Siège de Paris : La population réclame une sortie des troupes, un vrai combat. Elle va l’avoir à Buzenval. 90 000 français dont 42 000 gardes nationaux parisiens, commandés par le général Trochu en personne et répartis entre les trois grosses colonnes Ducrot, Bellemarre et Vinoy font affronter 25 000 allemands à Buzenval, la Malmaison, Bougival, Garches, Montretout, Saint-Cloud, Vaucresson, Sèvres, Choisy-le-Roi, le Raincy, Groslay, Drancy, Argenteuil, Bezons et Chatou.

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Mais les colonnes n’attaquent pas en même temps. Celle de gauche, Vinoy, remporte quelques succès à Montretout alors que les deux autres échouent dans les parcs de Buzenval et de la Malmaison, après un retard de deux heures sur la colonne de gauche. Les routes détrempées empêchent l’artillerie de suivre et les troupes françaises se heurtent aux positions retranchées de la ligne allemande.

L’ennemi surpris au matin, par la soudaineté de l’attaque, fait converger très vite sur les combats, des masses d’artillerie et ses réserves d’infanterie, vers la fin du jour.

Dix ambulances de la société de secours sont là, soignant les blessés et en ramenant une grande partie à Paris, pendant toute la journée. Le colonel des mobiles du Loiret, Philippe de Montbrison, est tué, de même que le peintre Regnault, tué d’une balle dans la tête, dans le parc de Buzenval. A Montretout, l’ambulance du marquis de Hertford, récupère quatre-vingt-treize blessés et doit procéder à une amputation des deux jambes.

Les gardes nationaux lâchent de toutes parts. Le général Trochu doit ordonner la retraite qui s’effectue pendant la nuit, dans le plus grand désordre. L’ordre ne parvient pas partout. A une heure du matin, un fort détachement de 3 000 hommes occupant la villa Béarn est enfin averti et peut battre en retraite. Un bataillon de mobiles de la Loire-Inférieure n’aura pas la même chance. Resté vers la maison Zimmermann, aux extrêmes avancées des combats, il sera fait prisonnier. Les allemands ne les poursuivent même pas.

Le bilan est lourd : 2 400 hommes sont tués, blessés ou disparus, dont 205 officiers (81 tués ou morts de leurs blessures). Dans le même temps, les pertes allemandes sont limitées à 707 hommes hors de combat. La garde nationale a perdu 1631 hommes à elle seule : 283 tués, 1183 blessés et 165 disparus.

Les bombardements des forts n’ont pas été interrompus. Au fort de Vanves, en quinze jours de pilonnage, douze hommes sont morts et soixante dix ont été blessés. Ce 19 janvier, le fort de Montrouge a dix-sept blessés, deux officiers de marine, treize marins et deux brancardiers de la société de secours.

Aux Hautes-Bruyères, deux hommes sont tués, et treize blessés, dont cinq matelots et un officier.

Armée du Nord, bataille de Saint-Quentin, les 40 000 français de l’armée du Nord du général Faidherbe se heurtent aux 35 000 allemands de Von Goeben. Ce dernier veut répéter le mouvement de Sedan. Sur l’aile gauche française, le 22e corps fléchit en premier et se jette dans la ville. L’aile droite formée par le 23e corps et les brigades Isnard et Pauly tiennent plus longtemps et donne aux autres troupes, le temps d’évacuer Saint-Quentin avant que Von Goeben ait fini son mouvement enveloppant. Les combats ont lieu à Vermand, Caulaincourt, Beauvois, Essigny, Gauchy, Fayet, Francilly, Salency et Savy.

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Faidherbe dégage tardivement mais rapidement ses troupes battues, après sept heures de combats. A marche forcée toute la nuit et le jour suivant, elles atteignent les places de l’Escaut avant que Von Goeben n’ait commencé à les poursuivre.

Le bilan est lourd : 4 000 hommes sont hors de combat.

A l’Est, à Sainte-Suzanne, les prussiens bombardent depuis deux jours. Les obus atteignent plusieurs maisons dans lesquels sont logés les membres de l’ambulance du Bourbonnais et risquent d’atteindre l’usine où sont réunis les blessés. Un des soignants est envoyé parlementer avec les allemands, à Montbéliard. Leur commandant promet de ne plus leur tirer dessus.

Des combats ont lieu à Athesans, au nord-est de Villersexel, entre les arrière-gardes des généraux Cremer et Billot, et la brigade de cavalerie badoise du colonel Von Willisen, et à Sainte Marie, à l’ouest et près de Montbéliard, entre les arrière-gardes des 24e et 15e corps et des fractions de la 4e division de réserve de Von Schmeling.

A Belfort, on n’entend plus les bruits de la bataille. L’espoir s’en va, d’autant que les effort de assiégeant sont redoublés.

Longwy est bombardé.

Armée de la Loire : Tours est occupé par l’ennemi, sans résistance.

A Janville, les convois de prisonniers continuent. Pour la nuit, ils sont entassés dans l’église.

Bastien, le marchand de tabac à la carrure de géant, emmène Léon de Maricourt avec lui, habillé en civil pour l’occasion. Seuls ceux qui apportent à manger aux prisonniers ont le droit d’entrer. Les deux hommes ont du pain, les soldats allemands les laissent entrer dans l'église.

Le spectacle auquel assiste le capitaine de Maricourt est effroyable. Six à sept cents hommes, exténués de fatigue et de privation, affamés, grelottant de froid, gisent sur les dalles, sans voix et sans mouvement. Ce sont de vrais cadavres entassés dans l’obscure pénombre de l’église à peine éclairée.

Bastien murmure tout bas « qui veut se sauver » mais personne ne répond. Les hommes l’entendent-ils seulement, perdus dans leur monde de souffrance et de cauchemars.

Soudain, un sous-officier répond « moi ». Il suit Bastien dans une chapelle obscure, et, à la faveur de la nuit, ce dernier sort de sous ses vêtements, d’autres vêtements qu’il lui donne. « Allez chez Bastien, le marchand de tabac ». L’homme est en caleçon, blouse bleue et casquette et sort sans encombre.

Bastien en fera évader des dizaines jusqu’à la fin de la guerre. Cette nuit-là, dix tenteront leur chance.