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Lorsque vous vous rendez sur la ligne de front de la première guerre mondiale, vous ne pouvez qu'être interpellé par le nombre de cimetières militaires. Ces vastes étendues funèbres jalonnent le paysage comme autant de témoins de l'enfer vécu par les soldats.

Mais ils ne sont pas tous là-bas. Beaucoup ont été rapatriés dans leur commune, pour être inhumés dans les caveaux de famille, ou les carrés militaires de leur ville.

En chiffres, du côté français, la guerre a fait au moins 5 525 000 morts, 12 831 500 blessés et 4 121 000 disparus. Autant dire que les disparus sont morts. Il y a, en France, 265 nécropoles regroupant 740 000 corps et 2 000 carrés militaires communaux.

 

Les sépultures de guerre

Une loi de décembre 1915 entérina ce fait : la sépulture devint individuelle et permanente et son entretien fut confié à l'État à perpétuité. À l'issue de la guerre, les différents pays alliés procédèrent au regroupement des sépultures dispersées, à la recherche des corps sur les champs de bataille, à l'aménagement des cimetières de guerre et, pour certains, à la restitution des corps aux familles.

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Cela veut dire que beaucoup de soldats sont rentrés chez eux entre quatre planches. Impossible de laisser des convois funèbres sillonner la France sans organisation. Des trains ont été affrétés spécialement pour cela.

La gare régulatrice de Creil a vu partir un train funéraire spécial, le 17 février 1922, pour le Loir-et-Cher. Trente-huit corps ont été rapatriés ce jour-là.

Le 29 mars de la même année, ils sont cinquante à rentrer de cette manière au pays.

Le 12 avril, au départ de Brienne-le-Château, le train spécial à destination de la gare régionale des Aubrais comprend quatre wagons pour le Loir-et-Cher. Ils arrivent à la gare de Blois, le 13 avril, à minuit une. Ils sont cent trente neuf entassés dans ces quatre wagons.

Tous ces cercueils sont identifiés, de même que les familles qui vont réceptionner les corps et les communes où ils vont être inhumés. A chaque nom de soldat correspond un grade et un régiment.

Le 17 février 1922, les deux frères Le Bidois, Raymond et Jacques Marie, sont dans le même train.

Raymond Georges Marie, vingt ans, soldat au 361e régiment d'infanterie est tombé le 7 octobre 1915, à la butte de Souain, dans la Marne. Jacques Marie, vingt ans également, aspirant au 63e régiment d'artillerie, est tombé le 3 juillet 1918, au nord de Neufvy dans l'Oise.

Ils sont nés à Juilly, en Seine-et-Marne, d'un père professeur de rhétorique, Marie Georges François Le Bidois, et de Gabrielle Augustine Eugénie Ponceau. Jacques Marie a un frère jumeau qui lui, vivra jusqu'en 1971.

C'est leur père, Georges, qui demande le rapatriement de ses fils dans le Loir-et-Cher. Pourtant, il n'y vit pas. Il habite à Paris, 6e, 62 rue Madame, là où vivaient ses fils à leur départ pour la guerre. Il est né à Saint-Nazaire, de parents décédés à La Rochelle et Sainte. Nous sommes bien loin de Saint-Aignan-sur-Cher où il fait inhumer ses fils.

Le lien vient peut-être de leur grand-mère maternelle, Hélène Ernestine Rouet, qui vit à Noyers-sur-Cher en 1889. Georges y épouse sa fille, cette année-là. Mais Saint-Aignan n'est pas Noyers-sur-Cher alors .....

Raymond et Jacques ne sont pas sur le monument aux morts de Saint-Aignan-sur-Cher. Ils sont sur la plaque commémorative de l'église Saint-Sulpice, de Paris, sixième arrondissement.

Ils ne sont pas les seuls de Paris, à être inhumés dans le Loir-et-Cher. De quoi donner des casse-têtes aux "dépouilleurs" de cimetière pour la première guerre mondiale.