Les noms des rues de nos quartiers nous sont familiers, tellement familiers que nous ne nous arrêtons pas toujours dessus pour comprendre leur signification.

J'habite le quartier des provinces, avec des rues et des impasses portant les noms des belles provinces de France. En bordure du quartier se trouve la gendarmerie, rue de Signeulx. Presque en face (à une vache près), se trouve la rue du 113e. Pourtant, il a fallu plus de quarante ans pour que je fasse le lien entre les deux. Il me suffisait pourtant de lire les plaques des rues, mais qui lit les plaques des rues ? Dans sa propre ville ? Un promeneur pédestre surement, mais ces rues-là, je ne me rappelle pas les avoir traversées autrement qu'en voiture !!!

J'ai rajouté une date à ces deux plaques, le 22 août 1914 et me voilà, sur les traces des hommes du 113e régiment d'infanterie, à Signeulx, en Belgique.

La position est simple. Le régiment se forme en ligne de colonnes doubles de bataillons et se porte à l'attaque vers 5 h 30 - objectif : Baranzy-Genevant-Rochecourt.

Le 3e bataillon est à gauche, une partie du 2e bataillon est à droite, une partie du 1er bataillon est à droite également. Quelques compagnies du 2e et 1er bataillon sont en réserve avec la musique, le drapeau et l'état-major du régiment. Le 131e régiment d'infanterie est à droite, le 4e corps à gauche.

Le brouillard est intense et les unités se heurtent immédiatement à l'ennemi. Le régiment va tenter deux fois l'assaut des premières tranchées mais, vers 8h30, doit se replier vers la sortie nord et nord-ouest de Signeulx.

Le colonel est blessé, les trois chefs de bataillon sont tués, blessés ou disparu, les trois-quarts des capitaines ont disparu ou sont blessés ou tués, le capitaine adjoint au colonel est blessé.

Il ne reste que le capitaine de la Giraudière, adjoint au chef de corps, qui rassemble, à Buré-la-Ville, le reste du régiment, avec le sous-lieutenant Lecourt, soit 500 hommes environ.

Lorsque l'on constate l'hécatombe des officiers, il est aisé d'imaginer l'hécatombe des hommes sous leurs ordres.

Le journal de marche du régiment termine la journée avec des pages et des pages de tués, blessés, portés disparus. Il y a 31 pages de noms soit 12 tués (seulement ?), 164 blessés et 803 disparus.

Ces chiffres ne comprennent pas la 2e compagnie dont tous les comptables sont morts ou prisonniers. Seuls seize hommes et le capitaine sont revenus du combat.

Je vais devoir comparer la liste avec la base de "mémoire des hommes" pour "affiner" les 803 disparus.

Si les corps de certains ont été retrouvés et si la croix rouge a pu déterminer où ont été envoyés ceux faits prisonniers, beaucoup n'ont eu comme explication finale, qu'un jugement déclaratif de décès.

C'est le cas du sous-lieutenant Camille Louis Barrault et du capitaine Eugène Jean Baptiste Avrial, Morts pour la France.

 

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