1930 - Raoul Lecomte et ses amis

Nous sommes le 15 mai, journée internationale des Familles, vaste sujet pour qui pratique la généalogie. Essayons un regard différent sur la famille au sens large.

Comment nous définissons-nous, aujourd'hui, par rapport à cette famille qui nous entoure ?

Vous êtes adulte et avez construit votre propre cellule familiale (cellule !! on dirait que l'on parle d'une prison, mais pour certains, la famille, c'est effectivement une prison !!).

Votre famille au sens large va se répartir en plusieurs cercles concentriques dont vous êtes le centre.

Le cercle le plus proche concerne les membres de votre famille que vous fréquentez tous les jours, avec lesquels vous vivez : conjoint, enfants, parents, frères et sœurs suivant votre âge.

Le cercle suivant concerne les membres de votre famille qui vivent dans la même commune mais pas au même endroit. Vous les voyez régulièrement (normalement), lors de vos courses au supermarché ou au marché, lors des fêtes locales ou familiales. Dans ce cercle familial au sens généalogique du terme, je vais rajouter la famille amicale et la famille professionnelle. Vous voyez régulièrement vos amis et vos collègues qui résident dans la même ville que vous. Vous les fréquentez parfois plus que les membres de votre famille.

Le cercle plus éloigné concerne les membres de votre famille proche (frères et sœurs, oncles et tantes, parents et grands-parents) et vos amis qui résident dans une autre commune. Vous les voyez bien moins souvent, une ou deux fois par an au rythme des grandes fêtes familiales et des enterrements. Ce cercle est en fait un multi cercle : à chaque cercle correspond une zone géographique qui s'éloigne de votre lieu de vie. Votre frère aîné vit à dix kilomètres, votre grand-mère maternelle vit à cinquante kilomètres, votre sœur cadette vit à deux cent kilomètres : soit trois cercles successifs.

Et il y a le reste extérieur à ces cercles : les membres de la famille que vous ne fréquentez pas. Ils sont sur votre arbre généalogique mais c'est le seul lien que vous avez avec eux, quel que soit votre degré de parenté. Vous pouvez avoir un frère ou une sœur dans ce "néant" familial, voire même un parent. Chaque famille a ses secrets et ses drames, ses inimitiés, ses haines et ses amours.

Si vous prenez un papier et un crayon, vous êtes capable de dessiner votre "espace" familial avec ses cercles et même peut-être pouvez-vous rajouter d'autres cercles.

Mais êtes-vous capable de faire cet exercice pour vos ancêtres ? Le suis-je moi-même ?

Allez, j'essaye.............. Et je vais faire facile, je vais prendre un ancêtre du XXe siècle parce que j'ai des souvenirs et des histoires qui m'ont été racontées.

Je vais faire les cercles familiaux de ma grand-mère maternelle, Simmone Lecomte née Gontier, avant la guerre (la seconde guerre mondiale), au Havre.

1936 - familles Lecomte et Richard

Sur son premier cercle il y a ses enfants : Micheline, l'aînée malaimée, Gérard, le préféré, et Jacques, le petit dernier. Ils vivent avec elle.

Sur le second cercle, il y a son mari (toujours parti en mer), sa belle-mère, Aurélie Lecomte, qu'elle n'aime pas mais qui vient à chaque escale, voir son fils et ses petits-enfants, le frère de son mari, Jules Lecomte et sa famille, qu'elle apprécie peu mais qu'elle voit régulièrement, la sœur de son mari, Hélène, morte en couche peu après son mariage. Il y a sa tante Léonie, Léonie Robillard veuve Mulot, sœur de sa mère trop tôt disparue, haute en couleur, et ses enfants, Irène et André. Les réunions de famille avec eux sont fréquentes et impromptues. Et il y a les amies : elles vivent dans le même immeuble avec leurs familles : les Courtecuisse et les Florigand.

Sur le troisième cercle, il y a sa sœur, Germaine, qui vit à Rouen avec son mari et son fils unique.

Dans le néant familial, il y a son père, qu'elle ne voit que pour son autorisation de mariage, et les quelques cousins et cousines à des degrés éloignés dont elle ignore tout.

Je pourrais rajouter le cercle des disparus : son frère, Marcel, mort à la Grande Guerre, pas même majeur, sa mère, partie elle aussi, avant la majorité de Simmone. Il y a peu de monde sur ses cercles, il y en aura encore moins après la guerre. Cette sal..... de guerre a brisé bien des cercles, et pas uniquement avec la mort.

L'exercice était facile, les histoires familiales sont bien présentes dans ma mémoire.

Pourrais-je faire la même chose avec des ancêtres dont je ne sais rien d'autre que ce que les archives m'apprennent ?

Je pourrais difficilement avoir connaissance des inimitiés familiales ou professionnelles, mais je pourrais déjà construire les cercles en m'aidant de la géographie, des recensements (lorsqu'il y en a), des témoins aux actes de la vie, et, dans les petites communes, de l'étude de la population (si mon ancêtre est maréchal-ferrant, il fréquentait forcément les maréchaux-ferrants de la commune, voir du canton).

Je vais essayer avec Eugénie Célina Famery, il y a 150 ans. Je n'ai malheureusement pas accès aux recensements (dit, madame Archives de Seine-Maritime, tu les mets quand en ligne, tes recensements ?).

Il y a 150 ans, Eugénie Célina Famery a quarante-trois ans, elle vit à Angerville-L'Orcher, et est mariée depuis vingt-deux ans, avec Victor Adolphe Robillard. Il est bien évidemment dans son premier cercle. Avec lui, se trouvent ses quatre enfants encore en vie (elle en a eu onze), tous célibataires. Là, je n'ai pas trop de détail sur le lieu de vie de ses enfants, domestiques à Angerville-l'Orcher, au Havre ou à Goderville lorsqu'ils se marient quelques années plus tard, mais je les conserve quand même dans son premier cercle.

Dans le cercle suivant, je vais placer à deux kilomètres, sa mère, Désirée Cyrille Famery, veuve, ses trois sœurs, Césarine Eugénie Famery, veuve avec ses huit enfants, Marie Euphrosine Lambert, son mari, Théodule Thiery et ses trois enfants et Eloïse Justine Lambert, son mari, Ursine Arcade Leclerc, et ses trois enfants.

Le cercle suivant est à sept kilomètres, à Manneville-la-Goupil, avec sa sœur, Victoire Olympe Lambert, son mari, Pierre Arthur Boivin et ses six enfants. Sur ce cercle se trouve également son oncle, Laurent Sanson Famery, à Epouville.

Son mari est fils unique. Sa belle-mère est décédée. Mais il a eu neuf oncles et tantes dont trois sont encore en vie et vingt-neuf cousins et cousines, dont beaucoup vivent à Angerville-l'Orcher.

Impossible de savoir s'ils étaient proches.

L'exercice n'est pas si facile que cela, mais il pose un nouveau regard sur la famille et la généalogie.