Si je ne tiens pas compte de l’époque et de son feuillet matricule, les cartes qu’Omer envoie à sa famille semblent de rapides cartes de voyage : Lyon, Belfort, Saint-Brieuc, Dijon, Paris. Mais si je mélange ces cartes aux dates de sa guerre, les choses n’ont plus le même aspect. A ses courriers je vais mélanger ceux de Désiré Favier. Je l’ai enfin trouvé. Désiré Raphaël Favier était le beau-frère d’Omer, époux de sa sœur, Augusta, mariés en 1911. Il était maréchal-ferrant et vivait à Villedieu. Il écrivait aussi à ses cousins par alliance, les Barnouin.

Le 26 septembre 1912, Omer Aubert écrit à Frédéric Barnouin, son oncle : « ma visite » sur une carte postale du théâtre français, à Paris.

Le 4 octobre 1912, Omer arrive à Corté, soldat au 163e régiment d’infanterie.

Le 12 août 1914, Désiré Raphaël Favier arrive au corps15e escadron du train des équipages, à Lyon.

BelfortLe 23 août 1914, Omer Aubert écrit à la famille Barnouin « un bonjour de Belfort en bonne santé, j’en désire autant chez vous, ça va à merveille ».

Il est soldat au 163 régiment d’infanterie. La carte représente le lion de Belfort.

Son régiment y est arrivé le 17 août, au départ de Nice.

Il repart le jour-même pour Saint-Dyé.

Entre cette carte et la suivante, Omer va subir les combats de l’Alsace.

 

 

Poitiers

Le 7 décembre 1914, Omer Aubert écrit de Poitiers à son cousin, Paul Barnouin « reçu lettre ce matin, remerciements. Suis-je en bonne santé, je souhaite qu’il en soit de même pour toi ainsi que tes parents, ton cousin qui t’embrasse ».

La carte postale est paisible : une barque avec un rameur et deux passagers, sur le Clain, avec vue sur Poitiers prise au bord des ruines de l’ancien château, bien loin de l’enfer qu’il vient de vivre.

Le 18 décembre 1914, son cousin Paul, part à la guerre, au 92e régiment d’infanterie de Clermont-Ferrand.

Le même jour, Désiré Raphaël écrit à Paul : « un bonjour de Chaumont et bonne santé », sur une carte du viaduc de Chaumont (Haute-Marne).

Le 24 décembre 1914, Il écrit de nouveau à Paul : « Bonne santé et bon espoir - 15 corps ambulance n°15 secteur postal 127 », sur l’évêché et la cathédrale de Verdun.

L’année se termine sur un envoi à Gustave Barnouin : « bonne santé et bonne année » d’une belle vue en couleur des quais de Verdun.

Le 13 janvier 1915, Désiré Raphaël écrit à Gustave Barnouin : « cher cousin, je viens de recevoir une de tes lettres du 12 décembre avec une carte. J’espère que vous aurez une visite, donnez mois des nouvelles de Paul. Je suis toujours en bonne santé et que vous de même, toujours la pluie. » C’est une carte de Verdun, le monument aux morts de la guerre de 1870. Il est au 15e ambulance, secteur postal 127. La carte a mis un mois à lui parvenir.

Le 12 février 1915, Désiré Raphaël écrit encore à Gustave : « cher cousin et cousines, je viens de recevoir une de vos lettres du mois de novembre ; ça fait toujours plaisir. Ça va toujours à merveille et je désire que vous en soyez tous de même. Trois cartes que j’ai écrit au cousin Paul sans recevoir de ses nouvelles. ». C’est encore une carte de Verdun, le quai de la République.

Le 14 mars 1915, Il écrit encore à Gustave : « cher cousin, je viens de recevoir ta lettre à l’instant avec grand plaisir de vous savoir tous en parfaite ? moi ça va toujours à merveille, le cousin Paul, j’ai perdu son adresse alors la prochaine pour lui écrire. » Toujours Verdun, la cathédrale.

Le 6 avril 1915, son cousin Paul décède à Clermont-Ferrand de maladie contractée au service.

 

 

Le 7 avril 1915, Omer est blessé : « plaies aux deux fesses par balle et shrapnels ». Ce jour-là, à Woevre, combat de Flirey : 171 soldats de son régiment sont tués, 32 portés disparus et 236 blessés, dont il fait partie.

Le 24 juin 1915, Omer est soldat au 55e régiment d’infanterie. C’est la campagne de Champagne et en Argonne.

