23février

A Saint-Genest, alors qu’ils approchent du campement du 75e mobiles, Léon de Maricourt et Julien de Saint-Venant voient, sur le bord de la route, une dizaine d’hommes flânant, désœuvrés. Ce sont des moblots, les leurs, enfin. Certains portent encore leur képi de toile blanche, mais la plupart l’ont échangé contre le képi de l’infanterie. La voiture file à vive allure mais les hommes ont reconnu leur capitaine « c’est not’ capitaine ».

Mais rien n’est plus pareille. La compagnie de Léon et celle de Raoul, sans officier, portant les deux derniers numéros, 7 et 8, réduites au tiers de leurs effectifs, ont été réparties entre les six premières.

Parmi les officiers, les trois-quarts de ceux qu’ils connaissent ont été laissés dans les ambulances et les cimetières des treize champs de bataille parcourus par le 75e régiment de mobiles.

Du bataillon d’origine, ils ne sont plus que deux. Léon de Maricourt est désormais le capitaine le plus ancien du bataillon. L’accueil que lui réserve les autres officiers n’est pas chaleureux. Ils sentent la fin de la guerre proche et la distribution des grades et avancements sera limitée. Il n’est pas un camarade qui revient combattre, mais un concurrent.

Drôle de guerre, décidemment.

Le nouveau chef de bataillon lui garde même rancune d’avoir occupé, avec sa compagnie et des prisonniers, une ferme qu’il convoitait pour y dormir.

L’enthousiasme de Léon de Maricourt fait long feu. Pourquoi n’a-t-il pas, tout simplement, rejoint les corps francs au lieu de vouloir retrouver son régiment !! Mais il peut compter sur l’amitié de Julien de Saint-Venant, et sur l’affection de ses moblots qui quittent, chaque fois qu’ils le peuvent, leur nouvelle compagnie, pour venir le voir, lui raconter leurs souffrances et leurs combats. Raconter comment sont tombés Guibert, Cousin et tant d’autres.

De deux cent quinze hommes au départ, la huitième compagnie de Léon de Maricourt s’est réduite à une cinquantaine d’hommes. C’est un bien triste retour, à tous les points de vue. Mais la guerre peut reprendre d’un moment à l’autre. Il faut être prêt à retourner au combat.

A Ulm, en captivité, Nicolas Legalleau, de Mendec, Morbihan, vingt-deux ans, décède d’une pleurésie. Pierre Malcuit, de Senargent, Haute-Saône, soldat au 3e régiment du génie, et Jean Patelec, de Turgoin, Finistère, soldat au 59e de ligne, décèdent d’une pneumonie.

A Mayence, en captivité, Jean Bourgeois, vingt-quatre ans, de Haute-Savoie, soldat au 3e bataillon de chasseurs, décède de dysenterie. Emile Clade, vingt-et-un ans, garde mobile du Bas-Rhin, décède de la petite vérole.