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Le 6 janvier 1882, Alfred Just, comptable à Blois, passe devant le juge pour un désaveu de paternité. Ce désaveu a déjà été passé devant huissier le 23 décembre dernier et maintenant il passe à l'opération judiciaire. Il faut dire qu'Alfred est séparé de sa femme depuis le 18 novembre 1879. Mais, lorsque cette dernière a accouché d'un garçon, Adolphe André, le 5 juin 1881, l'officier de l'état civil a suivi la loi et lui a donné le nom du mari de sa mère.

La procédure est un peu compliquée. Pour pouvoir être entamée, il faut d'abord nommer un tuteur adhoc contre lequel sera dirigée l'action en désaveu. Comme pour un orphelin, un conseil de famille est donc réuni avec six membres, trois du côté paternel et trois du côté maternel. C'est François Deluneau, le père d'Aurélie Deluneau (la femme adultère), qui est nommé tuteur. Et la procédure peut suivre son cours.

Lors de la séparation, Aurélie a eu la garde de leurs deux filles. Alfred profite donc de l'occasion pour la réclamer, sa femme ayant visiblement des moeurs douteuses. Vu les dates de la séparation et de la naissance, le juge ne peut qu'accéder à la requête en désaveu de paternité, mais il refuse de donner suite à l'autre demande, celle de récupérer la garde de ses filles. Il faut dire que la raison de la séparation n'est pas à l'honneur d'Alfred. Celui-ci était adultère (et oui, lui aussi) et avait installé sa maîtresse au domicile conjugal !!! Tant qu'à faire !!

Cette histoire est plutôt singulière non ? Et encore, vous n'avez pas tout vu. Parce que le petit Adolphe André, pour lequel a été nommé un tuteur et dont la filiation est remise en question............. le petit Adolphe André est mort depuis plus de six mois !!!

Dix-sept jours après sa naissance, sa mère l'a abandonné, ne pouvant subvenir à ses besoins, ayant déjà la charge de ses deux filles. Il a donc été mis en nourrice par les soins de la commission administrative du département. Placé à Saint Bohaire, chez une nourrice laitière, le 25 juin 1881, madame Chardon Roger, il y est décédé le 27 juillet 1881. Difficile de savoir si la mère l'a su. A aucun moment, la situation ou le placement de l'enfant n'est évoqué dans les documents de la justice.

Un jugement a donc eu lieu pour priver un enfant d'un père légitime alors même qu'il était déjà mort et n'aurait donc jamais pu se prévaloir de cette paternité !! Triste non ?

Et cela ne s'arrête pas là. Le 18 août 1882, sa soeur, Madeleine Alphonsine, cinq ans, décède à son tour. Il ne reste plus qu'Andrée Lucie Noémie, l'aînée.

Qu'est-elle devenue ? Il n'y a aucune mention marginale sur son acte de naissance. Internet vient à mon aide et je découvre qu'elle est décédée à Paris, à l'âge de vingt-sept ans, célibataire. En lisant son acte de décès de plus près, je découvre qu'elle vivait 52 rue de Malte avec ............... son père et sa mère. Ces deux-là se sont visiblement réconciliés.

Tout ça pour ça ?