Dijon

Le 26 juin 1915, Omer Aubert écrit de Dijon à son cousin, Gustave Barnouin « mon cher cousin, de passage à Dijon, je t’envoie un bon baiser ainsi qu’à tes parents, santé bonne, souhaite qu’il en même pour vous tous. ».

Il a choisi la place du théâtre à Dijon comme carte postale. Est-ce une permission ?

Ce jour-là, son régiment est dans le secteur de Vienne-le-Château.

Le 10 octobre 1915, Omer passe au 155e régiment d’infanterie, à Saint-Brieuc.

Le 1er décembre 1915, Désiré Raphaël Favier est réformé n°2 pour perte de l’œil droit et classé dans les services auxiliaires le 18 mai 1916, affecté au 55e régiment d’artillerie, le 13 juin.

Il retourne à Villedieu, au titre de professionnel agricole jusqu’au 15 octobre.

Le 11 novembre 1916, Omer est blessé à Saillisel (Somme) et évacué : blessure par balle au mollet gauche. Il rejoint le dépôt de Saint-Brieuc, le 1er novembre 1917.

Le 4 mai 1917, son cousin Gustave part à la guerre, au 112e régiment d’infanterie.

Le 21 décembre 1917, Omer Aubert écrit de Saint-Brieuc à sa cousine, Marie Louise Barnouin, quinze ans : « affectueuses caresses de Saint-Brieuc ». La carte représente les nouveaux boulevards et le pont de Toupin à Saint-Brieuc.

Le 1er mars 1918, Omer Aubert écrit à son oncle, Frédéric Barnouin : « un gros bonjour de Paris » sur fond de porte Saint-Denis, à Paris.

Le 11 mai 1918, son cousin, Gustave Barnouin, passe au 30e régiment d’infanterie.

Le 18 mai 1918, Désiré Raphaël est de nouveau envoyé à Villedieu comme professionnel agricole, jusqu’au 30.

Le 19 juin 1918, Omer passe au 108e régiment d’infanterie à Bergerac.

Le 6 juillet 1918, Omer passe au 99e régiment d’infanterie, à Vienne.

Le 23 juillet 1918, Désiré Raphaël Favier passe au 1er groupe d’artillerie d’Afrique.

Le 28 septembre 1918, son cousin Gustave est blessé dans la tranchée de Coblentez. Il décède des suites de ses blessures, à La Veuve, dans la Marne.

 

 

Le 29 septembre 1918, Omer est évacué à l’hôpital pour maladie.

Le 6 janvier 1919, Omer passe au 128e régiment d’infanterie à Abbeville.

Le 2 avril 1919, Omer Aubert écrit à sa cousine, Marie Louise Barnouin depuis Belfort : « Quittons Belfort aujourd’hui, aussitôt arrivé je compte avoir ma perme, bons baisers à tous », sur une carte de la place de la République, à Belfort.

Le 17 juillet 1919, Omer est mis en congé illimité. Il rentre à Villedieu.

Le 5 novembre 1919, Désiré Raphaël est réformé définitivement pour perte de l’œil droit et vision réduite de l’œil gauche.

Le 28 avril 1820, Omer Aubert écrit à sa cousine Barnouin, depuis Lyon avec une vue générale sur Vaise et le Mont d’Or : « Affectueuses caresses de Lyon ». Il n’est pas seul à signer. Rose signe également. Sa femme ?

Les férus de psychogénéalogie et de numérologie y verront peut-être un signe, mais il est vrai que les décès des cousins d’Omer ont eu lieu chacun un jour avant qu’Omer ne soit blessé ou évacué pour maladie, excepté le 11 novembre 1916.

Alors je cherche dans le livre d’or de Villedieu et de Puymeras pour voir si je trouve une autre coïncidence. J’en trouve deux, deux gars de Villedieu.

Auguste Gustave Bonnefoi est mort le 8 novembre 1916, à Verdun. Où est la coïncidence ? Il travaillait avec la sœur d’Omer, chez Marcadet et Jacomet.

Avit Perrin est mort le 12 novembre 1916, au même endroit que celui où Omer a été blessé, à Sailly-Saillisel, et pourtant, ils n’étaient pas dans le même régiment. Avit était du 7e bataillon de chasseurs à pied. Deux gars du même pays, tués au même endroit à un jour d’intervalle alors qu’ils ne sont pas du même régiment.

Cela pourrait être les coïncidences que je cherchais D’un autre côté, vu le nombre de mort de cet effroyable carnage, ce n’est pas compliqué d’y trouver des coïncidences !!