un professeur d’escrime et de natation, Ledoux, parviennent à monter sur le bateau-lavoir et arrivent jusqu’à lui.

Il est temps, le courant est fort et Louis Denis commence à lacher prise. Il leur donne l’enfant puis monte sur le bateau avec leur aide.

L’enfant est Alfred Bouillié, cinq ans et demi, fils des époux Bouillié-Boucher, journaliers rue Saint Lubin.

Il est sain et sauf, conduit immédiatement à la caserne de gendarmerie où on s’occupe de lui, le réchauffe, l’habille de vêtements secs avant de le remettre à sa mère.

A cette heure et ce lieu de promenade, plus de trois cents personnes ont assisté à la scène et témoignent de ces faits.

Cela aurait pu s’arrêter là, mais le capitaine commandant la gendarmerie du Loir et Cher lui remet la somme de 40 francs en récompense de son courage. Au lieu de conserver cette somme, importante pour l’époque, Louis Denis la remet aux parents du petit Alfred.

Ils ont cinq enfants en bas-âge et vivent dans la plus grande misère. Louis Denis estime qu’elle leur sera plus profitable qu’à lui.

Il finira sa carrière maréchal des logis à la gendarmerie du Loir et Cher, après vingt-six ans de service.

En ces journées si tristes, un acte de courage, même ancien, nous rappelle que l'homme est également capable du meilleur.