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Pauline Chabault est née fille naturelle de Pauline Chabault. Elle a six ans lorsque sa mère se marie avec Pierre Fauvin. Elle est placée comme domestique à Bracieux chez Jean Baptiste Sinault, meunier, et sa femme, lorsqu'elle tombe enceinte.

Elle accouche à Blois, à l'hospice, d'un petit garçon, Pascal Achille, le 30 mars 1877. La mairie de Bracieux qui a délivré le certificat d'indigence, pour qu'elle puisse accoucher à l'hospice, s'est trompée. Elle y a été marquée sous le nom de son beau-père, Fauvin et c'est sous ce nom que Pascal Achille est déclaré à la mairie de Blois.

Quelle vie Pauline a-t-elle eu après cela ? Où est-elle allée ? Qui l'a aidée ? Une chose est certaine, Pauline s'est retrouvée très vite enceinte, de nouveau. Confrontée à cette nouvelle grossesse, avec déjà un enfant en bas-âge à élever, Pauline commet une erreur qui lui coûte très cher.

En mars 1878, elle abandonne Pascal Achille dans un hangar, entre Saint-Gervais et l'Octroi de la ville de Blois. Il est heureusement très vite trouvé par des passants qui ont entendu le bébé crier et apporté à l'Hôtel-Dieu. Il est confié temporairement, à compter du 18 mars, au département.

Le lendemain de l'abandon de son fils, Pauline est arrêtée et incarcérée à la prison de Blois. Deux mois plus tard, elle y met au monde un deuxième garçon, Jules Paulin, sous le nom de Chabault, le 11 mai 1878 et le reconnaît le 29. Deux jours plus tard, elle est condamnée pour abandon d'enfant, à quatre mois de prison. Jules Paulin est confié à son tour, au département.

Elle ne récupérera jamais ses enfants. Pauline décède le 24 novembre 1879, à l'âge de vingt-cinq ans.

Pascal Achille est placé chez une première nourrice, à Seur, mais retourne à l'hospice six mois plus tard. Il est alors placé, le 28 septembre 1878, à Couddes, chez le couple Thoreau-Debout. Son frère, Jules Paulin, y est depuis sa naissance.

Pascal Achille est séparé de son frère et envoyé en nourrice, à Châtillon, chez le couple Hubert-Chanteloup, jusqu'en 1889. Les renseignements obtenus sur sa santé et les soins dont il bénéficie, sont très bons. Jules Paulin, lui, reste à Couddes, jusqu'en 1890.

La question est : la nourrice savait-elle qu'ils étaient frères ? Ils ne portaient pas le même nom de famille.

Pascal Achille est domestique à Herbault lorsqu'il part au service militaire, pour le 156e régiment d'infanterie. Sa vie ensuite est plus que chaotique. Il est condamnée plusieurs fois pour mendicité et vagabondage. L'armée se montre clémente avec lui lorsqu'il rate ses périodes d'exercice : "il y a lieu de tenir compte que cet homme, illettré et obligé, pour gagner sa vie à de déplacements fréquents, éprouvait de grandes difficultés à faire les déclarations régulières de résidence et qu'il n'a jamais eu l'intention coupable de se soustraire aux obligations militaires ; qu'au mois de septembre dernier, il a fait preuve de bonne volonté en se présentant à la gendarmerie de Dreux, pour se renseigner et s'est volontairement mis à la disposition de l'autorité militaire.." Il se présente de même, volontairement, le 3 août 1914, au bureau de recrutement de Blois.

Jules Paulin a plus de chance (en quelque sorte !!). Il vit à Chatillon lorsqu'il s'engage volontairement, le 9 octobre 1896, pour le 8e régiment d'infanterie de marine. Il est réformé un mois plus tard pour épilepsie. Il se marie en 1904 à Herbault.

Lorsque la guerre éclate, il est facteur et classé non affecté.

Pascal Achille est porté disparu le 13 novembre 1916, à la tranchée du Néant, à Vaux, dans la Meuse. Ce sera la date officiel de son décès, Mort pour la France, transmit à la mairie de Mézières en Drouais, son dernier domicile. Il ne figure pas sur le monument aux morts de la commune. Je ne l'ai pas trouvé ailleurs non plus.

Jules Paulin est décédé en 1956 à Orléans. A-t-il jamais su qu'il avait un frère ?