Lorsque nous construisons nos arbres généalogiques, nous recherchons les actes de naissance, mariage et décès de nos ancêtres en priorité. Une fois ces cases remplies, si nous avons de la chance, du temps et des archives à proximité, nous étoffons les renseignements sur nos ancêtres tels que le patrimoine, l’environnement social, familial.

Mais il est une chose que nous ne cherchons pas, car cela prendrait trop de temps, c’est l’environnement judiciaire de nos ancêtres. Nous savons pertinemment que, statistiquement, ils ont été confrontés à la justice de leur pays, en tant que justiciable ou victime. Mais nous en avons rarement le détail.

De la même manière, nous n’avons aucune possibilité de connaître leur caractère, le niveau de leur gentillesse comme celui de leur méchanceté.

Soyons honnêtes : des membres de nos familles que nous connaissons (fratrie, cousins, oncles et tantes), nous savons qui est sympa et qui est odieux, qui a le cœur sur la main et qui vous fera un croche-pied dans l’escalier. Et là, je parle de la vie de tous les jours. Cela n’en fait pas des monstres, juste des individus ordinaires avec des travers peu aimables. Alors idéaliser nos ancêtres au point de penser qu’ils étaient exempts de ces travers, c’est croire aux bisounours. La différence est que nous ne pouvons pas le savoir et que cette ignorance nous permet de poser un voile pudique sur le caractère de nos ancêtres.

Et les monstres dans tout cela ?

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Les monstres existent……. Sociopathe, psychopathe, nazis et collabo de la dernière guerre mondiale, tueur sanguinaire, violeur, pédophile, tueur en série………l’histoire est jalonnée de ces personnages que je qualifie de monstrueux. Tueurs ou responsables de tueries, ils avaient, ils ont une famille. Certains ont même des descendants directs, d’autres seulement des descendants collatéraux, mais d’une manière ou d’une autre, ils sont sur l’arbre de quelqu’un. Et si c’était le vôtre ?

Statistiquement, nous avons tous au moins un monstre sur nos arbres, voire plus. Mais statistiquement nous descendons tous de Charlemagne. Encore faut-il le prouver et comment « traiter » ces ancêtres-là ? Car nous ne sommes plus dans l’anecdote amusante de l’ancêtre qui a fait trois mois de prison pour avoir crié « à mort l’empereur » ou pour avoir chanté ivre-mort sous les fenêtres du maire.

J’ai beau marteler qu’un généalogiste ne doit pas juger, seulement constater, j’avoue que dans ces cas extrêmes monstrueux, le détachement est difficile à conserver.

Ces monstres sont-ils des taches sur nos arbres ? Faut-il les stigmatiser, les effacer, les ignorer ?

Faire comme si de rien n’était, après tout, un arbre généalogique est une chose privée. Personne ne vous oblige à le montrer. Et même si…………. Qui pourraient savoir qu’Eugène Tartampion, votre numéro 46, était tortionnaire dans un camp de la mort, ou que Louis Machin, votre numéro 142 était un massacreur de vendéens. Seuls les « grands monstres » ont laissé leur nom dans l’histoire. Les « petits monstres » ne sont connus que localement. Vous le savez car l’histoire familiale vous l’a conté ; cette histoire familiale que l’on cache et qui parfois, entrave et puni les descendants dans leur vécu.

Si vous ne dites rien, personne ne le saura………………. Sauf vous.

Le sang se dilue de génération en génération et, quoique l’on puisse en penser, l’ADN n’a rien à faire avec la criminalité. Le gène criminel n’a pas encore été trouvé, s’il existe. Alors le gène des monstres !!

Difficile de trancher en l’occurrence. Je n’ai pas trouvé de monstre sur mon arbre ; cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Et si j’en trouve un ? Que ferais-je ?

Dans mon cas, la question ne se pose même pas … J’irai jusqu’au bout pour savoir…. Pour trouver des excuses ? Non. Pour trouver des explications, un début un milieu et une fin à son histoire. J’essayerai de ne pas juger, même si je doute d’y arriver.

En parlerai-je ? Le cacherai-je ? Aucune idée. Tout dépendra peut-être du type de crime commis par mon ancêtre monstrueux ; même si l’idée que certains crimes monstrueux sont plus acceptables que d’autres soit très hypocrite.

PS : ce sujet découle de la lecture du livre "enfants de nazis" de Tania Crasnianski

Photo tirée de

Musée - Histoire de la justice, des crimes et des peines | Criminocorpus

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