Siège de Paris : début du bombardement de Saint-Denis et des fronts Nord de Paris, par la IVe armée allemande, dès neuf heures du matin. La cathédrale semble la cible des artilleurs allemands. Les habitants se retirent sur Paris ou se terrent dans les caves. Ce qui reste de blessés et de malades sont évacués sur Paris.

Le fort de la Briche a deux tués et dix blessés, celui de la Double-Couronne a huit tués et dix-huit blessés, le fort de l’Est, six tués et dix-huit blessés. A Aubervilliers, un ouvrier civil est tué. A Montrouge, il y a un mort et deux blessés.

A Paris même, les victimes des bombardements sont cinq tués et neuf blessés. Le pain est rationné à 300g par adulte et 150g par enfant.

A l’Est, à Sainte-Suzanne, l’ambulance du bourbonnais soignent toujours les blessés, dans l’usine de la famille Lépée. 185 soldats français blessés ou gravement malades y sont soignés. Bien d’autres sont restés dans les villages alentours auxquels il faut porter soins et médicaments. L’ambulance va rester là jusqu’au 30 janvier.

Des combats ont lieu à Vrécourt, entre Neufchâteau et Lamarche. Diversion exécutée pendant l’expédition de Fontenoy-sur-Moselle, par les troupes laissées au camp de Boene, un bataillon de mobiles du Gard et un peloton de cavaliers volontaires, contre la garnison allemande sortie de Neufchâteau. Les français se replient dans la forêt sans être poursuivis, après avoir perdu une centaine d’hommes, tués, blessés ou prisonniers. Les allemands retournent à Neufchâteau sans continuer la reconnaissance prévue vers Langres.

Des combats ont lieu, pendant trois jours, autour de Dijon, à Talant, Fontaine, Messigny, Pouilly, entre l’armée des Vosges, 40 000 hommes, de Garibaldi, et la brigade mixte allemande de Von Kettler. Ce dernier subit de grosses pertes mais réussit à bloquer Garibaldi à Dijon.

21janvier

A Six heures du soir, l’ambulance des mobilisés de Saône-et-Loire, sous la conduite du chirurgien-major Antoine Morin, de Charolles, se trouve en arrière du bataillon, sur la route de Dijon à Hauteville, à près de deux km de ce village. Le bataillon entre dans le village, et, vers huit heures, il reçoit l’ordre d’y passer la nuit. L’ambulance doit, elle, se porter en avant.

A la recherche d’un gîte pour la nuit, le choix se porte sur une maison pourvue d’un hangar pouvant servir d’écurie. C’est la maison de la famille Calais. Aussitôt arrivés, l’infirmier Alacoque place deux drapeaux de la convention de Genève, l’un à la fenêtre du premier étage, l’autre au-dessus de la porte d’entrée. Nul ne peut ignorer qu’une ambulance vient de s’installer dans les lieux.

Tout le personnel, portant ses insignes, est réuni au rez-de-chaussée, lorsqu’une fusillade éclate en haut du village. Le pharmacien, Camille d’Héré, et l’infirmier Alacoque se dirigent vers les lieux pour ramasser les blessés éventuels. Les bataillons se replient, dans le désordre, pendant que les deux hommes ramènent à l’ambulance un soldat, blessé d’un coup de baïonnette à la joue.

Le docteur Morin craignant leur position trop exposée, décide de partir mais il est trop tard. Les troupes françaises se retirent dans le désordre, des coups de feu éclatent devant, derrière, autour de l’ambulance. Malgré les drapeaux de Genève, un coup de fusil est tiré sur la maison et la balle atteint en pleine poitrine Jenny Picamelot qui se trouve au rez-de-chaussée, préparant du linge pour les blessés. La jeune femme, portée par son père jusqu’à la salle de soin, est immédiatement prise en charge par les soignants. Mais cela retarde l’évacuation de l’ambulance.

Soudain, des coups de feu fusent dans l’ambulance même. Une douzaine de prussiens font irruption dans la maison, en brisant les portes et les fenêtres à coups de crosses de fusil. L’infirmier Alacoque qui brandit le drapeau de Genève est assommé d’un coup de crosse à la tête. L’aide-major, Emile Milliat, reçoit un coup à la tête qui l’étourdit. Deux soldats le trainent dans la cour et l’achèvent à coups de fusils. Legros et Jean Morin, Fleury et de Champvigny tombent en même temps, frappés à coups de crosse ou sous les tirs des révolvers. Le chirurgien-major Morin tente de leur parler, en allemand, montrant son brassard, mais rien n’y fait et il est frappé de deux coups de crosses à la tempe et au sommet du crâne, puis achevé d’une balle en plein cœur et de cinq coups de baïonnette (cela sera vérifié à l’autopsie). Le pharmacien, Camille d’Héré est frappé en même temps, et, alors qu’il tente de se relever, reçoit une balle de révolver au-dessus du sourcil gauche et deux coups de crosse à la tête. Miraculeusement vivant, il va rester inconscient pendant deux bonnes heures.

Le massacre n’a duré que quelques minutes, pendant lequel la famille Calais est restée terrée dans la chambre voisine du massacre, terrifiés d’être à leur tour la cible des prussiens. Le docteur Morin est traîné dehors, dépouillé par les soldats et laissé presque nu. Fleury, assommé, est également traîné dehors et frappé à bout portant par deux balles, l’une dans la joue, l’autre dans l’épaule droite, puis d’un coup de baïonnette dans la cuisse. Les autres victimes sont laissées à l’intérieur de l’ambulance. Pendant le massacre, l’infirmier Berland et le père de la jeune fille réussissent à se cacher derrière son lit.

Comme si de rien n’était, les prussiens s’installent et se mettent à manger et boire, au milieu des corps. Ils marchent même sur les mains, pour s’assurer qu’ils sont tous bien morts.

Les heures passent. De Héré et de Champvigy sont toujours vivants mais ne bougent pas, sachant ce qui les attend.

Vers quatre heures du matin, un officier allemand entre dans l’ambulance, s’excuse auprès de la jeune femme blessée, lui promet un chirurgien et repart, non sans que ses hommes se soient assurés du décès des autres victimes, en leur écrasant les mains ou en leur frappant la tête sur les dalles.

Vers sept heures du matin, ils reviennent pour enterrer les morts. Ils attrapent de Héré et de Champvigy par les pieds et les traînent dehors. La douleur les fait crier et les prussiens s’apprêtent à les achever à coup de sabres quand le chirurgien promit par l’officier arrive. Non seulement il les empêche de tuer mais il leur donne l’ordre de transporter à l’hôpital ceux qui respirent encore. D’Héré, de Champvigy, Jean Morin, Fleury et Legros, Alacoque et le vaguemestre Baudot sont toujours vivants et fait prisonniers. Berland s’est échappé pendant la nuit, en retirant son uniforme. Ducerf, assisté d’un infirmier du 3e bataillon, Marchand, réussit, le lendemain, à ramener à Dijon, ce qui reste du matériel qui a échappé au pillage.

Bien évidemment, après réclamations, l’armée allemande va nier les évènements. La jeune Jenny Picamelot, de ses vrais prénoms Eugénie Lucie, décèdera chez elle, le 6 avril, à l’âge de vingt ans.

Cette même nuit, à Hauteville, les registres de l’état civil de l’année en cours ont été détruit par les soldats prussiens. Aucun acte de décès ne sera dressé avant le mois de février.