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L'acte de décès est le document mal aimé des généalogistes. Peut-être parce qu'il est aussi le plus difficile à trouver sans base de données fiable.

La naissance se trouve logiquement au domicile des parents, excepté la première naissance qui peut avoir lieu chez les parents de la futur maman. C'est le cas de ma grand-mère paternelle. Sa mère a fait le trajet deux fois, pour sa naissance et celle de sa soeur, entre Le Havre et Plougasnou dans le Finistère, pour y accoucher, en 1898 et en 1900. Sa grand-mère étant décédée, les autres enfants sont nés au Havre. La période est récente, mais j'ai trouvé des cas similaires sous l'ancien régime. Trouvez le domicile et vous trouverez les naissances.

Le mariage a logiquement lieu au domicile de la jeune mariée. Mais il arrive qu'il ait lieu au domicile du marié. C'est toujours une question de domicile.

Qu'il s'agisse de la naissance ou du mariage, ses deux évènements sont préparés à l'avance.

Le décès, par contre, comme le disent les testaments : "rien n'est plus certain que la mort,  ni plus incertain que son heure" est imprévisible. Pour nos ancêtres "chanceux", ils sont morts chez eux, dans leur lit, entourés de leur famille et du curé.

Pour les autres... les lieux de décès peuvent varier : mort en déplacement, sur la route, le long d'un chemin, dans un hôtel, mort chez son patron, dans la commune voisine, mort chez un de ses enfants, mort en prison, mort.... ailleurs.

Lorsque la période le permet, et que le maire est consciencieux, l'acte est retranscrit dans la commune du domicile. Mais ce n'est pas toujours le cas après la révolution, et sous l'ancien régime, c'est pratiquement jamais.

Les généalogistes ont pris l'habitude de chercher le décès en dernier, puisque de toute manière, c'est le document le moins fiable et le moins "source de renseignements". Le moins fiable, parce que les personnes qui annoncent le décès ne savent pas toujours les bonnes choses à dire. Ils disent ce qu'ils pensent savoir et la deuxième femme du père devient la mère, l'âge joue les prolongations ou les raccourcis, le lieu de naissance est confondu avec le lieu d'habitation précédent.

Lorsque le livret de famille est créée, à compter du 18 mars 1877, il devient l'instrument nécessaire pour la rédaction de tous les actes. Mais il n'est délivré qu'au mariage et les personnes mariées bien avant et décédés bien après, ont encore des actes de décès à géométrie variable.

Pourtant, nous l'avons vu précédemment, par le décès d'une personne, nous pouvons apprendre tellement de choses sur sa vie et son patrimoine.

Mais lorsque nous trouvons un acte de décès, sommes-nous certains de bien le lire ?

Je ne reviens pas sur les erreurs possibles de l'état civil du défunt, vues plus haut. Je vais surtout parler du reste de l'acte.

A compter de la création du code civil, la rédaction des actes est très réglementée. Deux témoins doivent, dans les trois jours, déclarer le décès d'une personne survenue dans la commune. Ces témoins sont des voisins ou des membres de la famille munis des renseignements nécessaires (avec souvent des erreurs).

Par contre, ce qui est certain et sans erreur (sauf si le maire ou l'officier de l'état civil souffrait de distraction chronique), ce sont les heure et lieu de décès. Rappelons que, jusqu'à un date récente, l'officier de l'état civil se rendait au lieu du décès pour voir le défunt et constater sa mort.

Si l'heure ne nous apprend pas grand chose directement, le lieu est bien plus révélateur.

Je vais faire un petit retour sur un article écrit il y a quelque temps, sur le crime des granges

 

Le crime des Granges - Le blog d'une généalogiste

Le vendredi 5 juillet 1844 est une belle journée d'été. Le sieur Grouteau, ancien militaire et capitaine d'une compagnie de la garde nationale, habite au hameau des Granges, aux portes de Blois, une jolie petite maison. Âgé de soixante-sept ans, il vit avec une domestique, Anne Bourreau, vingt-deux ans, originaire de Saint-Secondin.

http://genealogiepro.canalblog.com

La lecture des actes de décès des victimes et de leurs bourreaux ne nous éclaire pas le moins du monde sur ce qui leur est arrivé.

Commençons par les victimes. Leur décès est déclaré le 7 juillet 1844 pages 559 et 560.

 

5MI18/R95 - Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (février 1843-octobre 1844) - 1843 - 1844

Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (février 1843-octobre 1844) 5MI18/R95 1843/1844 1843 - 1844 ...

http://archives.culture41.fr

Ils ne sont pas de la même famille et si vous faisiez la généalogie de l'un d'eux, vous pourriez passer totalement à côté de l'information. Seule la lecture des trois actes vous montre un lien entre ces trois morts :

  • Louis Felix Mirault et Silvain Bourdonneau sont les témoins aux trois déclarations, mais pas aux actes précédents ou suivants,
  • Ils sont tous les trois décédés le 6 juillet à neuf heures du soir,
  • Ils sont tous les trois décédés chez le sieur Grouteau, aux Hautes Granges.

La seule conclusion que l'on peut en tirer, est que trois personnes, jeunes, sans lien familial, sont décédées le même jour, à la même heure et dans la même maison.

Le réflexe à avoir immédiatement est de consulter la presse de l'époque ou les comptes-rendus de gendarmerie ou de police. Il y a forcément eu un évènement particulier : crime ou accident, donc archives particulières à consulter.

Maintenant, attaquons-nous aux accusés.

Anne Parfait femme Merle, s'est suicidée en prison. La lecture de son acte n'en dit strictement rien. Mais, comme pour les victimes, la lecture du lieu de décès et des témoins nous met la puce à l'oreille.

 

5MI18/R103 - Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (mars 1854-septembre 1856) - 1854 - 1856

Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (mars 1854-septembre 1856) 5MI18/R103 1854/1856 1854 - 1856 ...

http://archives.culture41.fr

Elle est décédée Rue Beauvoir, à Blois. C'est l'adresse de la prison. Mais il y a également des personnes domiciliées rue Beauvoir et qui ne sont pas en prison. Par contre, les témoins font pencher la balance dans ce sens : le concierge et un officier de police.

Pour François Rottier et Jacques Boyer, c'est plus facile. Ils ont été guillotinés.

 

5MI18/R103 - Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (mars 1854-septembre 1856) - 1854 - 1856

Registre d'état civil. microfilm des registres des naissances, mariages, décès. (mars 1854-septembre 1856) 5MI18/R103 1854/1856 1854 - 1856 ...

http://archives.culture41.fr

La lecture de leur acte de décès indique :

  • deux mêmes témoins : un greffier du tribunal et un officier de police,
  • même heure du décès : six heures du matin,
  • même lieu : le champ de foire, lieu d'exécution de la ville.

Cela nous fait six actes de décès tout à fait normaux mais dont la lecture plus poussée nous fait entrer dans un fait divers sordide de la ville de Blois. Il est très facile de passer à côté.

En conclusion, lorsque vous trouvez l'acte de décès d'un membre de votre famille, regardez attentivement les actes précédents et suivants, à la recherche d'un lien éventuel, avec d'autres décès.

Regardez et localisez le lieu de décès. S'il se trouve hors d'une maison : un chemin, une place, un champ ... c'est une mort subite qui a forcément donné lieu à un rapport de gendarmerie, même s'il s'agit d'une crise cardiaque.

Il ne vous reste plus qu'à reprendre tous vos actes de décès et d'y chercher la petite bête.