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Marie Elisabeth Thuault est bien embêtée. Elle vient de recevoir une lettre de la maison Pavy, Andriveau, Schoeffer et Pelletier, qui l'informe qu'elle est héritière. Mais de qui ? Pour le savoir et toucher l'héritage, elle doit signer le contrat de révélation que les généalogistes successoraux lui ont adressé.

Où est le problème ?

Le problème, c'est que nous sommes en 1913 et qu'à l'époque, une femme ne peut ni recueillir une succession, ni signer un contrat de révélation (aliénant une partie de la succession au profit des généalogistes) sans l'accord de son tuteur légal : son père, si elle est célibataire, ou son mari, si elle est mariée. Et elle est mariée.

Marie Elisabeth Thuault est mariée à François Emile Lemaire, depuis 1868. Elle avait alors dix-huit ans. Cela fait donc quarante-cinq ans qu'elle est mariée. Elle-même a atteint l'âge de soixante-trois ans. Difficile aujourd'hui d'imaginer une telle dépendance administrative et financière.

Bon, son mari n'a qu'à signer !!! Après tout, c'est de l'argent qui doit rentrer. Mais François Emile n'est pas en état de signer quoique ce soit. Il a été déclaré interdit par le tribunal de Blois le 27 décembre 1899. Cela fait donc quatorze ans que Marie Elisabeth ne peut engager aucune démarche administrative ou financière, sans passer par le tribunal.

C'est ce qu'elle fait, le 9 avril 1913. Elle demande au tribunal, l'autorisation de "traiter avec la maison Pavy, Andriveau, Schoeffer et Pelletier pour accepter la révélation qui lui est proposée d'un droit héréditaire ouvert à son profit et à son nom par le décès ignoré d'elle d'une personne de sa famille avec laquelle elle n'avait pas de relations - Pour le prix de cette révélation consentir une cession et transport de ses droits qui ne pourra excéder un tiers - Imposer à Mr. Pelletier l'obligation de faire à ses risques et périls, le nécessaire pour établir les qualités héréditaires et la faire mettre en possession de son droit."

Il n'y a pas à dire, la généalogie nous poursuit............. même au tribunal.