gare-de-Blois

Ulysse Séraphin Mandard est clerc de notaire, lorsqu’il est appelé, sous les drapeaux, le 22 février 1915, par le décret de mobilisation générale. Il a vingt-huit ans et intègre le 169e régiment d’infanterie. Sa guerre durera moins d’un an. Il est tué le 12 janvier 1916 au Bois le Prêtre, si tristement célèbre.

Six ans plus tard, il va entamer son dernier voyage. Le 16 juillet 1922, son cercueil et sa dépouille rejoignent le vingt-troisième convoi mortuaire pour le Loir-et-Cher. Il part de Brienne-le-Château, dans l’Aube, à bord du train spécial CBS 11001, à destination des Aubrais, dans le Loiret. Il va passer tout près de son dernier domicile ; le 18 décembre 1914, il avait emménagé à Orléans, 52 bd Alexandre Martin. Il n’y a qu’un wagon pour le Loir-et-Cher, et il atteint Blois, le 17 juillet 1922, à minuit seize.

Ulysse n’y est pas seul. Ils sont 38 à rentrer à la maison ce jour-là. Les familles les attendent, la mère veuve d'Ulysse l’attend. De là, les cercueils repartent, par le train, ou le tramway, vers leur destination finale.

Il n’y a pas de ligne jusqu’à Landes-le-Gaulois où se trouve sa dernière demeure. Il doit être acheminé jusqu’à la Chapelle-Vendômoise, mais la famille est d’un autre avis. Ils viennent le chercher à la gare de Blois. Il rentrera chez lui par la route, en corbillard. L’état, comptable de ses sous, prévient qu’il ne remboursera que la distance qui va de La Chapelle-Vendômoise à Langes-le-Gaulois. Il ne faudrait quand même pas abuser !!!

A huit heures trente du matin, le wagon funéraire est ouvert et Ulysse entame la fin de son long voyage. Les sociétés qui veillent sur les familles et les victimes, l’armée et le commissaire de police sont présents pour un dernier hommage, silencieux. Il n’y aura pas de discours. Il y en a bien trop eu. Le directeur des tramways à vapeur et électriques est informé. Il sait où part chaque corps et il a organisé leur transport vers leurs terminus. Les pompes funèbres sont également là. Ce sont elles qui se chargent des manutentions des cercueils, et du transport de la gare de Blois jusqu’au différentes gares de tramway. Tous ces techniciens de la mort sont là pour les accueillir, bien loin des fanfares joyeuses qui ont célébré le retour des vainqueurs, les vivants.

Ulysse entame son dernier voyage. Il rentre au pays, au rythme lent du corbillard. Il n’est pas pressé. Bientôt, il sera inhumé dans le cimetière de Landes-le-Gaulois, berceau de ses ancêtres.

Bientôt son nom sera gravé pour l’éternité sur les monuments aux morts de Landes-le-Gaulois et d’Orchaise, où vit sa mère.